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Le tourisme urbain est en pleine expansion à Lyon sauf en été

Interview de Hugues BÉESAU et Bruno JAN

<< Lyon a un réel potentiel, des valeurs intrinsèques fortes, notamment au niveau patrimonial, transcendées par un environnement naturel exceptionnel >>.

Interview d’Hugues Béesau, Directeur de la Mission d’Ingénierie Touristique Rhône-Alpes (MITRA) et de Bruno Jan, chargé de l’ingénierie Ville et Culture à la MITRA, sur le thème du tourisme estival dans l’agglomération lyonnaise.

Le tourisme urbain est en pleine expansion, mais à l'inverse de plusieurs autres villes européennes, Lyon n'attire que peu de touristes pendant la saison d'été. Suffirait-il de créer un événement culturel pour renverser cette tendance ou suffit-il de mettre en valeur ce qui existe déjà et de faire évoluer les habitudes des Lyonnais ?

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Date : 14/03/2006

Monsieur Béesau, vous êtes directeur de la MITRA, pouvez-vous nous préciser sa vocation et ses principales missions ?

La Mission d’Ingénierie Touristique Rhône-Alpes (MITRA) est jeune. Elle a été créée en juin 2003 à l’initiative de la Région Rhône-Alpes, qui a souhaité mettre en place un dispositif régional d’ingénierie touristique pour mieux appréhender l’évolution du contexte des loisirs et du tourisme liée aux nouvelles tendances socioculturelles, pour favoriser l’émergence de projets touristiques structurants et pour soutenir les entreprises, les sites, les stations et les territoires touristiques de Rhône-Alpes. La MITRA est une Direction du Comité Régional du Tourisme au même titre que la Direction de la Promotion. Elle s’efforce d’être un centre ressources de qualité à travers le travail d’observation de la fréquentation touristique et le développement d’indicateurs économiques réalisés par l’Observatoire Régional du Tourisme,  celui d’identification et de mise en réseau d‘information et de documentation par le centre de ressources documentaires, enfin celui de la mise en œuvre de démarches de veilles et de prospectives par la cellule ingénierie. Elle anime des réseaux d’acteurs des loisirs et du tourisme dans l’objectif de participer au développement durable des territoires, des sites et des activités. Aider, conseiller et accompagner les projets structurants, piloter des expertises, induire des projets tests, des actions pilotes, encourager la recherche et surtout assurer la vulgarisation et la diffusion des enseignements sont autant de missions que nous poursuivons avec enthousiasme. C’est dans cet esprit que nous publions les cahiers et les carnets de la MITRA et gérons et animons le site crt-mitra.com. Comparativement à de nombreuses autres villes européennes, l’activité touristique lyonnaise est très faible l’été et notamment au mois d’août. Or le tourisme urbain est en pleine expansion.

Quels sont les éléments qui permettraient à Lyon de devenir une destination touristique estivale ?

Lyon devient peu à peu une destination touristique dont la fréquentation progresse bon an mal an. Cette fréquentation est, il est vrai, peu importante durant les deux mois d’été qui focalisent l’intérêt des visiteurs sur de nombreux lieux de villégiatures ensoleillés.
Pour trouver sa légitimité en tant que destination touristique à part entière, il faut que Lyon travaille en plusieurs directions :
En premier lieu, il faudrait que la ville soit plus « vivante », qu’il y ait une « vie à l’extérieur », le jour comme la nuit. L’été ne se vit pas au même rythme que les autres saisons et la ville doit s’adapter. Les musées et les équipements culturels, mais aussi les lieux de vie et de convivialité que sont les cafés ou restaurants, devraient pouvoir adopter des horaires décalés, adaptés à la vie estivale.
En deuxième lieu, la ville doit être présentée comme une porte d’entrée vers d’autres territoires. Les visiteurs urbains souhaitent, notamment la journée, s’évader de la ville pour trouver de la fraîcheur et diversifier leurs activités. Ainsi, il faut révéler aux visiteurs ce que l’on peut faire autour de la ville, leur proposer des escapades vers des sites d’eau et de nature et valoriser les terroirs et le patrimoine du milieu rural alentour. Les environs de Lyon et plus largement la région Rhône-Alpes ne sont pas en manque d’attraits et sont de fabuleux atouts pour la ville.
En troisième lieu, la ville doit se concevoir dans un esprit d’ouverture et d’hospitalité, se rendre plus attractive et se préparer à accueillir tous les visiteurs. La présence de l’eau, de ses deux fleuves bien sûr, mais aussi du lac de Miribel Jonage sont des éléments forts d’attractivité. Il serait intéressant de concevoir leur nécessaire rénovation dans un souci d’accueil et de dynamisation. Les premiers aménagements réalisés ces dernières années et ceux actuellement en cours sur les berges du Rhône vont dans ce sens et sont prometteurs pour l’avenir. Les parcs, celui de la Tête d’Or ou le Parc de Gerland sont également des lieux à revisiter. Ils sont d’ores et déjà attractifs pour la détente et la promenade qu’ils offrent. Cependant, à l’exemple du jardin Thabor de Rennes, ou de celui de Chaumont sur Loire, ils mériteraient de devenir aussi des lieux d’animation à travers l’accueil d’évènements festifs et culturels notamment en soirée. Dans cet esprit d’accueil il convient de réfléchir comment pallier la fermeture quasi-totale des commerces « signifiant » le caractère de la ville.

Pensez-vous qu’il soit nécessaire ou suffisant de créer un événement culturel majeur au mois d’août pour rendre la ville plus attractive ?

« Poser » un événement culturel majeur au mois d’août n’est certainement pas une réponse en soi. En revanche, concevoir une programmation Evènements culturels sur toute l’année, en intégrant de fait le mois d’août, est certainement un axe fondamental pour dynamiser l’activité touristique et plus largement l’image de la ville. Les événements culturels majeurs dynamisent une destination, la rendent actuelle, la définissent dans le sens où ils signifient ses valeurs. Ils focalisent l’effet des médias et permettent à la fois de fidéliser une clientèle mais aussi d’en toucher de nouvelles. C’est une bonne opportunité pour multiplier les types de séjours. En accompagnement de ces phares, il convient de développer les dimensions festives de Lyon et de proposer des animations d’une part complémentaires aux grands évènements, d’autre part qui correspondent à l’expression de la personnalité des quartiers qui composent la ville. Ces quartiers, typés,  sont importants pour diversifier l’image de Lyon, à l’instar des grandes villes qui déclinent des ambiances différentes au cœur des différents quartiers.

Les biennales de la danse ou d’art contemporain sont-elles des exemples à suivre ?

Oui et non. Ces biennales sont plus internationales par les œuvres qu’elles présentent que par le public qu’elles accueillent. Elles concernent en premier lieu le public local et régional, fortement amateur et demandeur. Ce qui est vrai pour ces biennales s’applique globalement à l’ensemble des événements et des équipements. Même les opérateurs privés, à l’exemple des restaurants ou des parcs à thèmes sont principalement centrés sur une clientèle locale et régionale, il est vrai très largement majoritaire aujourd’hui. Lyon n’est elle pas trop tournée sur elle-même et ne doit-elle pas plus s’ouvrir à la France et à l’Europe, voire au monde ? C’est une question d’état d’esprit et ça devient un enjeu d’avenir.

Culturellement, les lyonnais ne seraient pas ouverts sur le monde ?

Lyon est une ville secrète, une ville qui ne se livre pas et reste difficile à comprendre. Si sérieuse et industrieuse qu’elle peut apparaître austère. Si centrée sur ses activités qu’elle semble n’accorder que peu de place aux visiteurs. L’illustration la plus flagrante de cet état d’esprit est la signalisation de et dans la ville, conçue essentiellement pour ceux qui la connaissent déjà. Par exemple, les noms des quartiers sont bien indiqués mais encore faut-il les connaître… Pourtant, le Lyonnais est curieux, voyageur, entreprenant, innovant, …Néanmoins, Lyon accueille des étudiants et des chercheurs étrangers, des congrès et des salons à vocation internationale et compte nombre d’entreprises et d’organismes humanitaires qui travaillent et interviennent aux quatre coins du monde.
Certes, Lyon commence à émerger parmi les villes européennes et a su démontrer une certaine forme d’ouverture. Cependant, au niveau touristique et notamment l’été, la concurrence avec Barcelone, Prague, Bruxelles ou Lille est forte. Là encore il s’agit d’état d’esprit. Si Lyon sait s’ouvrir à l’international dans des dynamiques économiques ou humanitaires, elle n’est pas organisée à ce jour pour le faire sur le plan touristique, ce n’est pas ancré dans sa culture. Si elle a la volonté d’accueillir les étudiants, les universitaires, les « impatriés » qui profitent à l’économie lyonnaise, qu’ils viennent en « tourisme d’affaires » ou en villégiature, cela ne se concrétise pas dans la dynamique de la ville.

Ainsi, vous suggérez que Lyon engage une révolution culturelle ?

Je suis sûr qu’elle est déjà en marche. Il faut du temps et une volonté politique affirmée. Lyon a un réel potentiel, des valeurs intrinsèques fortes, notamment au niveau patrimonial, transcendées par un environnement naturel exceptionnel. Elle peut devenir une fabuleuse plateforme de découvertes, offrir des choses à voir, à sentir et à vivre. Pour cela, elle doit effectivement changer d’état d’esprit. L’image de la ville se fera à travers l’offre qu’elle saura proposer en termes d’aménagements, d’équipements, d’activités, d’accueil et d’animations. Aujourd’hui, ses symboles ou emblèmes tels que la restauration, Guignol ou la soie semblent désuets. Lorsque l’on évoque la gastronomie lyonnaise, on pense à une cuisine lourde et traditionnelle alors qu’elle sait se conjuguer avec légèreté et innovation. Alors que les Guignols de l’info sont au top du succès, ou que le théâtre de Toone à Bruxelles vibre chaque soir, le guignol lyonnais a triste mine et est au musée (intéressant par ailleurs). La soie reste un domaine très sérieux et fermé alors qu’il devrait être festif, synonyme de voyage, de couleurs et d’ouverture. Par ailleurs, Lyon est la ville de l’imprimerie, celle du cinéma et aujourd’hui de la lumière et des murs peints. Elle est, et a toujours été, une ville carrefour, une ville de confluence. Toutes ses valeurs sont de fantastiques opportunités pour décliner des événements et ainsi, affirmer son identité et rénover son image avec par exemple des années à thèmes qui verraient décliner les animations, les événements, les rencontres, .... Certes, cela relève d’une volonté d’investir de façon pérenne sur des événements éphémères mais rien ne se fera sans une implication forte des acteurs concernés et des Lyonnais eux-mêmes, car c’est vraiment, encore une fois, une question d’état d’esprit.