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Le service de la propreté du Grand Lyon doit de plus en plus s'adapter à la vie urbaine

Interview de Claude PRESLE

Directeur Adjoint Direction de la propreté du Grand Lyon en 2006

<< En tant que service public, notre devoir est de nous adapter à ces évolutions, de suivre les rythmes d’usages de la ville, pour que la ville soit toujours propre et c’est ce que nous faisons >>.

Le service de la propreté est le service le plus visible du Grand Lyon.... C'est un service qui doit de plus en plus s'adapter à la vie urbaine et aux nouveau rythmes de vie.

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Date : 23/11/2006

Avant d’aborder les enjeux de votre direction face aux évolutions de la vie urbaine, notamment en matière de rythmes de vie, pouvez vous nous rappeler ce que sont vos principales missions ?

La direction de la propreté c’est plus de 2 000 agents. Elle se décline en deux divisions, gestion des déchets et nettoiement et en quatre missions : la collecte des ordures ménagères, le traitement et la valorisation des déchets, le nettoiement des voies et espaces communautaires et le déneigement des voies et espaces communautaires. Il faut savoir que chaque année les cantonniers ramassent près de 900 tonnes de feuilles et balaient plus de 23 700 tonnes de  déchets divers. Ils ont en charge 2 500 km de voies, 180 000 m2 de voies piétonnes et 1 300 000 m2 de places publiques.

 

La propreté est probablement le service le plus visible du Grand Lyon et de fait, le plus tenu à être en phase avec les attentes des habitants et ce, depuis son origine. Cependant, la vie urbaine devient plus complexe, les enjeux sociaux et environnementaux plus prégnants, les différents temps de la ville de plus en plus désynchronisés. Comment appréhendez-vous cette complexité, ces nouvelles réalités ?

Il est vrai que l’adaptation de notre métier aux évolutions de la vie urbaine est, pour nous, un exercice coutumier. Dès sa création en effet, le service de la propreté s’est adapté à la vie de la ville, en commençant ses activités très tôt le matin. Ceci afin de ne pas gêner la circulation et d’avoir une efficacité optimale à un moment où la rue est peu fréquentée. La vie urbaine devient effectivement plus complexe et les temps de chacun plus désynchronisés. Nous constatons de vraies évolutions dans le  rythme de vie des citadins, l’espace public semble aujourd’hui sans cesse fréquenté. Par exemple, on ne constate plus de temps « morts » au creux de l’après-midi comme auparavant. Par ailleurs, la fonction même de l’espace public a évolué et de fait son utilisation. Il est aujourd’hui, plus qu’hier, utilisé pour des moments forts d’animation urbaine et de lien social. C’est ainsi que depuis quelques années, et c’est bien pour les lyonnais que nous sommes, la ville se dynamise autour d’événements festifs, sportifs ou culturels de plus en plus nombreux. Et, en tant que service public, notre devoir est de nous adapter à ces évolutions, de suivre les rythmes d’usages de la ville, pour que la ville soit toujours propre et c’est ce que nous faisons. 

 

Concrètement, comment avez-vous intégré ces évolutions de rythme de vie des citadins et comment les agents de la Propreté interviennent-ils à l’occasion des manifestations qui se déroulent principalement le week-end ? 

Depuis les années 2000, nous intervenons également l’après midi avec la volonté d’équilibrer les deux temps d’intervention. Ainsi, les agents travaillent sur des plages horaires entre 6h et 19h30 du lundi au samedi.

À l’occasion des manifestations, et l’on peut en compter parfois jusqu’à vingt par week-end et ce tout au long de l’année, la Direction de la Propreté s’adapte aux contraintes de chaque événement que ce soit la biennale de la danse, la fête de la musique, le marathon, les guinguettes ou encore les festivités du 8 décembre. Pour cela, nous faisons appel au volontariat de nos agents complété par des entreprises privées. À titre d’exemple, lors de la fête de la musique en 2006, ce sont 100 agents, 10 agents de maîtrise, 1 balayeuse grande capacité, des  balayeuses de trottoirs et des laveuses, 3 bennes de collecte et 3 véhicules d’intervention rapide qui ont été sollicités dès 4 heures du matin pour récolter tous les déchets produits.

 

Pourquoi la mobilisation des agents communautaires repose-t-elle sur du volontariat et non dans le cadre d’une organisation interne du temps de travail ?

Tout simplement parce que le temps de travail des agents s’envisage du lundi au samedi entre 6 et 19 heures 30 et que les manifestations requièrent des interventions au-delà de ces horaires. Nous sollicitons donc les agents pour effectuer des heures supplémentaires dans la limite de ce que nous autorise la réglementation du temps de travail.

 

Les marchés de fin d’après-midi se développent dans l’agglomération. Ils semblent répondre à une véritable attente des habitants et correspondre à une offre commerciale adaptée aux nouveaux rythmes de vie des citoyens. Avec les 35 heures, le travail généralisé des femmes, l’accroissement des temps de retraite, du chômage et du temps partiel, la désynchronisation des horaires de travail et donc la disponibilité accrue des personnes à certains moments de la journée, les marchés traditionnels de matinée ne pouvaient plus répondre à tous les besoins. Cependant, que signifie pour vous le développement de ces nouveaux marchés ?

Dans notre agglomération, il existe 223 marchés alimentaires ou forains hebdomadaires. Nombre d’entre eux se déroulent le dimanche matin et nous nous sommes déjà adaptés à cette réalité. D’ailleurs, on constate des décalages horaires dans la fréquentation des marchés du matin, surtout les samedis et dimanches. Les clients viennent de plus en plus tard, entre 11h30 et 13h30, voire 14 heures… De plus, effectivement, certains ont lieu l’après-midi et cette tendance, pour les raisons que vous avez évoqué, va probablement se confirmer à l’avenir. Quand on les interroge les habitants semblent en effet plébisciter ces nouveaux temps des marchés. C’est particulièrement le cas des marchés de la place Carnot et de la Gravière à Sainte Foy les Lyon qui reposent sur un double concept, l’horaire d’après-midi et la spécificité des produits (les producteurs-vendeurs sont tenus de présenter des produits locaux, issus de leur ferme). D’autres marchés de l’agglomération lyonnaise ont lieu en fin d’après-midi, de 16 h à 19 h  à Saint Germain au Mont d’Or, à St-Priest  et à Sathonay Village. Là encore, nous adaptons l’intervention des agents à ces nouvelles pratiques.

 

Une autre articulation des temps concerne l’ouverture des déchetteries. Quelle évolution d’horaires avez-vous dû suivre pour mieux adapter ce service ?

La Communauté urbaine de Lyon possède actuellement 14 déchetteries en service avec l’objectif d’atteindre à terme 20 déchetteries pour l’ensemble du territoire communautaire. Ces dernières collectent les déchets ne pouvant pas être pris en charge par la collecte des ordures ménagères en raison de leur nature, de leurs dimensions ou de leur volume : déchets encombrants ménagers (meubles, électroménager, etc…), papier, carton, ferraille, verre, vêtements et textiles, bois et végétaux, gravats, huiles de vidange, batteries d’automobile au plomb. Toutes les déchetteries ont un fonctionnement horaire qui suit les rythmes des saisons. Elles sont notamment ouvertes plus largement, jusqu’à 18h, voire 18h30 le samedi, du mois d’avril au mois d’octobre quand la demande est la plus forte. Face à la revendication des usagers pour un élargissement de l’accueil et pour diminuer la multiplication des dépôts sauvages, nos élus ont décidé d’une ouverture supplémentaire le dimanche matin.  Cet élargissement des horaires d’ouverture le dimanche représente un coût financier important pour la collectivité estimé à 220 000 € et une adaptation des horaires de travail pour le personnel des entreprises privées assurant l’exploitation des déchetteries pour le compte de la Communauté urbaine de Lyon. Mais cela correspond à une réelle prise en compte par les élus et par les services du Grand Lyon des besoins des Grands Lyonnais et de l’adéquation nécessaire entre les rythmes des services publics et les rythmes des usagers sur un territoire. Par ailleurs, ce recours plus important à la déchetterie permet également une plus grande capacité de recyclage.

 

Quelle est l’évolution majeure de votre direction au cours de ces dernières années ? 

L’évolution majeure de ces dernières années a été le passage d’une logique de moyens, à une logique d’offre de service et de résultat, l’enjeu majeur étant d’améliorer la qualité de service rendu à l’habitant tout en maîtrisant les dépenses. Cette logique d’offre de service et de résultat nous a permis d’être plus efficace dans l’exercice de notre cœur de métier : le nettoiement et la collecte. Elle nous a permis également de donner plus de sens à notre mission et de pleinement intégrer notre métier parmi ceux qui concourent à rendre la ville plus agréable à vivre au quotidien mais aussi plus rayonnante et attractive. Cette logique nous a permis enfin d’être « co-acteur » des politiques générales communautaires. Je pense notamment au développement durable. Nous avons décliné ce concept transversal au sein de chaque corps de métier. Ainsi, au niveau environnemental, nous progressons vers une consommation plus raisonnable de l’eau, un désherbage thermique permettant de réduire l’usage des herbicides chimiques et une moindre utilisation de sel au profit de la saumure pour le traitement des voies en hiver. Mais le développement durable, c’est aussi une approche sociale. C’est ainsi que nous travaillons avec les élus de proximité pour  sans cesse améliorer notre prestation et mieux nous adapter aux réalités des différents territoires de l’agglomération. C’est dans cet esprit que nous avons conduit un travail spécifique sur les pentes de la Croix-Rousse.

 

La tendance serait-elle au sur mesure ?

Il est certain que l’amélioration de la qualité passe par une meilleure prise en compte à la fois des problématiques globales, à l’exemple de l’évolution des rythmes de vie des citadins, mais aussi des spécificités locales.

 

En fait, pour vous adapter aux nouveaux temps de vie et améliorer le quotidien des citadins, vous devez demander plus de flexibilité à vos propres agents. Il y a là un difficile équilibre à trouver, qu’en pensez-vous ? 

Je pense effectivement que l’exercice est particulièrement difficile : d’un côté, nous avons à prendre en compte les exigences d’une vie urbaine plus dense et plus exigeante, et d’un autre, à organiser le travail des agents en respectant leur temps de vie privée et tout ça, avec des moyens quasi constants et une réglementation contraignante ! Néanmoins chacun a conscience de la nécessaire évolution du service public en général et du nôtre en particulier. On ne peut plus aborder aujourd’hui notre mission dans la même configuration qu’hier, tout simplement parce que le contexte a changé et que nous ne pouvons pas rester l’écart du changement. Nous avons su montrer que nous étions capables de mettre en place de nouvelles prestations mieux adaptées aux évolutions de la société et aux attentes des habitants. Nous œuvrons également pour valoriser et mieux faire reconnaître nos métiers, faire prendre conscience au public de leurs intérêts et de leurs coûts et inciter les citadins à plus de civisme. Bien sûr nous pouvons encore progresser, et nous allons le faire progressivement, en tentant de respecter à la fois les exigences des habitants et celles des agents et en faisant appel aussi à la responsabilité de chacun.