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La question des discriminations raciales au Grand Lyon

Interview de Dominique LEMESLE

<< Si les agents ont le sentiment que la communauté urbaine n’agit pas sur le problème du racisme, la tension sociale s’accumulera dans l’organisation jusqu’au moment où cela produira une explosion >>.

Alors que le Grand Lyon vient de s’engager dans le projet Averroès (1) , comment la question des discriminations raciales est-elle envisagée dans cet établissement au sein duquel travaillent 4 500 agents ?
Dominique Lemesle, directeur des ressources humaines de la communauté urbaine de Lyon répond à nos questions.

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Date : 12/01/2006

Comment apparaît dans l’établissement du Grand Lyon la question de la discrimination raciale ?
Cela n’apparaît pas de façon claire. On pense souvent que la fonction publique de part son mode de recrutement (le concours est théoriquement la voix d’accès principale à la fonction publique) et son statut qui fixe les modalité de déroulement de carrière est garante de la non discrimination raciale.
Ors il s’avère que pour ce qui concerne les agents d’exécutions (catégorie C) le recrutement est ouvert pour une partie d’entre eux non négligeable en accès direct. Cela signifie que nous sommes dans le même contexte qu’une entreprise privée et donc susceptible d’être confronté aux questions de discrimination raciale.

Les attitudes à caractère raciste sont-elles généralisées ?
Les attitudes racistes apparaissent par des comportements déviants dans les relations entre agents dans les services urbains. Plusieurs organisations syndicales nous alertent régulièrement sur ce type de problème. Ce n’est hélas pas un fait nouveau, si l’on pense qu’en 1997, durant le précédent mandat, un courrier du vice-président délégué aux ressources humaines avait rappelé l’attention des élus et de l’administration sur ce sujet. Mais il n’y avait pas eu d’action particulière et les propos et attitudes à connotation raciste ont perduré.
Cela reste cependant très localisé. Contrairement à d’autres établissements publiques qui privilégient la délégation de service public, la communauté urbaine de Lyon a gardé une activité importante en régie directe. De ce fait, les problèmes de racisme se posent au sein même de l’établissement, dans les services techniques où il y a une part plus ou moins importante de personnes d’origine étrangère, surtout dans la catégorie C. 80% des agents du Grand Lyon relèvent de cette catégorie.

Comment pensez-vous résoudre le problème ?
En octobre 2004, un courrier a été adressé par le vice-président délégué aux ressources humaines, Pierre Credoz, à l’ensemble des agents du Grand Lyon. Il rappelait le caractère illégal et passible de procédures pénales et disciplinaires de la diffamation et de l’injure à caractère raciste,  ainsi que la discrimination sous quelque forme que ce soit. Mais il a souhaité que l’on aille plus loin. En interne au Grand Lyon, nous avons donc engagé une réflexion sur la problématique de discrimination raciale et sexiste avec les organisations syndicales, mobilisées sur la question depuis des années.
En effet dès 1999,  les unions régionales syndicales, la CGPME, le MEDEF et l’UPA avaient signé une déclaration portant sur la lutte contre « les discriminations raciales dans le monde du travail ». Le projet Averroès nous est apparu comme une opportunité pour avancer sur ces questions de racisme au quotidien dans les collectivités territoriales et en particulier au Grand Lyon.

Avec le projet Averroès qui porte sur la lutte contre les discriminations dans le recrutement et le déroulement de carrière, vous allez sans doute mettre à jour des phénomènes d’une autre ampleur ?
Tout d’abord il faut bien faire la différence entre les  phénomènes de racismes qui doivent être combattus au jour le jour par une attitude ferme de l’administration envers les agents responsables de comportements, injures à connotation raciste et la discrimination raciale. La complexité pour traiter les phénomènes de racismes nous oblige à faire appel à des organismes capables de nous aider dans la compréhension du phénomène tels que la Licra ou le Mrap. L’hypothèse d’une intervention de tels organismes est à l’étude avec les organisations syndicales qui devront adhérer à cette démarche si nous voulons réussir un travail de fond sur ce sujet.
 Avec le projet Averroès, nous espérons agir sur un autre niveau : celui de la discrimination raciale ou sexiste. Le projet vise à savoir si des systèmes discriminants se sont constitués dans les procédures d’embauche et dans le déroulement des carrières. Il faudra en passer par une phase d’analyse et de diagnostic, puis se donner les moyens de modifier le système par des actions volontaires. Le premier comité de pilotage avec les partenaires du projet a eu lieu en décembre 2005. Il a été souhaité que l’ensemble des partenaires sociaux de la communauté urbaine soient  associés à la démarche, ce que l’on cherche aujourd’hui à obtenir.

Les effets de la discrimination raciale sont-ils perceptibles dans l’accomplissement des missions de la communauté urbaine ?
La discrimination pose le problème de l’égalité des chances des agents quelques soient leurs origines. ISM CORUM, partenaire associé au projet Averroès, donne la définition suivante : « est discrimination toute rupture arbitraire du principe d’égalité ». Or,  on sait que quand le principe d’égalité est rompu, cela créé des tensions dans les organisations, et le caractère contre productif  des discriminations, en plus de leur illégalité nous oblige à chercher des processus qui garantissent  cette égalité de traitement des agents dans notre établissement.

(1)  Le projet Equal Averroes « Actions visant à l’égalité sans distinction de Race, de Religion ou d’origine dans l’emploi et les services » est une démarche initiée par l’Union européenne destinée à ce que les modes de recrutements et d’évolution professionnelle intègrent dans le futur la dimension de la prévention des discriminations. La Communauté urbaine de Lyon et la Ville de Grenoble sont signataires.