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La place de l’École Nationale d’Architecture de Saint-Étienne

Interview de Martin CHENOT

<< Pour exister, nous devons dès aujourd’hui affirmer nos spécificités, liées à notre territoire. >>.

Créée en 1971, l’École Nationale d’Architecture de Saint-Étienne est, de par la taille de ses effectifs, la plus petite des 20 Ecoles Nationales d’Architecture de France. Pour pallier à cette petite taille et au manque de visibilité qui en découle, l’école stéphanoise a décidé d’affirmer ses spécificités.
Entretien avec son directeur, Martin Chénot.

Réalisée par :

Date : 01/12/2006

L’École d’Architecture de Saint-Étienne est jeune, petite et confrontée à la concurrence des autres écoles d’architecture de Rhône-Alpes. Comment arrive-t-on à exister dans un tel contexte ?
C’est effectivement une école relativement jeune. Elle a été créée en 1971, à la suite d’une initiative locale. Cela étant, elle est devenue assez rapidement nationale et fait aujourd’hui partie des 20 écoles d’architecture qui comptent en France. Concernant les effectifs, avec 400 étudiants, nous sommes effectivement considérés comme la plus petite des écoles d’architecture de l’hexagone. Ce qui pose inévitablement un problème de visibilité. Néanmoins, notre école dispose d’un certain nombre d’atouts. Depuis son origine, elle a tissé des liens très forts avec son territoire. Sa petite taille lui confère une dimension humaine que l’on ne retrouve pas forcément dans d’autres structures. De fait, nous avons une certaine souplesse qui nous permet d’être plus proche des réalités locales. Et puis, comme vous le soulignez, notre école n’est pas seule en Rhône-Alpes. Elle s’inscrit dans un réseau régional. Nous ne sommes donc pas isolés dans nos réflexions. Nous travaillons dans une logique de partenariat à l’échelle de la région avec Grenoble et Lyon.

Justement, comment arrive-t-on à trouver sa place au milieu de grosses entités comme Grenoble et Lyon ?
Chaque école a ses particularités et développe ses spécificités. A Saint-Étienne, nous sommes organisés en domaines d’étude, qui portent sur trois regards sur l’architecture. Le premier domaine s’appelle « Paysage, Art, Design ». Il a été mis en place en 2004. Il essaye d’aborder l’architecture à partir des notions connexes que sont le design, l’art et le paysage. C’est un domaine qui fait le lien avec la stratégie design de Saint-Étienne, mais aussi avec notre environnement, qui se situe en bordure de territoires ruraux majeurs comme le Pilat et les monts de l’Ardèche. Le second domaine se nomme « Temporalité Territoires ». Il traite de l’urbanisme, de l’histoire des territoires et donc de notre héritage industriel. Le troisième domaine, plus classique dans les écoles d’architectures, c’est la « Tradition Constructive ».  On est plus là dans un travail sur les processus, les acteurs et les techniques de la construction. C’est l’apprentissage de la maîtrise d’œuvre.

Ces trois regards sur l’architecture conduisent ensuite vers des spécialisations ?
En fait, les trois domaines – « Paysage, Art, Design », « Temporalité Territoires » et « Tradition Constructive » font partie de l’enseignement de base de l’école. Ils sont balayés pendant les trois premières années du cursus. On change de domaines chaque semestre. A partir de la 4e et 5e année, les étudiants choisissent leur domaine de prédilection. Au final, le diplôme d’architecture délivré par l’Etat est le même. Ce qui change, c’est le regard des étudiants sur l’architecture, qui conduit ensuite vers des spécialisations. Ceux qui se seront orientés vers la « Tradition Constructive » ont la possibilité, une fois leur diplôme en poche, de suivre une année supplémentaire en alternance pour obtenir une habilitation à la maîtrise d’œuvre (HMO). Cela permet de les sensibiliser aux responsabilités liées à la construction, aux contraintes pénales et juridiques. De la même manière, les étudiants qui auront appréhendé l’architecture au travers du domaine « Paysage, Art, Design » se tourneront plus naturellement vers le Master Professionnel Espace Public, que nous avons mis en place en partenariat avec l’Université Jean Monnet et l’École des Beaux-Arts de Saint-Étienne.

Comment est né ce Master Professionnel Espace Public ?
Aujourd’hui, il y a de moins en moins de praticiens architectes qui fonctionnent tout seul dans leur coin. Il y a cette nécessité d’aller se confronter à d’autres compétences, d’autres professions. Que ce soit en agences ou ailleurs, les architectes sont aujourd’hui amenés à travailler avec des ingénieurs, des urbanistes, des sociologues, des techniciens de la Ville… L’idée de ce Master était donc de mettre en transversalité les compétences des architectes, des designers et des sociologues et de faire travailler en équipe nos jeunes diplômés autour de la conception de l’espace publique. Ce type de Master est unique en France. Il intéresse d’ailleurs beaucoup la Cité du Design qui a décidé de l’intégrer dans l’offre de formation design de Saint-Étienne.

D’autres Masters de ce type pourraient voir le jour à court et moyen terme ?
Cela fait effectivement partie des pistes sur lesquelles nous travaillons. Deux projets de Masters sont actuellement en gestation. Le premier concerne la « Direction de Projets » et devrait être mené en partenariat avec l’ENISE (Ecole Nationale d’Ingénieurs de Saint-Étienne). C’est une expérience qui a déjà fonctionné pendant trois années, qui a ensuite été abandonnée et que l’on souhaite aujourd’hui remettre en marche d’ici 2 ans. Comme pour le Master Professionnel Espace Public, l’idée est de croiser les compétences pour permettre à nos jeunes diplômés de s’ouvrir sur d’autres métiers. Le second projet concerne la création d’un Master qui tournera autour de la question des territoires ruraux. On a l’habitude en France d’aborder cette question sous l’angle de l’agriculture et de la forêt. C’est un peu réducteur et plus franchement d’actualité. L’idée est donc de monter une formation qui conduise à une véritable réflexion sur le volet spatial des territoires ruraux. La Région Rhône-Alpes est intéressée. On réfléchit actuellement à la possibilité de trouver un lien avec des écoles qui forment des paysagistes.

Développer des collaborations sur des thématiques ciblées, spécifiques au territoire, c’est aussi une façon de renforcer les singularités de l’école et donc de se démarquer de la concurrence ?
C’est effectivement la stratégie que l’on développe. Cela permet d’améliorer notre lisibilité et notre visibilité à l’échelle de la région Rhône-Alpes. Et puis, la diversification des métiers de l’architecture est une réalité. Notre rôle en tant qu’école est donc de préparer au mieux nos jeunes diplômés à intégrer le marché de l’emploi. Pour l’instant, les chiffres nous donnent raison. Depuis 5 ans, 95% de nos diplômés trouvent un emploi au bout de six mois.

Améliorer la lisibilité et la visibilité, ce sera l’un des enjeux de la constitution des Pôles de Recherche et d’Enseignement Supérieur (PRES). De manière générale, le pôle stéphanois a-t-il selon vous une place à jouer au sein de Rhône-Alpes ?
Aujourd’hui, nous sommes dans une logique de pôle identifiable à l’échelle européenne. Nous ne savons pas si demain, nous allons nous regrouper avec Lyon au sein d’un vaste PRES lyonno-stéphanois. Une chose est sûre, pour exister dedans ou en dehors, nous devons dès aujourd’hui affirmer nos spécificités, liées à notre territoire. C’est ce que nous faisons, depuis quelques années déjà, à l’École Nationale d’Architecture de Saint-Étienne.