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L'expérience du défilé de la biennale de la danse

Interview de Margot CARRIERE

Vue du défilé de la Biennale de la Danse 2018
© Thierry Fournier // Métropole de Lyon

<< Je me suis intéressée au Défilé avec ferveur, je l'ai défendu avec ardeur, car j'aimais cette idée de rassemblement et celle de faire battre les rythmes de la danse sur le macadam >>.

Margot Carriere a fait ses premiers pas avec Carlota Ikeda, Peter Brook et Ariane Mnouchkine, et pratique sans choisir la danse, le théâtre, la peinture, l'écriture et le cinéma. Après avoir passé quelques années en Afrique, elle crée en 1993 la Compagnie Zanka, où elle expérimente une action à la croisée du social et du culturel : elle propose aux populations en difficulté de travailler avec des professionnels pour la réalisation d’un spectacle. S’il n’y a pas d’audition pour intégrer Zanka, la motivation pour travailler à un projet collectif demeure essentielle. Cette option de travail, très originale dans le secteur culturel à l’époque, a été très vite repérée et reconnue, notamment via la première édition du Défilé de la Biennale de la danse en 2006.

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Date : 30/09/2006

Quel a été votre premier contact avec le Défilé ?

J’ai commencé en 1996, pour le premier Défilé – Aquarela Do Brasil – avec la Cie Kafïg, pour laquelle Mourad Merzouki le chorégraphe m'avait invitée à créer la scénographie et les costumes de ses danseurs. À la fin du cortège, j'ai mis en scène un bouquet d'échassiers, dont un personnage "La danseuse au TuTu Rouge", a fait sensation. Repérée par la presse et Guy Darmet, elle a fait le tour du monde puis l'année suivante, elle s'est posée à nouveau à Lyon pour les journées du patrimoine. Au final cette image a été un repaire visuel pour de nombreux supports et elle était de nouveau sur la scène médiatique pour les 10 ans du Défilé. Emblématique et forte, elle a marqué les esprits et contribué à faire l'image du Défilé.

C'était une belle surprise. J'avais imaginé une création pour l'ensemble du cortège de Mourad. La couleur démarrait doucement et petit à petit s'intensifiait au fur et à mesure sur les costumes des danseurs, pour devenir éclatante à la fin, avec les échassiers. Mon idée était d'apporter un esprit festif et une progression dans le mouvement : les échassiers permettent d'englober l'architecture de la ville dans le regard des spectateurs, mais aussi d'amener une dimension débridée, un corps qui offre une autre vision de la chorégraphie et du geste. Je voulais à la fois développer une esthétique cohérente tout en travaillant la dimension culturelle du Brésil, avec sa joie naturelle et son goût pour la fête.

Ensuite, j’ai travaillé sur toutes les éditions du Défilé, sauf celle de 2004, et pour 2006, je rentrais justement du Brésil quand j'ai reçu l'invitation de Guy Darmet, qui souhaitait marquer les 10 ans en reprenant le fameux personnage "La danseuse au TuTu Rouge". Il m'a alors confié l'Ouverture du Défilé. Toutes les éditions ont toujours été des aventures uniques et passionnantes, parfois difficiles, mais j’y ai toujours pris un vif plaisir. Je dois dire aussi que mon travail a toujours été bien accueilli, notamment par la presse, friande de mon image, et qui nous a toujours suivie, bien que nous n'ayons personne qui s'occupe vraiment des relations presse. Nous sommes connus d'un large public intergénérationnel, car le public de la rue englobe tout le monde et c'est très gratifiant.

 

Cette fidélité au Défilé est-elle le signe d’un attachement particulier à la ville de Lyon ? 

J’aime cette ville, je voyage beaucoup aussi mais c’est là que je développe mon travail, ma vie d'artiste. Le Défilé 2006 était pour moi un rendez-vous curieux. Il y a plusieurs années lorsque j'ai commencé à travailler l'art des « échasses », j'ai longtemps rêvé de créer une magnifique parade, qui serait portée uniquement par des femmes aux robes somptueuses, très coutures, tout en soie. J'imaginais exporter cette parade dans les rues de New York, pour le défi porté à la taille de ses buildings... Je voyais ces femmes altières un peu comme des ambassadrices. Mon idée était d'assembler différents éléments qui me paraissaient caractériser Lyon, mais qui sont absorbés par la ville, diffus... et qui à force d'être là, font partie du paysage.

Cette parade se devait d'être rayonnante, évoquer la richesse de cette ville, sa créativité, sa dimension patrimoniale, son dynamisme et mon petit grain de poétesse... Évidemment la soie, matière sensuelle, fine, solide… À la base de ma création, m’apparaissait être l'élément "synthèse" indispensable à l'émergence de cette vision. Le défilé 2006 m'a permis de réaliser un peu ce rêve, sauf que les robes étaient en tulle, autre véhicule. Le tulle fait aussi largement partie de la création de mes costumes, c'est aussi une matière que j'adore, tulle des danseuses, des voiles et robe de mariée... plein de trous et d'oxygène, vaporeux et lumineux.

Par ailleurs je me vis comme une pure lyonnaise. J'aime parler de cette ville qui me colle à la peau, transmettre son image et contribuer à son élaboration. En 2005, nous avons représenté le Département à l'occasion de l'année du Brésil en France. C'était non seulement une belle aventure car le séjour nous a permis d'être en prise directe avec ce pays et sa culture, mais par ailleurs nous avons aussi donné plusieurs représentations au sein d'un grand festival. Aujourd'hui, dans quelques jours, nous partons pour le Canada, et je vais encore rêver dans l'avion afin que cette belle parade du Défilé "Les Muzes Dynamo" , fasse le tour du monde. Faire voyager cette image, cette création avec toutes ses couleurs, c'est finalement rendre hommage à la ville et faire corps avec cette notion d'ambassadrice qui fait son chemin toute seule...

 

Comment concevez-vous votre travail artistique ? 

Dans la ville ? Lyon est une ville pleine d'histoires, bien sûr on peut dire comme toutes les villes. Mais il y a ce mélange entre le passé et l’aujourd’hui, les traboules, les révoltes, l'en haut et l'en bas, les mystères, tous ces forts, ces couvents etc... Un vrai grenier d’abondance ! (rires) Et son envie forte de grandir, d'exister sur la scène internationale, ça me stimule. Plus largement, je vis mon travail d’artiste en solo. J'ai des ami(e)s bien sûr dans différents mondes artistiques mais aussi issus de tous les milieux. J'ai toujours veillé à ne pas me cristalliser sur mon « monde ».

Sur le plan de la création, je n’envisage pas mon travail dans un cadre univoque, je ne peux pas être dans un cadre classique car à la base je suis autodidacte, je ne fonctionne pas de façon binaire, mais tout en nuances. Mes envies de création et mon énergie sont foisonnantes et en même temps je suis très concrète. Le rêve est chez moi fondateur, ensuite c'est une alchimie qui se nourrit autant des racines que de l'aventure contemporaine. Je coule dans la forge de mon imaginaire tout ce qui bouge autour de moi, autant l'histoire de l'Homme qu'un conte, qu'un fait divers, qu'un mouvement de foule, des bruits de chuchotement, une attente… Tout me nourrit. Ensuite j'aime innover, inventer, plier, faire reposer la pâte, chiner, être dans l'instant présent, dans la seconde, la minute, sans rien penser d'autre que ce que je suis en train de faire.

J'ai besoin du mouvement, de la liberté. Si je suis attachée à quelque chose, si je suis "coincée" dans une dynamique trop institutionnelle, je ne trouve pas ma respiration. Dans le travail artistique, je défends le mouvement naturel, la richesse de l’être avant sa technique. J’ai beaucoup travaillé en ce sens, dans les parcours des biennales de la danse. 

Ces deux dernières années sont marquées par des voyages à l'étranger, ce qui m'a permis de prendre du recul. Au retour, je rencontre des danseurs, des plasticiens, des vidéastes, d'autres porteurs de projets. Je réfléchis au sens propre et au sens figuré différemment à ma création. C'est également une période de réflexion sur la richesse des expériences de la biennale. Cela m'a appris que je savais mettre les gens en relation. Au début, de façon un peu naïve, j'écrivais dans mes dossiers le mot "rencontre" parce qu'il m'inspirait et qu'il était au cœur de mes cheminements. Au final ce n'était pas un vain mot. J'aime le jeu des métamorphoses, la transformation et les gens, mais avant toute chose j'aime la poésie !

 

Quel regard portez-vous sur la démarche du Défilé, sur cette volonté d’intégrer à sa réalisation des individus venus d’horizons très différents ? 

Je me suis intéressée au Défilé avec ferveur, je l’ai défendu avec ardeur, car j'aimais cette idée de rassemblement et celle de faire battre les rythmes de la danse sur le macadam. Je cultivais déjà, toute proportion gardée, cette démarche au sein de ma propre compagnie. Alors banco pour cette raison mais aussi pour l'idée de faire parler la culture autrement que par les idées reçues et le côté carte postale. 

Mais je ne suis pas toujours d’accord avec certaines démarches de création. On va parfois chercher très loin ce que nous avons tout près de nous. Pour moi, le Défilé fait très largement la démonstration que les forces locales en présence sont dignes d’intérêt. Les acteurs du Défilé ont aussi parfois eu la tentation de vider de sa substance les expressions locales, pour n’en garder que l’aspect décoratif ou formel. Pour moi, il faut parvenir à combiner la dimension culturelle et la réalisation d’une rencontre en profondeur. Je trouve qu’il faut arriver à un partage des cultures, ce qui n’a rien d’évident bien sûr.

La danse est un espace qui permet cette rencontre. Cependant, je suis toujours très attentive à ne pas me servir d’une culture, ou à ne pas la réduire à un ou deux signes. Je veux, par mon travail, parvenir à valoriser la culture de l’autre, montrer la beauté et la variété des origines, sans rien banaliser. Il n’y a pas de fusion, il faut que chacun se connecte, avec son point de vue, et puisse simultanément envisager l’autre. La danse est un espace commun, mais chacun reste soi, grandit et se grandit à travers la danse. J’ai ma vision, vous avez la vôtre, on va se rapprocher jusqu’à ce que cela sonne juste. 

 

Comment parvenez-vous à cet équilibre ? 

Par exemple, pour le Défilé de 1998, dont le thème était la Méditerranée, il y avait cette nécessité pour moi d’intégrer la problématique de l’immigration et les échanges avec le Maghreb. Il fallait traiter cette composante politique, cette part humaine, et puis d’autres notions comme celles du voyage, de la traversée, qui pouvaient être prises dans plusieurs sens. 

Sur ce spectacle, je voulais associer des personnes en insertion. J’ai encadré beaucoup de projets avec des personnes en stand-by. Cette dimension était déjà présente au sein de ma compagnie où il y avait une ouverture à ce niveau. Il y a toujours eu un restaurant au cœur de mes projets car j'aime nourrir le corps et l’esprit ! À l’époque tout le monde était le bienvenu, l'accueil a toujours été très important et j’aurais nourri l’humanité entière… Le projet de 1998 portait vraiment sur toutes ces dimensions, l’immigration, l’intégration, la reconnaissance de soi, les échanges, la nécessité de manger, bref je pense qu’il proposait une vision du monde. 

Pour cette édition nous avons travaillé avec Lotfi Debbeche (du DSU d’Oullins) qui nous a aidés à investir les anciens locaux de la SNCF. Nous avons eu un séjour très productif dans ces grands espaces fabuleux grâce à la diversité des ateliers. Guy Darmet parlait en conférence de presse de la représentation de 80 métiers. Il y avait autant de repas servis par jour et tout le monde venait nous rendre visite. Quant aux participants, ça a été le départ de la politique de la ville, qui nous a permis d'accueillir des réfugiés politiques, des personnes en grande difficulté économique ou morale. Ça a été un moment extraordinaire, 1000 m2 de friches bouillonnantes de monde et d'activités, auxquelles je ne peux m’empêcher de repenser sans émotion. J’en ai ressenti un très grand bonheur, cela a été un moment hors du temps, hors de tout, un espace de récréation et de création. 

Il y avait un vrai processus de formation et de transmission de savoirs, mais pas seulement bien sûr, on y transmettait aussi des valeurs, on y prenait conscience de la pluralité des identités, des différences culturelles, etc. Les gens se parlaient, c’était un espace de rencontre unique, où les participants de toutes origines socioprofessionnelles pouvaient échanger. C’était une scène sociale totalement atypique et cela a été un bonheur magnifique. 

 

Que pensez-vous de la participation des amateurs ? 

Les amateurs, ça ne veut rien dire. Il y a des professionnels qui agissent en amateurs et des amateurs dont l'état d'esprit est très professionnel. Ce qui compte, c’est l’implication, le sens que l'on met dans ses gestes, son action, l'éthique. Je voulais que pour le Défilé, on ne sache plus du tout qui était qui. Ne plus savoir quelle pouvait être l’origine sociale ou professionnelle de tel ou tel participant. Ça n’était pas le sujet du spectacle. Le sujet résidait dans cette parade poétique et spectaculaire, où chacun se révélait à lui-même, comme dans cette fusion des parcours et des identités. Et c’est ce processus qu’ont vécu les participants au Défilé, il y aurait un livre à écrire rien qu'à ce sujet.

Sur la friche, tout le monde se rencontrait, entre structures, entre partenaires, entre institutions et entre participants. Chacun faisait connaissance selon son inspiration. On était dans un endroit où il n’était plus nécessaire ni d’aller vite, ni d’être productif. On pouvait simplement tomber la veste et discuter avec des gens qu’on n’avait nulle part l’occasion de rencontrer. 

 

Et aujourd’hui, quel bilan faites-vous de l’expérience ? 

Je l’ai édifiée comme on plante un arbre, dont tout le monde pourrait goûter des fruits. Je n’avais pas mesuré l’impact que cela prendrait. De nombreuses personnes qui ont travaillé avec moi, sur le Défilé ou sur d’autres opérations, ont aujourd’hui pris leur autonomie dans le domaine du spectacle ou ailleurs. Pour les participants aux projets de défilés que j'ai portés avec la compagnie, en règle générale, ça a toujours été une expérience marquante, une sorte de puissante catalyse qui a permis aux différents publics de reprendre souffle et pied dans la société. D'autres sont parvenus à s’insérer dans ce milieu professionnel mais cela reste l’exception. L’idée n’est d’ailleurs pas que tout le monde devienne artiste, mais que chacun trouve son espace d'activités, son rythme au sein de la société. 

Cela dit, je suis aujourd’hui un peu amère car il n’y a pas eu de développement durable. Les trajectoires d’insertion restent très individuelles et centrées sur cette expérience, car il n’y a pas eu d’après. Tout le boulot a été fait en vue du Défilé, mais rien n’a été fait pour aller au-delà. Nous avons gardé au sein de la compagnie quelques participants que je ne me sentais pas capable de remettre dehors et le temps m'a donné raison. D'autres se sont retrouvés dans les projets d'une compagnie à la cuisine, à la logistique ou en tête d'affiche car le directeur, qui avait participé à mon défilé, avait été très intéressé par ces acteurs "non professionnels" et par le travail qu'ils avaient effectué avec nous. Mais après le spectacle, on les a envoyés dehors sans ménagement.

J'en ai été touchée et mal à l'aise car pas du tout préparée à ce constat et par la suite cela m’a conduit à me dire qu’il y avait eu une forme de récupération. Bien sûr on ne peut pas porter la terre entière mais tant que nous travaillions pour le Défilé, tout allait bien. Or, avec les publics avec lesquels je travaillais, il aurait été possible d'imaginer des suites. J'ai suggéré plusieurs pistes qui auraient pu prendre le relais et qui au final pouvaient même être intéressantes sur le plan économique. Il faudrait aller au-delà de la simple idée de représentation liée au Défilé et construire des relais d'entraînements qui reprennent la dynamique. C’est un premier pas et il est essentiel d’imaginer un après, sinon il y a de grandes chances pour qu’il faille tout recommencer à zéro ensuite. Et c'est épuisant. Au final, j’ai eu l’impression que l'arbre était pillé et que les gens avaient une faim de loup !

 

Et pourtant, vous avez fait toutes les éditions du Défilé sauf une !

Certes, nous avons aussi bénéficié de cette situation. Nous avons vécu et travaillé pendant toutes ces années mais nous n’en avons rien tiré de durable. Il aurait fallu capitaliser toutes les nouvelles méthodes de travail que nous avions commencé à développer lors des ateliers de préparation pour les Défilés. On aurait pu en faire de véritables modules d’insertion. Il y a bien eu des audits mais ils étaient plus aux services de lignes budgétaires à justifier qu'aux services du projet. Le jeu de concurrence et de récupération a consumé l'énergie investie dans cette aventure.

Sur le plan artistique, ce sont des projets très lourds à mettre en place et il faut de vrais moyens. À notre niveau cela demandait neuf mois d'investissement. À côté, il y a les commandes de spectacles qui nourrissent la compagnie. Nous n'avions pas d’ateliers quotidiens ouverts à un public qui vient prendre des cours. Toute notre énergie se concentrait sur la mise en œuvre qui se faisait sur des installations éphémères dans des friches industrielles. Pour mener à bien l'architecture de notre approche, il aurait fallu que nous soyons installés de façon pérenne dans un lieu adapté à ce type de configuration. 

Reprendre à zéro à chaque fois sur tous les plans ne permet pas de faire évoluer la démarche, raison pour laquelle j'avais fait l'édition 2002 dans l'idée que c'était la dernière pour nous. Même si une fois de plus, la friche d'Infograme sur le territoire de Vaise a eu un énorme succès. Plus de 1000 personnes sont venues à nos soirées riches en événements : défilés de mode, expositions, peinture, sculptures d'artistes latinos, conférences, débats, soirées dansantes avec des groupes de musique latine, sans compter les artistes cubains de la biennale de la Danse, invités d'honneur de notre dernière soirée de clôture du défilé. Nous avons eu Camille en cantatrice exubérante et la femme du jour, Laetitia, en Reine Andy, juchée à 4 m de haut sur la plus grande chaise de handicapée du monde… Tout un programme ! Sans oublier la première participation des employés du Grand Lyon.

 

Que pensez-vous de la Politique de la Ville ? 

La Politique de la Ville est lourde administrativement. Il faudrait pouvoir envisager des cadres qui permettent les projets sur le long terme, sans quoi ceux-ci agissent en superficie et masquent les problèmes de fond. En ce qui concerne l'expérience que j'en ai, mes dossiers ont toujours reçu une forte adhésion de la part des institutions, mais les cadres sont tellement complexes que l'on passe finalement une grande énergie à s'y adapter et parfois on perd le sens premier de la démarche. Globalement je dirais que la forme prend le pas sur le travail de fond, l’image s’impose au travail de terrain et il faut correspondre à des grilles de lecture qui sont parfois bien éloignées de la réalité.
En tant qu'artiste, travailler avec des gens qui sont désocialisés est un boulot énorme : on s’engage avec eux dans un travail au long cours et on ne peut pas traiter de ces questions uniquement par des actions liées à l’événementiel. 

Ces projets de Biennale sont forts et ont des vertus, certes, ne serait-ce que parce qu’on ose à travers eux parler de ces gens-là, que d'un seul coup ils existent, ils sont déstigmatisés. Mais il y a de nombreux professionnels de l'action sociale qui vivent de ces publics et qui nous donnent le sentiment qu'on est un peu gênant. 

En même temps ils apprécient que l'on soit là, avec eux, car c'est leur paysage quotidien, mais ils sont sur la défensive plus que sur l'ouverture. Pour gérer ces ambivalences, il faut beaucoup de diplomatie. On leur enlève quelque chose, consciemment ou non, et ils donnent du fil à retordre, un peu comme s’ils ne partageaient pas l'idée que ces gens peuvent s'en sortir. Elle les séduit mais reste une utopie d'artiste qui n'a pas les pieds sur terre !

À travers ces projets, pour la première fois, j'ai entendu le mot "utilisé" au sujet de ma qualité d'artiste, dit de façon très explicite. C'était très curieux cette vision, moi je préfère le mot "partage". Par ailleurs notre travail est soutenu et reconnu depuis fort longtemps par les institutionnels de la politique de la Ville, je pense notamment à Benoît Guillemont de la Drac, qui est un solide soutien et qui accompagne ma démarche depuis ses balbutiements. Ouvert à mes propositions, il est toujours très attentif et prêt à les défendre.

 

Avez-vous essayé de développer un projet qui soit moins éphémère ? 

 

J’ai essayé de monter une école, qui soit naturellement différente du CNSMD ou de l’Ensatt, et qui ne soit pas non plus une école privée. Très impressionnée lors d'un voyage en Chine où j'ai fait la connaissance de l'Opéra traditionnel Chinois, je voulais me rapprocher de cet esprit avec une école pluridisciplinaire qui aborde la danse, le théâtre, l'aspect plastique par tous les pores de la peau et qui soit naturellement ouverte à toute personne souhaitant apprendre. J’adore l’enseignement, j’adore travailler avec les danseurs, les comédiens et plus particulièrement les gens du cirque. D'après leurs retours et les résultats, je suis une bonne formatrice. 

J’ai donc monté ce centre sous le nom de Cefar qui signifie : Centre Européen de Formation des Arts de la Rue. Cela partait aussi du constat qu'il y avait beaucoup de personnes qui souhaitaient exercer dans ce domaine, mais qu'il y avait une grande carence au niveau formation. Nous recevions beaucoup de demandes de personnes qui voulaient faire du spectacle de rue. 

Pour autant, je n'associe pas mon travail à la mouvance des arts de la rue, je me suis très vite éloignée de cette "famille" malgré une rencontre qui a été pour moi un véritable détonateur dans ma vie. Mais j'ai très vite déchanté et au final, c'est un milieu trop fermé pour moi. C'est un monde d'hommes, assez machistes, voire carrément misogynes, avec lequel je n'ai pas eu envie de rentrer en lutte, ni de boire le demi au comptoir pour faire partie du clan, encore moins la jouer midinette rockeuse pour plaire à ces messieurs, à défaut de pouvoir jouer les pulpeuses ou les intellos baroudeuses… 

C’est aussi un univers souvent très engagé politiquement côté public, mais côté coulisses, un milieu où l’on pratique l’intimidation intellectuelle ou de réseau. On n’y fédère que ce qui nous ressemble, le reste on l’ignore. C'est peut-être la même chose dans tous les milieux, sauf que ce milieu-là est tout petit, alors c'est plus visible qu'ailleurs.
Avant tout je suis une conteuse qui exprime sa poésie en images sur tous les espaces possibles, pas seulement sur une scène ou sur une place publique. Il est d’ailleurs assez difficile d'être reconnu pour une forme d’expression qui ne fait partie d'aucune catégorie. C’est aussi pour faire profiter de mes qualités de pédagogue que je souhaitais structurer mon expérience acquise avec le Défilé.

On dit de moi : "c'est une artiste atypique". C'est vrai que j'ai un peu de mal à trouver mon équilibre avec l'aspect administratif. Aujourd'hui nous avons à nos côtés une structure solide, Athos Productions, qui gère notamment les Biennales du Fort de Bron. Son administrateur, Robert Caro, nous épaule et suit toutes les créations. C'est un grand soulagement, je peux enfin me concentrer sur ce que je sais faire.

Bien sûr il y a des idées et des projets qui naissent de nos échanges mais l'administration et les procédures sont pour moi trop rigides et lentes. Finalement, je laisse Atos gérer tout ça avec un grand bonheur. Cela me donne du temps pour privilégier la relation avec les individus, ici, là, lorsqu’ils sont avec moi. Enfin je ne suis pas une femme de dossier et c'est vraiment très appréciable. Je travaille avec des gens et avec eux, je fais de l’art vivant !

 

Que s’est-il passé pour le Cefar ?

Le Cefar a été une expérience épuisante. Il y a eu trop de problèmes pratiques : le lieu d'accueil n'était pas vraiment adapté pour recevoir les participants, ainsi que les comédiens de la compagnie. Le public était composé de jeunes en très grande difficulté d'insertion et il fallait une autre équipe que celle qui avait été mise en place car cela dépassait nos compétences. Bref, tout cela a asséché le cœur du projet et la dynamique. Même s’il y a eu sur le long terme de très bons résultats sur les jeunes encadrés. 

Les missions locales nous ont sollicités afin que nous poursuivions la démarche car pour certains jeunes, cela avait été très profitable. Mais à la base je voulais faire une école pour former aux spectacles vivants en milieu urbain, ce qui n'est pas ce que nous avons finalement fait.

Pour moi, l’artiste doit faire du bruit, de la lumière dans la ville. S’il passe son temps à gérer des problèmes administratifs, il ne peut malheureusement pas arriver à grand-chose. Avec toutes ces procédures, tous ces règlements, le projet était coupé en petits morceaux et ne pouvait pas se développer au-delà du Défilé de la Biennale, dont le sujet était les routes de la Soie et le but final du dernier module du Cefar.

 

Pourquoi votre compagnie n’est-elle pas parvenue à une meilleure structuration ? Aviez-vous des aides de la Drac par exemple ? 

En dehors des subventions liées à l'action culturelle, nous n'avons en effet jamais été subventionnés contrairement à ce que pense beaucoup de monde. C'est vrai que nous avons un travail particulier : je crée des spectacles qui sont vendus à la pièce, je rentre dans la catégorie "commerciale" ; je fais des inaugurations, je rentre dans la catégorie "animations"; je fais un travail de fond dans le domaine social, je rentre dans la catégorie "animation socioculturelle". À chaque espace une catégorisation, mais lorsque mon image fleurit la première du journal local, là je suis une artiste chorégraphe lyonnaise…

Les subventions sont pour moi une énigme. Il y a dans la profession de sacrés chasseurs de lignes, ce n'est pas mon cas. Lorsqu’une ville me passe commande, je me mets à imaginer le projet qui va reposer sur une scénographie, des décors, des costumes, une musique, une chorégraphie, un propos aussi. La composition part d'une écoute, de ce que mon interlocuteur rêve, et je vais ensuite faire un travail de recherche afin de créer un univers qui ait une dimension poétique. Pour moi, c’est cela une création. Cependant la Drac considère que mon travail ne relève pas d’un travail de création parce qu’il n’y a pas d’écriture… Je n’ai donc jamais eu de subvention à la création. Ce sont les commandes qui nous ont fait vivre jusqu'à présent. 

Et puis il faudrait aller aux vernissages, sortir, se faire voir ici et là, répondre à des demandes d'interviews que je refuse parce qu'il s'agit de parler du confort d'une voiture, ou bien de savoir ce que je pense de la télé, ou encore de faire parler une soi-disant rébellion... Bref, c’est un jeu totalement inintéressant, que je ne trouve pas du tout à mon goût et pour lequel je n'ai pas envie de gaspiller mon temps et du papier.

Enfin il faudrait que je corresponde à quelques courants de politiques culturelles et pour l'heure je voyage beaucoup, j'ai l'esprit ailleurs et les yeux rivés sur ma palette de couleurs. Donc au rayon carence, j'ai celles-ci : ne pas connaître les rouages mécaniques qui servent à l'obtention de subvention et puis celle de ne pas aimer m'occuper de l'administration, point faible de la compagnie à partir de 98.

De 1993 à 2004, mon imaginaire a fait vivre 10 personnes dont 7 intermittents. Les subventions que nous avions ne couvraient que 30 % de notre budget, le reste correspondait aux commandes de spectacles auxquelles je répondais en inventant des créations pour chaque configuration. Pour exemple la Fête du Livre, avec l'accueil de 2000 enfants le samedi matin ou le spectacle d'ouverture du mondial du ski à Sestrières en Italie, pour lequel je composais une mise en scène sur mesure pour 250 participants bénévoles et 30 artistes professionnels et pour les télés du monde entier !

 

Avez-vous décliné ailleurs l’expérience du Défilé ?

Oui en 2004, une ville de l'agglomération lyonnaise m’a passé commande pour un gros spectacle festif pour lequel j'ai fédéré toutes les associations, les habitants, les commerçants, etc. Je voulais tester l'expérience du Défilé et l'exprimer à l'échelle d'une ville. C’était vraiment quelque chose d’un peu délirant, une ville explosée de bonheur avec 800 participants. Un spectacle de clôture avec un plateau rassemblant l'école de musique et 40 choristes femmes, les percussions, plus de 250 personnes pour ce final accompagné de feux d'artifices, de danses d'échassiers, de hip hop etc. Absolument magique ! 

Ce sont des moments fabuleux de rencontres entre des gens qui vivent dans une même ville mais qui ne se parlent jamais. Tout le monde s'est retrouvé sur un site, un ancien LEP aménagé pour la circonstance. C’était vraiment quelque chose qui n’avait jamais été fait et que personne n’aurait imaginé ! 

 

Qu’avez-vous tenté à Oullins ? 

Lorsque nous sommes arrivés à Oullins, la ville n’avait pas de service culturel en place. Nous sommes arrivé sur les friches de la SNCF pour le projet de 98 et le Maire François-Noël Buffet a tout de suite été séduit par le travail de la compagnie. Nous vivions de la vente de spectacles et étions complètement autonomes avec un bon chiffre d'affaires, nous avions tout pour plaire…

Installés auparavant sur la commune de Saint-Priest qui n'a jamais rien fait pour nous, nous étions contents d'être accueillis avec enthousiasme par le directeur du théâtre de la Renaissance, Laurent Darcueil, et par le maire. Après la friche de la SNCF pour laquelle j'avais proposé une installation singulière de mon activité, la mairie nous a proposé l'église de la Saulaie. Nous avons monté par la suite un dossier pour la rénovation du lieu afin d'y implanter notre travail de façon pérenne. Ce devait être un point d'encrage, de rayonnement sur le quartier et de résidence pour nos créations. 

Mais perpétuellement au milieu des cartons, entre déménagements et aménagements, sans subvention de fonctionnement, ni de création en dehors de celles liées aux ateliers donnés aux enfants du quartier, nous n’avons jamais vraiment eu les moyens économiques pour mettre concrètement en place notre implantation. De plus, il nous fallait assurer les spectacles par ailleurs. Il nous aurait fallu deux structures. En raison d’un manque de soutien, de ressources humaines, de moyens, nous avons accusé une certaine fatigue et un déséquilibre financier. 
Il y avait une volonté de la Ville de Lyon de nous aider, Gérard Collomb avait répondu favorablement à notre demande, mais nous n'avons pas suscité le même intérêt auprès de l'adjoint à la culture que je n'ai jamais réussi à rencontrer malgré des demandes répétées de rendez-vous. Et notre dossier est resté sur une étagère comme l'on dit…

Et pourtant, notre image a été utilisée par toute la ville, ici et ailleurs dans le monde, de Shanghai en passant par Dubaï ou Los Angeles. Nous fonctionnons sans subvention, alors que certaines compagnies sont généreusement aidées bien qu’elles ne soient visibles que par une minorité de personnes (averties) au niveau local…

 

Qu’est devenue l’église où vous étiez implantés à Oullins ?

Le quartier n’était pas facile. Il est en pleine mutation, les enfants sont souvent dehors. Les problèmes de quartier, dont on a beaucoup parlé ces derniers temps, sont difficiles à vivre au quotidien. Il faut des personnes très solides pour encadrer une équipe d'intervenants et les enfants… Il y a une telle violence que ce n'est pas racontable. Enfin notre investissement était disproportionné par rapport aux moyens mis à notre disposition...

Et puis l'église intéressait le Théâtre de la Renaissance, qui avec le nouveau directeur mis en place après le départ de Laurent Darcueil, avait envie du lieu mais pas de notre travail. Ça a été un rapport de force permanent. Dernièrement, je suis allée à l'inauguration de l'église qui existe aujourd'hui grâce à notre travail et aux fonds européens. La boucle est bouclée, le théâtre de la Renaissance, qui a encore changé de directeur, en a enfin la jouissance !

Le maire s'est entouré d'une très bonne équipe qui nous a vraiment fait défaut lorsque nous étions là, le service culturel existe et fait du très bon travail. Nous allons jouer le 8 décembre notre dernière création Les Muzes Dynamo créée pour l'Ouverture du Défilé.

Andrée Rive, qui lorsqu'elle était adjointe à la culture à Vaise, disait qu’on excuse un mauvais architecte qui défigure une ville pendant des générations et qui aura coûté beaucoup d'argent à la collectivité, mais qu’on n’accepte aucune faiblesse de la part de l'artiste.

Je n'aurai pas ma plaque sur l'église… Mais je laisse de belles traces de bonheur dans le cœur des enfants de la Saulaie, c'est l'essentiel. Même si je manque encore aujourd'hui d'un lieu de travail, je ne regrette pas l'église. C’était une belle expérience. Et puis toute rénovée elle ne ressemble plus vraiment à ce que je souhaitais faire dans un lieu. Je suis une obsessionnelle d'un espace de rencontre de partage et de convivialité... La dimension des espaces que je pourrais occuper, et où ont eu lieu les aventures les plus raccord avec ma créativité et mon énergie, sont quand même les friches industrielles avec des m2 en abondance.

 

Seriez-vous prête à vous investir à nouveau dans des dispositifs d’insertion ?

Il y a aujourd’hui beaucoup de personnes qui ont vécu l’aventure du Défilé et qui sont reparties dans leur vie heureuses comme des poissons dans l’eau. Le projet catalyse les énergies. Par contre, ce qui me déçoit et me conduit aujourd’hui à me recentrer sur mon travail artistique, c’est qu’il n’y a jamais eu « d’après » envisagé pour les parcours d’insertion qui passent par le Défilé. Si je fais des actions dans le cadre de la Politique de la Ville, auprès d’enfants ou de publics en difficulté, je ne peux plus être sur les commandes de spectacles, tout devient très fragile. Et pour l’instant je me recentre sur mon travail artistique. 

Je suis persuadée que l’insertion peut passer par une démarche de participation artistique, mais qu’il faut aider les gens ensuite à mettre en place des structures viables économiquement. Faute de quoi on utilise les gens, on fait de l'occupationnel et des piles de dossiers, mais on ne les insère pas, on ne les rend pas autonomes.
J’ai bien des projets d’insertion, mais je ne les mettrais en route que si j’ai des partenaires qui me soutiennent et que l’on s'emploie à mettre en place le volant "économique" afin que les projets puissent se développer et permettre aux personnes de retrouver réellement une activité. Un parcours d’insertion doit avoir une finalité, sans quoi, il ne sert à rien. Il doit notamment prévoir une intégration économique. Si ces conditions ne sont pas réunies, je ne m’y engagerai plus, car alors, je ne ferai qu’alimenter le système et servir de prétexte, et je ne veux plus être une artiste "utilisée". 

 

Quels sont vos projets aujourd’hui ?

J’ai défriché, j’aime explorer. Les premiers Défilés ont fait leurs petits. Cela me touche, c’est comme un jardin qui pousse… Mais je veux maintenant aller ailleurs. J’ai pris le temps de souffler, de me poser, de réfléchir à mon engagement artistique et social. Cela dit, j’ai été très contente que Guy Darmet m’invite à ouvrir le Défilé 2006.
Pendant ces premières onze années de compagnie, j'ai l'impression d'avoir fait tout ce qui me passait à l'esprit, pleine d'effervescence et d'envie de faire, d'explorer mon univers, d'écrire une partition, de jouer le morceau et le lendemain sans m'en soucier justement, d'en écrire une autre. Ce sont de belles années de peintures vivantes, autant d'histoires fantastiques et merveilleuses à conter à un public mobile. On ne pourrait pas comptabiliser le nombre de spectateurs que nous avons touché, il y en a trop ! Quand je pense que c'est un critère pour les subventions (rires). 

Aujourd’hui j'ai mûri, je peux regarder ma composition, en voir les pleins et les déliés. Ce recul est important, il me permet de me recentrer sur mon travail de production artistique, je suis plus légère. J'ai envie de féminin. Pour mes débuts, Zanka avait une résonance plutôt masculine et j'en avais besoin, on aimait bien dire le Zanka. Là je l’ai féminisé, c'est un jeu de mot, La Belle Zanka peut s'entendre aussi comme le label. Ce changement de nom est une pirouette, qui me permet de me démarquer de l’expérience Zanka, qui n'appartient pas qu'à moi d'ailleurs, mais sans pour autant la renier. Le fait aussi d'être accompagnée sur le plan administratif change bien la donne, mon esprit n'a plus à gérer des problèmes pour lesquels il n'est pas formaté.

Malgré tout, ce monde du chacun pour soi est difficile à vivre, j'ai toujours invité les artistes, d’autres compagnies : Abou Lagra est venu faire son tour de danse, Mourad a répété dans les locaux que j'avais à Saint-Priest etc. J’ai répondu présent pour des conseils, aidé à structurer des projets, formé de nombreuses personnes, mais j'ai trouvé que dans l'ensemble les gens sont autour de vous lorsque les médias parlent de vous, lorsque vous avez le vent en poupe, mais en dehors de ce jeu de société que je trouve assez général et banal, je ne vois guère de manifestation. On ne se souvient plus ou on ne me connaît plus. C'est d'ailleurs assez drôle comme ballet, ça me donne des envies de créer.

Heureusement la petite équipe aujourd’hui présente à mes côtés est bien là, solide et fidèle, elle m'apporte beaucoup de joie et d'énergie, mes projets sont déjà de ne pas les décevoir. Une page est tournée, nous laissons derrière nous les oublieux et les heureux, nous avons devant nous des projets en gestation avec Robert Caro et bientôt nous décollons, destination Montréal pour un gigantesque rendez-vous professionnel avec les décideurs, les financeurs, les diffuseurs du spectacle vivant de la planète entière. Nous sommes très heureux car nous venons d’apprendre que nous avons été sélectionnés pour donner une présentation des Muzes Dynamo lors de la conférence de presse de lancement. Et à notre retour, nous finirons l’année en beauté avec plusieurs spectacles qui nous ont été commandés par des villes, dont Oullins.