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La place de l'animal dans l'éducation de l'enfant

Interview de Marcel RUFO

<< On naît de son enfance comme on naît de ses animaux >>.

Ces propos ont été recueillis dans le cadre de la Journée Prospective du 16 mars 2004, sur le thème de "l'Homme et l'animal en milieu urbain". Précurseur de la présence animale auprès des enfants hospitalisés, Marcel Rufo, pédo-psychiatre, chef du service Médico-psychologique de l’enfant et de sa famille au CHU Sainte Marguerite, à Marseille, donne des éléments pour comprendre la relation qui se crée entre les deux protagonistes : tour à tour jouet, compagnon, anti-dépresseur, témoin de son enfance ou prolongement de soi pour les enfants handicapés, la présence du chien ou du chat est un élément précieux dans l'évolution de l'enfant.

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Date : 15/02/2004

En France, dans l’univers médical et hospitalier vous semblez être un précurseur de la présence animale auprès des enfants ?
Effectivement, j’ai fait mon internat en pédiatrie, accompagné de mon chien, ce n’était pas toujours apprécié par les pédiatres qui se rassuraient en disant « celui-là il est psychiatre ». J’ai continué, aujourd’hui je consulte régulièrement avec mon chien descendant direct de mon compagnon d’internat. Les portes de mon service sont naturellement ouvertes aux chiens visiteurs, cette expérience validée devrait faciliter leur entrée dans les services de pédiatrie.

En quoi est-ce si difficile de faire ouvrir les portes de l’hôpital ?
Le chien à l’hôpital, c’est le dehors qui rentre dans le dedans ! c’est la fin de l’ère pastorienne. Il y a vingt ans, les jouets des enfants étaient aseptisés et, avec Boris Cyrulnik, nous avons introduit les peluches, c’était un véritable bouleversement des habitudes et des pratiques, aujourd’hui, c’est l’entrée des peluches vivantes. L’entrée de l’animal marque une étape importante, c’est le temps de la victoire qui permet d’honorer le psychisme, imaginez aujourd’hui apporter des soins à une personne âgée en n’accueillant pas son animal ?… L’animal est porteur du temps vécu, le chien et le chat sont des symboles transitionnels, ils peuvent contribuer à diminuer des temps d’hospitalisation.

Pour vous qu’est-ce qui caractérise la relation enfant-animal ?
L’idée générale c’est que l’on naît de son enfance comme on naît de ses animaux (cf. le Petit Prince de Saint Exupéry) ; idée que l’on peut décliner aussi comme suit : « on est de son enfance comme l’on est de ses animaux ». Il y a une véritable histoire naturelle qui lie l’enfant et l’animal. Ainsi le chat qui apparaît et disparaît crée chez le bébé la surprise, l’étonnement, le sourire, le rire. Le chien plus permanent, avec certaines attitudes stéréotypées aide à connaître et reconnaître le monde. L’oiseau par ses chants éveille les sens. L’enfant grandit et prête à l’animal ses pensées, « mon chien, il me comprend sans même que je lui parle, je lui dis des secrets et il comprend tout ». Le chien est le complice de l’enfant, prenons l’exemple du pot de nutella dans lequel l’enfant plonge le doigt à l’insu de ses parents sous le regard de son ami le chien qui gardera le secret voire qui endossera la responsabilité de la disparition du nutella. Il y a entre eux une véritable harmonie, le chien c’est l’enfant, l’enfant c’est le chien. L’animal aide l’enfant à prendre conscience de ses propre capacités et progressivement, une certaine distanciation s’instaure, l’enfant devient le grand frère ou le petit père ou la petite mère de l’animal. Durant la période de l’adolescence, il peut y avoir un “petit creux”, on abandonne la famille et on lui laisse son animal; sauf pour satisfaire à certains besoins régressifs, l’animal évoquant le temps passé de l’enfance heureuse ou bien permettant un certain positionnement face à ses copains.

Comment expliquez-vous cette capacité naturelle de l’animal à s’intéresser à l’enfant ?
L’animal, le chien en particulier est un splendide joueur, ça joue mieux qu’une console, si l’enfant joue bien, l’animal offrira une réserve insoupçonnée, il ira jusqu’à l’épuisement. Quand on est grand, quand on est adulte, on perd cette capacité pro-jeux.

Face à un groupe d’enfants par exemple à l’hôpital de jour chez les petits, comment expliquez-vous que le chien aille assez spontanément vers l’enfant le plus en retrait ?
Parce qu’un enfant qui ne joue pas ce n’est pas ordinaire et le chien dans ce cas prend l’initiative et sollicite, d’ailleurs vous avez observé ces enfants qui répondent quelques minutes plus tard à la sollicitation en envoyant un de leurs jouets à l’animal…

Divers articles relatifs au sujet des relations animal-enfant parlent de lecteur émotionnel, d’éponges affectives, qu’en pensez-vous ?
On projette nos malheurs, nos bonheurs, notre joie, notre tristesse ; il évoque des souvenirs, des bons moments de notre enfance, il est entièrement disponible c’est le placebo de nos émotions, c’est un excellent antidépresseur !

Lors d’une précédente interview à propos du chien auprès de l’enfant handicapé vous évoquiez son rôle privilégié ?
L’animal est un substitut, un prolongement, ce sont des yeux, des oreilles, des jambes, une nouvelle approche spatiale. Le chien participe à la pensée magique de l’enfant, le chien, c’est le début, c’est l’étayage, c’est la première petite marche pour recommencer à rêver… Avec un chien, un enfant handicapé peut mieux concevoir qu’il est handicapé. « J’ai compris grâce à mon chien qui m’aide à surmonter mon handicap ». Quand les voiliers brillent, ils peuvent aller naviguer et l’hiver revenu, ils diminuent leur capacité à briller. Un enfant qui est handicapé , c’est comme un voilier l’hiver et à ce moment là un chien c’est quelque chose comme le vernissage lui permettant de donner une meilleure image de lui à l’extérieur.