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La valorisation du bénévolat

Interview de Stéphane DUMAS

<< On s’est rendu compte sur le terrain que le bénévole avait une énergie débordante pour se consacrer à une activité désintéressée au sein d’associations, mais manquait cruellement de formation >>.

Interview de Stéphane Dumas de la Direction Régionale de Jeunesse et Sports.

Propos recueillis pour le Cahier Millénaire 3, n°26-tome1 (2002), pp 33-40.

Réalisée par :

Date : 14/05/2002

Pouvez-vous nous définir les différents champs d’action de Jeunesse et Sports ?
Jeunesse et Sports met en place les formations BAFA, BETEP, BAFAD, DEFA, tout ce qui touche aux activités sportives et culturelles. Jeunesse et Sports encourage l’expression, favorise la formation des jeunes et subventionne le CRIJ (centre régional d’information jeunesse) qui se trouve à Lyon sur les quais. C’est un espace de documentation, d’information sur les métiers, le logement, sur les petits jobs d’été. Le troisième champs concerne la sécurité des usagers : des inspecteurs Jeunesse et Sports contrôlent la sécurité et les équipements dans les centres de loisirs, contrôlent les brevets d’Etat, les locaux, l’hygiène, contrôlent aussi si ces centres ont un caractère sectaire ou non. Le rôle de Jeunesse et Sports est de protéger l’individu, et tout particulièrement l’enfant et l’adolescent.
Le quatrième champs concerne le soutien aux initiatives associatives, aux initiatives des jeunes, avec notamment le "défi jeune". Pour ma part, je m’occupe des activités culturelles et artistiques. Nous disposons de crédits spécifiques concernant l’aide à la vie associative pour aider des projets associatifs et communaux. Nous avons des crédits pour tout ce qui concerne les contrats de ville, et les contrats éducatifs locaux (ce sont des contrats qui sont signés entre les communes et Jeunesse et Sports, qui per- mettent de développer les activités culturelles, physiques et sportives mises en place par les associations en dehors des heures d’école). 

A l’occasion du centenaire de la loi 1901, vous avez réalisé une intervention à Craponne qui portait sur le bénévolat. Pourriez-vous nous en dire quelques mots ?
Le sujet était "le bénévolat en France aujourd’hui". Dans la salle, il y avait des directeurs de MJC, des bénévoles retraités, des jeunes, des élus municipaux, des adjoints, une centaine de personnes. La question suivante a été posée plusieurs fois "que fait le ministère Jeunesse et Sports pour favoriser et dynamiser le bénévolat aujourd’hui ?". Un certain nombre de mesures en faveur du bénévolat ont été prises depuis 2 ans, lors des assises nationales de la vie associative, en février 1999. Marie-Georges Buffet a véritablement impulsé des dispositifs permettant de favoriser le bénévolat en France.

Les polémiques lors de votre intervention portaient essentiellement sur quoi ?
C’était une critique de l’action de l’Etat sur le bénévolat : "que font les pouvoirs publics pour favoriser le bénévolat ? rien ne se passe !". En tant que représentant de l’Etat je peux dire que tout n’est pas rose, qu’il y a certaines imperfections. Mais je ne peux pas laisser dire que rien n’est fait. Il y a des chantiers qui avancent.

Quels sont ces chantiers ?
C’est d’abord l’édition d’un "guide du bénévole" qui a été tiré à 25000 exemplaires dans l’hexagone, diffusé dans toutes les MJC, les centres sociaux de France et les centres régionaux d’information jeunesse. La deuxième évolution est la mise en place (depuis 1994) d’un dispositif appelé le FNDVA (le fond national du développement de la vie associative) qui est financé par les recettes du PMU. Lionel Jospin, le premier juillet 2001, a annoncé à l’Elysée que le FNDVA augmenterait de 40 à 80 millions de Francs pour cette année. Et précisément, le FNDVA sert à financer les formations de bénévoles au sein d’associations. On s’est rendu compte sur le terrain que le bénévole avait une énergie débordante pour se consacrer à une activité désintéressée au sein d’associations, mais manquait cruellement de formation. La volonté certes fait beaucoup, mais la formation spécialisée est nécessaire s’agissant par exemple d’une association comme l’enfant bleu qui s’occupe des enfants maltraités. On ne rentre pas forcément dans une association avec une formation exceptionnelle. Le FNDVA va donc financer les associations pour permettre aux bénévoles de bénéficier de formations adéquates. Ce sont les associations qui se mettent en contact avec un organisme de formation. Chaque formation peut durer jusqu’à huit jours et les coûts se situent entre 8000 à 50 000 F. C’est la direction régionale de Jeunesse et Sports qui étudie chaque projet de formation. Cette année, nous avons donc subventionné une dizaine d’associations couvrant des thèmes comme l’enfance maltraitée où l’aide aux personnes handicapées. La grande évolution est que les bénévoles ne versent rien à la formation alors qu’auparavant, ils contribuaient au coût, voire payaient intégralement leur formation.
Nous poursuivons cette dynamique parce qu’aujourd’hui le bénévole réclame de plus en plus de formation.

Et en terme de temps, quelles sont les disponibilités des bénévoles pour réaliser ces formations ?
Les circulaires Jeunesse et Sports ne nous autorisent qu’à financer 8 jours de formation de bénévoles, donc c’est intensif du lundi au vendredi. Ces formations sont destinées en priorité aux femmes, car on s’est rendu compte que les femmes étaient sous représentées dans le bénévolat. Plus exactement, les femmes n’ont pas souvent accès aux postes à responsabilités dans les associations. Marie-Georges Buffet a donc souhaité donner un petit coup de pouce aux femmes qui voulaient être en position de responsabilité. Nous subventionnons par conséquent d’avantage de formations adressées aux femmes. Il y a également actuellement une loi qui est en cours de discussion au Parlement, que l’on appelle loi de modernisation sociale qui vise à prendre en compte l’expérience bénévole pour obtenir un brevet d’Etat. Je m’explique : vous exercez une activité bénévole depuis 2 ans aux Restos du coeur. Si vous voulez par exemple obtenir le BAFA, le BEATEP, vous allez avoir à passer toutes les épreuves. La question posée au Parlement est : "Est-ce que ces deux ans d’associations ne peuvent pas être pris en compte dans l’obtention du brevet ?"

Pensez vous qu’il y a valorisation du bénévolat aujourd’hui ?
Il y a aujourd’hui une reconnaissance, une valorisation du bénévolat dans la vie de l’individu alors qu’avant aucune prise en compte de l’action du bénévole n’était reconnue. Le bénévolat favorise la communication, le relationnel avec les gens et c’est vrai qu’actuellement les entreprises reconnaissent de plus en plus aux salariés le droit de demander des congés pour pouvoir participer à une activité bénévole. Il faut en effet savoir qu’existe un congé de représentation (qui a été lancé en 1991). Imaginons que vous soyez bénévole et responsable d’une association, soit adhérent, soit président, soit responsable d’une activité, et que vous travailliez dans une entreprise privée. Comment allez-vous faire pour vous libérer pour participer à l’assemblée générale, pour participer à des réunions qui se trouvent à l’extérieur de l’association, pour pouvoir être actif malgré tout ? Vous ne pouvez pas quitter votre travail librement. Un congé de représentation a donc
été institué qui vous autorise à quitter votre entreprise pendant un certain nombre d’heures dans la journée. Ce congé de représentation ne doit pas excéder neuf jours par an. La seule condition que l’employeur exige c’est que cela ne remette pas en cause la bonne marche de l’entreprise. Par contre l’employeur est obligé d’accorder un congé de représentation. Maintenant, admettons que l’employeur refuse de vous accorder ce congé, donc que vous ne perceviez pas de salaire durant ces heures passées à l’extérieur de l’entreprise : vous avez alors droit à une indemnité qui est fixée depuis le 30 janvier 2000 à 39,70 F / heure. Pour l’obtenir, le salarié doit demander une attestation auprès de son employeur indiquant qu’il a subi une retenue sur son salaire. Donc, même si vous avez subi une perte de salaire, celle-ci sera compensée par des indemnités.

Mais les acteurs du monde associatif sont-ils au courant que cette loi existe ?
Il est vrai que le monde associatif n’est pas forcément au courant de cette loi, c’est évident ! Lors de l’intervention que j’ai faite à Craponne, on voyait bien qu’il y a un manque cruel d’information. La plupart du temps les présidents d’associations connaissent, mais les bénévoles de "base", les citoyens moyens entre guillemet, eux non.

Où peut-on se renseigner ?
Aux points d’appui locaux à la vie associative. Il y en a six dans le département du Rhône. Ils sont là pour informer, pas seulement les associations, mais aussi les particuliers sur leurs droits et leurs devoirs. Notre devoir à nous, Etat, est d’apporter des informations et de dire qu’il y a
des structures, des services publics qui sont faits pour eux.

Et les entreprises sont-elles au courant de ces droits associatifs ?
Non ! pas forcément, d’ailleurs les entreprises regardent d’un mauvais œil le fait que les salariés puissent partir. Mais il faut savoir que ce droit est inscrit dans le code du travail comme congé de représentation depuis la loi du 7 août 1991 relative aux " congés de représentation en faveur des associations et au contrôle des comptes des organismes faisant appel à la générosité publique". Ce droit s’accompagne d’autres modalités. Prenons un exemple concret : votre association se trouve à Caluire et vous devez vous rendre à une manifestation en dehors de Caluire. Les frais de bus ou d’essence peuvent être remboursés. Une autre nouveauté a été introduite par une loi
du 6 juillet 2000 : admettons que vous ayez 1000 fr de frais par mois, et que vous souhaitiez que l’association ne vous rembourse pas ces frais parce que pour elle cela coûte cher. Vous pouvez désormais déclarer ces frais au fisc. Ils sont déductibles et ouvrent droit à une réduction d’impôts égale à 50% des versements retenus dans la limite de 6% du revenu imposable.
Mais par contre, pour l’instant, il n’y a aucun remboursement de frais pour aller de chez vous à l’association. Tous ces renseignements se trouvent dans le guide du bénévole !

Ce guide a été réalisé par qui ?
C’est un travail interministériel qui a impliqué le Ministère Jeunesse et Sports, le Ministère de la culture et de la communication, le Cabinet du premier ministre, le Ministère de la francophonie, etc…

Y-a-t-il un changement de la forme, de l’aspect du bénévole en France, et notamment sur la région lyonnaise ?
J’entends souvent ce discours : "il y a une crise du bénévolat, il n’y a plus de bénévoles, personne ne veut plus s’engager dans une activité désintéressée". Moi, je ne parle pas du tout de crise du bénévolat ; le bénévolat existe toujours mais sous une forme différente : il y a moins de militantisme actif comme on a pu l’avoir dans les années 70-80.
Aujourd’hui le bénévole n’est pas forcément adhérent d’une association, il ne donne pas forcément une cotisation annuelle, il n’a pas forcément en charge une activité spécifique dans l’association, mais il participe d’avantage ponctuellement à l’activité de l’association bénévolement.
Par exemple, pour les Restos du cœur, de plus en plus de jeunes s’investissent dans cette association, mais ils participent bénévolement très ponctuellement notamment durant les vacances de Noël. C’est là où véritablement la nature du bénévolat change, et c’est pour cela que dans les associations il y a un manque de renouvellement des présidents. Ce sont souvent des personnes âgés qui président les associations, parce que les jeunes ne veulent pas s’engager à moyen ou à long terme, ils préfèrent apporter leur pierre à l’édifice sur une courte durée.

N’y a-t-il pas à travers ce que vous dites un manque d’engagement, de prise de responsabilité ?
C’est évident que c’est le reflet de la société individualiste dans laquelle nous sommes. On peut dire que l’individualisme sape un petit peu le bénévolat, c’est clair. Mais je ne suis pas pessimiste sur le bénévolat, je pense qu’il y a un capital humain à valoriser. Il y a un manque de renouvellement dans les instances associatives, mais il y aura toujours un bénévolat qui sera là de la part des jeunes que ce soit au niveau des Restos du cœur, de AIDES (Association d’entraide et de prévention en rapport avec l’épidémie de Sida). Je suis assez optimiste. Je parle ici du département du Rhône que je connais.