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Oxygéne, action sociale et bénévolat

Interview de Bruno de SORAS

<< Il est nécessaire de créer des liens très rapidement entre les étudiants et le monde social >>.

Interview de Bruno de Soras, fondateur et président de l'association Oxygène.

Réalisée par :

Date : 25/03/2001

Qu'est-ce qui vous a poussé, alors que vous étiez étudiant dans une école de commerce, à agir dans le secteur social ?
Ce qui m'a poussé à créer Oxygène, c'est l'envie, on peut même dire la passion, de faire quelque chose pour les autres. L'idée, c'est de mettre au service du social toutes les connaissances que l'on acquiert dans une école de commerce, gérer un budget, un projet, et réaliser à partir de là des actions d'envergure.
C'est par exemple permettre, avec Mille enfants, mille Noël, à mille enfants  d'avoir un go ter de Noël. L'enjeu est aussi l'ouverture des étudiants au social.

Comment percevez-vous, depuis votre point de perspective, les enjeux de la lutte contre l'exclusion ?
Je soulignerai deux enjeux.  D'abord, et à mon sens c'est fondamental, le but du social n'est pas de faire
des choses pour les autres, c'est de faire des choses avec les autres. Il faut démarrer ensemble des projets et aller ensemble jusqu'au bout. A titre  d'exemple, dans le défi voile, les adolescents commencent le projet à zéro.  Tout est à faire et il arrive parfois que le projet n'aille pas jusqu'à son  terme. Cela leur apprend que rien n'est gagné d'avance. Les jeunes ne sont pas des consommateurs de loisirs : ils sont dans une logique d'action et de responsabilité, ils vont par exemple organiser la logistique du voyage. Ensuite, il faut voir qu'aujourd'hui beaucoup de jeunes s'orientent vers des  études. Or, ces études les amènent souvent vers des monde clos. Je pense aux écoles de commerce et d'ingénieur que je connais le mieux : on est préparé à l'ingénierie ou au marketing, on apprend à fabriquer des ponts ou à vendre des produits et on est très vite déconnecté de la réalité sociale. 
Or, il est nécessaire de créer des liens très rapidement entre les étudiants, ou les jeunes professionnels, et le monde social, afin que les étudiants prennent en compte ce monde qui n'est pas intégré à la société et comprennent qu'il faut impérativement l'intégrer. Ils ne l'oublieront jamais et auront une sensibilité au social qui les poussera à modifier leurs comportements, concrètement et dans le cadre de leurs professions. Cela permettra d'éviter que lorsqu'ils auront à gérer une ville, à construire des immeubles ou à créer de nouveaux produits, ils connaissent mal les besoins réels des populations; c'est éviter encore que des cadres soient incapables de se rendre compte que leur ton est autoritaire et déphasé. Le jour où ces jeunes ayant une connaissance du social auront des postes à responsabilité, ils ne s'enfermeront pas dans leur carcan, ils ne chercheront  pas à se remplir les poches mais tiendront compte de l'intérêt général. Vivre  bien sans se soucier des autres, ça ne marche pas.

Les jeunes avec lesquels vous travaillez vous semblent-ils sensibles aux valeurs de partage et de solidarité?
Les étudiants s'investissent avec passion dans Oxygène, leur motivation est  avant tout d'aider des enfants et adolescents.  Il y a un mélange extraordinaire et assez nouveau dans la société actuelle,  une ouverture vers les personnes d'origines et de cultures différentes. Avant,  on raisonnait par classes; cela a complètement changé, les blocages et clivages sont en train de sauter. Les jeunes générations sont très ouvertes. On ne peut pas se permettre d'avancer dans sa vie professionnelle sans penser aux autres, on n'a pas le droit de le faire. Les jeunes en sont très conscients. Quand ceux qui ont actuellement entre 20 et 30 ans auront des postes de responsabilité, ils auront un rapport aux autres très différent, ils ne jugeront pas les gens en fonction de leurs origines, de stéréotypes racistes par exemple. Les a priori, c'est ce qui est le plus nocif dans une société. 

Ce qui change aussi, c'est un refus très fort et partagé de l'exclusion, et  c'est comme ça, à travers ce changement de mentalité, que l'on a aujourd'hui des actions très nombreuses, et que l'on peut lutter efficacement contre l'exclusion. Si le bénévolat se développe dans le secteur associatif, donc l'engagement gratuit, on voit aussi que le secteur de la solidarité et  plus encore de l'humanitaire tend à fonctionner de plus en plus sur le modèle de l'entreprise (stratégies marketing pour lever des fonds, commercialisation de produits, etc.).

Est-ce des évolutions contradictoires ?
Tous les grands organismes comme ATD Quart - monde, le Secours catholique, fonctionnent comme des entreprises au niveau de la récolte des fonds, de la communication autour de leur action, même si leurs objectifs sont bien sûr ceux de la solidarité et de l'humanitaire. 

On envisage souvent un clivage privé - public, avec des logiques inconciliables; ainsi, les centres sociaux avec lesquels nous collaborons sont publics, et de notre côté nous nous sommes entièrement privés. Je pense qu'il faut dépasser ce clivage, travailler ensemble ou en complémentarité. La logique d'échange doit prévaloir sur celle de l'ignorance mutuelle ou de la concurrence.