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Le projet “Le Léman à la mer, la voie d'eau à vélo”

Interview de Eric GUILLAUMIN

Photographie d'un individu roulant à vélo sur une piste cyclable au bord d'un cours d'eau

<< Nous souhaitons un projet qui associe l’ensemble des activités de tourisme et de loisir doux autour du fleuve >>.

Eric Guillaumin, Secrétaire général de Territoire Rhône, établissement public territorial de bassin répond sur le projet : "Le Léman à la mer, la voie d’eau à vélo" et sur celui de la remise en navigabilité du Rhône en amont.

Territoire Rhône, nouvelle appellation de l'Institut Rhône-Saône (IRS), a pour mission d'étudier le développement touristique autour des voies d'eau et, depuis 1997, les problèmes touchant à l'environnement et à la définition d'un plan de gestion des risques liés aux crues du Rhône. En unissant ces trois dimensions, Territoire Rhône qui s'étend à l'ensemble du bassin et aux 12 communes riveraines, souhaite développer un tourisme vert, respectueux de l'environnement.

Interview réalisée pour le Cahier Millénaire 3, n° 25 , pp 63-64.

Date : 15/02/2001

En quoi consiste le projet intitulé : “Le Léman à la mer, la voie d'eau à vélo” ? 

L'idée est de créer une voie verte reliant le lac Léman à la Méditerranée, soit un tracé de 650 km le long du fleuve, ouvert aux promeneurs et aux vélos. Le projet est né du constat que la Compagnie Nationale du Rhône (CNR), concessionnaire du fleuve, dispose d'un foncier assez large, voire très large, le long du Rhône. Par ailleurs, l'aménagement industriel du fleuve a été largement décrié et il nous paraissait important que les habitants se réapproprient le fleuve et retrouvent cet espace de vie, qui est à la fois un espace de loisir et un espace écologique abritant une grande biodiversité.

L'objectif est donc de créer une continuité de cheminement sur les berges du fleuve, associée à des boucles pour des promenades plus courtes. Ces promenades pourront se faire en utilisant plusieurs modes de transport, comme la marche, le vélo, le bateau ainsi que des accès par le train. On voit dans d'autre pays, comme en Autriche sur le Danube, ou sur la partie Suisse du Rhône, que la pratique sociale est orientée vers une multimodalité du déplacement de loisir. Il est important de pouvoir proposer cela sur Lyon, et le Plan Bleu avait d'ailleurs bien mis en exergue cette nécessité. 

 

Est-il difficile de trouver cette continuité de territoire le long d'un fleuve jalonné de nombreuses industries et infrastructures routières, en particulier dans sa partie avale ?

Non, pas tant que cela. Le domaine public existe le long du fleuve, la continuité est globalement assurée et on peut sans aménagements trop importants, créer un chemin de 3 m de large en moyenne. Par endroits, il faudra changer de rive, à d'autres, il sera nécessaire de créer des passages en encorbellement. Il y a des points délicats comme Lyon, avec des nœuds autoroutiers denses, ou certains barrages, mais à 95 % la continuité est d'ores et déjà assurée.

 

À quel stade en est le projet ?

L'étude est terminée, les départements et les communautés de communes délibèrent peu à peu pour prendre la maîtrise d'ouvrage de ces équipements et le montage financier est prêt. Certains travaux ont déjà commencé, d'autres chantiers vont s'ouvrir d'ici peu et, dans un délai de 5 à 6 ans, la route verte devrait être accessible.

 

Votre deuxième grand projet est la remise en navigabilité du Rhône amont...

Le projet est un peu moins avancé que celui du Léman-mer, mais les études d'avant-projet financées par le Département, la Région, la CNR et VNF sont terminées depuis un an. Le concept est de rouvrir le fleuve à la navigation touristique limitée à 38,50 m, c'est-à-dire au gabarit "Freycinet".

Il s'agit d'un projet d'aménagement du territoire sur trois pôles : le pôle de Lyon, le pôle du nord Isère, dit Vallée Bleue, et le pôle du grand lac, cc'est-à-dire le lac du Bourget jusqu'à Seyssel. Nous souhaitons un projet qui associe l'ensemble des activités de tourisme et de loisir doux autour du fleuve : navigation, vélo, découverte environnementale et pêche. Pour deux raisons, essentiellement. D'une part, la clientèle du tourisme fluvial n'est pas suffisante pour faire vivre les services nécessaires ; il faut donc prendre en compte et associer les activités liées à la pêche. D'autre part, la cohabitation des usages ne se fera que si les infrastructures sont développées en tenant compte des besoins de chacun.

 

Quels sont les aménagements concernant la région de Lyon ?

Jusqu'à la guerre de 14-18, la navigation était possible pour les bateaux à vapeur au départ de Lyon. On passait alors par le canal de Jonage pour remonter par les écluses de Cusset et du barrage de Jons. Lorsque le chemin de fer a supplanté le transport fluvial de passagers, les écluses ont été laissées en l'état. Il faut aujourd’hui les restaurer ou créer de nouveaux cheminements. Dès la cité internationale, on se trouve dans un espace assez sauvage. Le pôle de Lyon s'inscrit dans la perspective de développement initiée par le Plan Bleu. Nous souhaitons développer un projet urbain, comme des promenades en bateau depuis les abords du parc en remontant vers le confluent de l'Ain, sans aménager la section libre du fleuve puisque le confluent de l'Ain a été classé.

La voie d'eau ne sera donc pas navigable toute l'année, mais c'est le cas ailleurs à Lyon, en particulier sur la Saône. Par ailleurs, plutôt que de passer par le canal de Jonage, le projet vise l’aménagement du canal de Miribel. L'extraction de granulats dans le canal de Miribel a amené un creusement du canal et il est donc nécessaire de le restaurer ; cela pourrait se faire dans ce cadre. Quoi qu'il en soit, dans un premier temps la navigation débutera en amont du pont de Jons. Cela permettra de remonter du bout du canal de Jonage jusqu'au confluent de l'Ain ce qui serait déjà un parcours remarquable.

 

On a l'impression qu'il y a très peu de bateaux de tourisme sur le Rhône. Est-ce que cela tient au déficit d'infrastructures ou le tourisme fluvial n'est-il pas entré dans les mœurs ?

Cela tient à la perte de cette pratique sur Lyon. Elle avait également disparu du lac du Bourget et sur les premiers kilomètre du Rhône, avant d’être remise au goût du jour par des compagnies dynamiques. Sur Lyon, le tourisme fluvial reste cantonné dans la ville et un peu plus sur la vallée de la Saône, mais avec très peu de concurrence.

 

La même impression se dégage pour les bateaux de particuliers.

Le grand plan d'eau de Lyon est le Grand Large. Or, il n'accueille que des voiliers. Par ailleurs, depuis la fermeture des écluses, il n'y a plus de possibilité d'accès. En amont, il existe une station fluviale à Montalieu, dans la Vallée Bleue, mais les bateaux sont bloqués par l'usine de Saubrenat. Lorsque les aménagements auront été réalisés, la navigation de plaisance pourra réellement revenir sur cette partie du Rhône.

Mais on peut déjà développer la capacité des petites haltes des communes riveraines et le balisage du chenal. Car c'est une des raisons pour lesquelles il y a peu de bateaux. Le fleuve est mobile et on peut rapidement casser une hélice sur un banc de graviers. Les pêcheurs, qui ont une habitude quotidienne du fleuve, peuvent s'y aventurer, les plaisanciers, non.

 

Dans quels délais pourra-t-on naviguer de nouveau sur le Rhône ?

D'ici la fin de l'année, la CNR pourrait engager la maîtrise d’œuvre de ces équipements et apporter un cofinancement d'au moins 25%. Il restera à faire le tour des collectivités locales et de l'Etat pour financer le reste. Il s'agit au total d'un budget de 300-350 MF. D'ici dix à quinze ans, cela pourrait se faire, en commençant par les points les plus significatifs, comme Lyon, qui correspondent à une demande touristique.