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Saint-simonisme, Solidarisme, Personnalisme… une chronologie

Étude

Date : 25/05/2009

Entre le début du 19ème siècle et le début du 20ème siècle, Lyon a contribué à l’invention, à la diffusion, ou à l’application de doctrines qui ont posé, en des termes neufs, la question de l’organisation de la société.
Trois doctrines se détachent plus particulièrement : le Saint-simonisme, le Solidarisme et le Personnalisme.

1791 Le décret d’Allarde et la loi Le Chapelier entendent éradiquer le principe des corps intermédiaires : suppression des corporations et interdiction aux patrons et ouvriers de se liguer.

1793 Charles Fourier (1772-1837), fondateur de l’École sociétaire, combat dans les rangs des fédéralistes Lyonnais. Il travaillera à Lyon sous le Consulat et l’Empire, avant de s’installer à Paris.

1806 A Lyon sont institués les premiers conseils des prud’hommes.

1825 Claude Henry de Rouvroy, Comte de Saint-Simon décède. Une élite s’enthousiasme dans les années qui suivent pour sa doctrine et la diffuse. Un réseau saint-simonien puissant se constitue à Lyon à compter des années 1830.

1830 (années) Débuts du Mutuellisme, le plus souvent sur le mode de la société de secours mutuels. Création, à Lyon, du « Devoir mutuel » par les chefs d’ateliers en soie ainsi que du « Commerce véridique et social », une des premières expériences de coopérative de consommation en France…

1831 (mai-juillet) Exposition de la doctrine saint-simonienne, sous forme de conférences, à Lyon.

1831 (novembre) La révolte des Canuts à Lyon, première grande révolte sociale de l’aire industrielle, suscite l’intérêt du monde entier. Parution, entre les deux grandes insurrections de 1831 et 1834, de l’hebdomadaire l’Écho de la Fabrique, à l’initiative des chefs d’ateliers et ouvriers en soie.

1832 L’institution d’une église saint-simonienne, à Ménilmontant, provoque un schisme au sein du mouvement saint-simonien, en particulier entre les futurs socialistes et les autres. Fondation de l’église la plus durable à Lyon par Jean Reynaud.

1832 Les frères Isaac et Emile Péreire, saint-simoniens, établissent la ligne Lyon/Saint-Etienne. Suivront Alais/Beaucaire et Paris/Saint-Germain-en-Laye.

1833-70 Le Saint-simonisme connaît son moment « industrialiste ». Il marquera la période de la Monarchie de juillet (1830-1848) et plus encore le second Empire (1852-1870).

1840 (années) Le socialiste français Pierre Leroux (1797-1871), dont la pensée est nourrie de Saint-simonisme, veut remplacer la charité du Christianisme par la solidarité humaine. Sa pensée sera une source du Solidarisme.

1843-47 Le socialiste Pierre-Joseph Proudhon (1809-1865) séjourne durant quatre ans à Lyon. Il y rédige Le Système des contradictions économiques ou Philosophie de la misère.

1852 Afin de favoriser l’expansion du crédit nécessaire au financement de projets industriels, les frères Péreire créent le Crédit foncier et le Crédit mobilier.

1855 Lyon compte près de 170 groupements mutuellistes, comptant près de 14  000 adhérents.

1857 Création de l’Ecole Centrale de Lyon, Ecole centrale lyonnaise pour l’industrie et le commerce.

1861 Grâce aux appuis des saint-simoniens, notamment François Barthélémy Arlès-Dufour (1797-1872), homme d’affaires lyonnais et grande figure du Saint-simonisme, Julie-Victoire Daubié est la première femme à se présenter avec succès au baccalauréat à Lyon. Son diplôme lui est remis signé par un Ministre.

1863 François Barthélemy Arlès-Dufour fonde avec l’appui de son ancien collaborateur, Henri Germain, le Crédit Lyonnais.

1864 Fondation de la SEPR, Société d’enseignement professionnel du Rhône. Toujours active, elle est d’origine saint-simonienne. 

1867 Fondation de la Ligue Internationale et Permanente pour la Paix par Arlès-Dufour avec le journaliste Emile de Girardin et le futur prix Nobel de la Paix Frédéric Passy.

1869 Inauguration du canal de Suez, grand projet saint-simonien.

1871 Naissance de Justin Godart (1871-1956), figure exemplaire du Solidarisme. Il tiendra un rôle considérable tant dans les politiques lyonnaises que dans l’évolution des législations nationales et internationales en matière de santé publique et de travail.

1883 Le premier congrès national des sociétés de secours mutuel se tient à Lyon.

1886 A la suite d’élections qui inaugurent une République pleinement républicaine, une direction de l’assistance publique est créée au sein du ministère de l’Intérieur. Une politique d’assistance publique de grande ampleur est mise en place, dont l’application est néanmoins confiée aux communes.

1893 Une loi rend obligatoire l’assistance médicale gratuite.

1896 Léon Bourgeois (1851-1925), un des chefs du Parti radical, publie un recueil d’articles : Solidarité. Il eut un très grand retentissement. Le Solidarisme est une doctrine politique qui dote le Parti radical d’une véritable idéologie, et forme le socle d’un programme d’actions.

1898  Loi sur les accidents du travail. Elle marque le passage de la notion de faute à celle de risque, professionnel et industriel.

1901 Sous la présidence de Léon Bourgeois, fondation d’un parti ayant une double appellation (Parti républicain radical et radical-socialiste) par la fusion de deux courants, le Radicalisme solidariste et le Radicalisme traditionnel des programmes de Gambetta et de Clémenceau. Jusqu’en 1910, la République radicale donne une légitimité nouvelle à l’intervention de l’Etat dans le champ social, notamment à travers des législations obligatoires.

1903 Le terme Personnalisme est employé la première fois par le philosophe Charles Renouvier, dans son ouvrage le Personnalisme, à la suite de Kant qui défendait l'éminente dignité de la personne humaine.

1905 Edouard Herriot, grande figure du Parti radical, devient maire de Lyon, ce qu’il restera jusqu’à sa mort en 1957. Homme d’Etat, il affiche à la fois des convictions libérales et se montre partisan d’une intervention de l’Etat pour réaliser des réformes sociales.

1910 Loi de protection contre les risques liés à vieillesse ou à l'invalidité.

1914 Le président de la République, Raymond Poincaré, inaugure à Lyon le Palais de la mutualité.

1914 Ouverture du canal de Panama, grand projet saint-simonien.

1914-19 Par les lois de 1914 et 1917, le système d'impôts directs est refondu sur la base de la progressivité fiscale. Des lois de 1915-1917-1919 instituent le salaire minimum pour les ouvrières à domicile, et la journée de huit heures.

1920 Création de la Société des Nations (SDN). Les solidaristes français, et notamment Léon Bourgeois, comptent parmi ses inspirateurs.

1928-30 Des lois instituent un premier système national de protection sociale couvrant les principaux risques. Affliation obligatoire des salariés (commerce, industrie) à un régime d’assurances sociales (7 millions de cotisants dans les années 30).

1930 (années) La philosophie du Personnalisme se précise avec Emmanuel Mounier (1905-50) (Manifeste au service du Personnalisme : 1936), la revue Esprit qu’il fonde (1932), mais aussi avec les revues L’Ordre Nouveau, Jeune Droite… Ce courant d'inspiration chrétienne aura une forte influence sur les milieux intellectuels et politiques français jusqu’aux années 50.

1939-45Le Personnalisme exerce une influence sur des expériences «  communautaires » du régime de Vichy (politique de la jeunesse, Compagnons de France, Ecole d’Uriage…), et sur des programmes de la Résistance (Mouvement Combat, Défense de la France…)

1941 Fondation de l’association lyonnaise Economie et Humanisme par le père Louis-Joseph Lebret. Naîtront, dans cette veine imprégnée de Catholicisme social et de Personnalisme, Handicap International (1982), Habitat et Humanisme (1985), l’OIP - Observatoire International des Prisons (1990)…

1948 La Déclaration universelle des droits de l’homme introduit la notion personnaliste de dignité a priori de la personne humaine (René Cassin et Jacques Maritain en sont les inspirateurs).

1971 Un des grands promoteurs du Personnalisme chrétien à Lyon, Jean Lacroix publie Marxisme, Existentialisme, Personnalisme, réflexion sur les points de consensus et dissensus entre ces doctrines.

2003 Avec la constitution de Grand Lyon l’Esprit d’Entreprise (démarche économique partenariale), puis la mise en place des pôles de compétitivité (2005), le Grand Lyon demeure proche de la configuration saint-simonienne, qui appelait à l’alliance des savants et des producteurs.

2004 Edition à l’initiative de la mairie de Lyon de Lyon, l’humaniste, Depuis toujours ville de foi et de révoltes (Autrement).