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Comment les digital humanities (ou les humanités numériques) transforment les SHS ?

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Étude

L’expression digital humanities est apparue récemment –elle a été forgée en 2006 lors de la parution de l’ouvrage « A companion to Digital Humanities »1 –, et fait notamment référence à l’émergence des nouvelles technologies du numérique (ou de l’informatique) dans le champ des sciences sociales. Cependant, l’appellation ne doit pas cacher un phénomène plus ancien : les sciences sociales, la linguistique ou la lexicographie par exemple, s’appuient depuis fort longtemps sur des techniques issues de l’informatique.
Date : 25/09/2013

Les SHS bénéficient aujourd’hui de la formidable accélération technologique que connaissent les outils numériques depuis une vingtaine d’années. L’expression américaine digital humanities traduite en français par humanités numériques (ou plus rarement par humanités digitales) conceptualise ce phénomène nouveau. Ayant acquis une place de premier plan en quelques années, les humanités numériques ne sont cependant pas une nouvelle discipline des sciences sociales pas plus qu’elles ne peuvent être réduites à l’apparition d’une instrumentation nouvelle, aussi sophistiquée soit elle. Cependant, le champ que recouvre précisément cette appellation est complexe à définir : à ce stade, les digital humanities sont davantage un processus ou une dynamique qu’un concept clairement définissable… Ce dossier se propose avant tout de faire un point sur un changement en cours, sans prétendre à plus.

Plusieurs indicateurs attestent de la place acquise par les humanités numériques. Tout d’abord l’apparition de laboratoires spécialisés sur les digital humanities, et simultanément, l’émergence de réseaux et de structures internationales chargées de repérer ces nouveaux systèmes de recherche. Par ailleurs, ont été créées des cyberinfrastructures qui sont de nouveaux environnements de recherche à la pointe de la technologie. C’est finalement tout le monde de la recherche, toute sa structuration qui se trouve modifiée. Au niveau des champs de recherche, là aussi, les bouleversements sont nombreux : on assiste à la constitution de bases de données sans précédent jusqu’à aujourd’hui, concernant aussi bien des archives historiques (numérisation de corpus imprimés, mais aussi d’images et de documents de nature très variée) que de données contemporaines, issues notamment de l’usage d’Internet, des objets connectés (smart phone par exemple), etc. Tout ceci constitue de gigantesques corpus rendus accessibles par de nouveaux outils en capacité de les analyser. Cette aptitude à accumuler et traiter des informations se double d’une modification des activités des chercheurs : ils travaillent davantage en coopération, échangent plus vite, associent de très nombreuses compétences et profils… Autrement dit, les digital humanities contribuent à l’interdisciplinarité et renouvellent à la fois les problématiques (de nouvelles questions apparaissent) et la manière de les constituer, comme de les traiter. Enfin, on notera que les humanités numériques donnent l’occasion au chercheur de rendre publics ses travaux autrement, par l’article scientifique certes, mais aussi par divers outils plus accessibles comme les blogs ou les carnets de recherche en ligne. Ce qui repose aussi la question de la relation chercheur / société, avec nombre de projets qui intègrent la participation de contributeurs non chercheurs (qui peuvent fournir des données, les commenter, etc). Autrement dit, les humanités numériques apparaissent comme un bon vecteur pour qui s’interroge sur les nouvelles pratiques de la recherche en sciences sociales, ainsi que sur les relations sciences / sociétés, car elles révèlent et provoquent de nombreux changements.
 

1] « A companion to Digital Humanities » sous la direction de Susan Schreibman, Ray Siemens et John Unsworth, éditeur : Wiley-Blackwell, 2008. Pour un autre éclairage, voir aussi « Debates in the digital humanities » sous la direction de Matthew K. Gold, éditeur : University of Minnesota Press, 2012.


SOMMAIRE :

1 – Définition, généralités...4
Une « transdiscipline » qui associe numérique et sciences sociales ... 4
Constituer un champ plutôt qu’une discipline... 4
Nouvelles certes, les humanités numériques ont cependant une histoire...5
Qu’apportent les digital humanities ?... 5
2 – Politiques publiques et cyberinfrastructures…6
Au démarrage était la numérisation des documents... 6
Puis se sont développées des infrastructures spécifiques : les cyberinfrastructures ... 7
Une politique européenne... 7
Une politique française tardive (1) ...7
Une politique française tardive (2) ...8
3 – Constitution de corpus, méthodologies et épistémologie... 9
Archiver le monde…9
Constituer des bibliothèques extensives... 9
Fabriquer des espaces virtuels de consultation... 10
Un ensemble de dispositifs qui pose question...10
4 – Quelques exemples de recherches... 11
Travailler autrement... 11
« Just in time sociology ».. 11
Des recherches nouvelles portant sur des productions d’artistes.. 12
Voir autrement les groupes sociaux et leurs conditions de vie ..12
Analyser les réseaux sociaux ... 12
5 – Recherches collaboratives et contributives ..13
Recherches à ciel ouvert ... 13
Collecter l’information auprès d’un groupe identifié.. 14
Demander à des amateurs de s’impliquer .. 14
Quelques références...14
6 – Nouvelle diffusion : édition en ligne, blogs, carnets de recherche… 15
Diffuser le livre autrement... 15
L’article scientifique sur site en accès libre... 15
Carnets de recherche en ligne...16
Colloques commentés live on line ... 16
Édition et diffusion des savoirs en réinvention... 16
7 – Digital humanities sur le Pres Lyon Saint-Étienne... 17
Sites généralistes pour le partage et la mutualisation des données ... 17
Sites de laboratoires ... 17
Labo junior et humanités numériques... 18
Retour sur quelques expériences locales ... 18
8 – Débats et controverses.. 19
Sociologie d’une transdiscipline : quelle épistémologie ?... 19
Quel est l’impact des digital humanities ?... 20
Critiques et limites..... 20
Pour aller plus loin .. 20
9 – Ressources...21
Sites et structures pour la veille généraliste...21
Des ouvrages de référence et de synthèse ... 21  
Séminaires et journées d’études ... 22