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Innovation ouverte : une vision inclusive et décomplexée.

Interview de Rieul TECHER

Rieul Techer, La paillasse
ingénieur

<< A la Paillasse Saône, il y a l'idée de rendre l'innovation accessible au plus grand nombre >>.

Rieul Techer est ingénieur de formation. Il a poursuivi ses études par un Master Recherche et un Mastère Spécialisé, puis s’est lancé dans le montage de son propre projet de recherche (thèse de doctorat) avant d’y renoncer faute de trouver une structure et des conditions d’accueil adéquates. Sa formation continue au CNAM sur les problématiques de liens«  recherche, technologie et politiques publiques » et sur les « relations sciences-société-démocratie et innovation sociale » l’a ouvert sur les mouvements dis « ouverts » (open-science, open-knowledge, open-sources…) mais aussi et surtout sur les articulations entre innovation sociale et innovation technologique.Il a ainsi été convaincu de l’intérêt de la recherche ouverte et des démarches d’expérimentation ouvertes au plus grand nombre dans une perspective de décloisonnement et de réappropriation citoyenne des moyens d’innover, de faire de la recherche et d’expérimenter. Fort de sa rencontre avec Thomas Landrain, le fondateur de La Paillasse à Paris, Rieul Techer est aujourd’hui en charge de développer La Paillasse Saône, initiative lyonnaise indépendante et inspirée de la philosophie et du fonctionnement de La Paillasse à Paris.

Cet entretien fait porter notre attention sur une nouvelle manière d’envisager l’innovation sur un territoire à la faveur de communautés locales et internationales qui se fédèrent autour de principes communs d’open source, d’expérimentation et d’incubation qui sortent des sentiers battus. Il défend également une vision inclusive et décomplexée de l’innovation, non pas exclusivement réservée à une élite scientifique et industrielle, mais ouverte sur la société.

Le projet La Paillasse trouve ses racines dans le mouvement DIYBio1  . Pouvez-vous nous expliquer ce que recouvre ce mouvement ?

Le mouvement DIY Bio a pris naissance aux USA. C’est un mouvement qui vise à rendre accessible la pratique de la biologie en dehors des circuits conventionnels académiques ou industriels. C’est par ailleurs un mouvement qui promeut la recherche « hors les murs » et le développement des low-techs, notamment « faire soi-même », dans le domaine de la bio, de la santé. Le but est de donner la possibilité à toute personne ayant un intérêt pour la biologie, mais qui n’a pas nécessairement les ressources personnelles ou professionnelles, d’expérimenter des projets hors des circuits traditionnels et ouverts. Il est ainsi possible de les développer soit chez soi, soit dans des laboratoires communautaires ouverts, (bio)hackerspaces, dédiés à ce type d’expérimentation. Je dirais qu’il y a quatre principes qui sous-tendent ce mouvement.

La démocratie d’abord dans le sens où il s’agit de rendre la science, la recherche et, dans une certaine mesure, les innovations accessibles au plus grand nombre, et d’inscrire les enjeux technologiques et d’innovation dans le débat démocratique. Par exemple la biotechnologie envahit notre quotidien, et il est important pour le citoyen non seulement d’en être conscient, mais aussi de s’approprier ces technologies et dans certains cas d’afficher des contre-pouvoirs.Cette appropriation lui permet par ailleurs d’être acteur. Le principe de La Paillasse, c’est plus largement de minimiser les barrières à l’entrée de la recherche et de l’expérimentation, que sont notamment l’investissement ou le financementet les connaissances. Les barrières en termes de compétences, de projet ou d’adhésion (basée sur un don libre) sont donc limitées mais éthiquement encadrées. Nous avons par ailleurs une vocation de diffusion et démocratisation des sciences et d’apprentissage par la recherche et l’expérimentation. Nous avons initié des discussions avec une école dans le 6e arrondissement pour développer des ateliers de recherche et d’expérimentation avec les enfants. L’innovation par tous et pour tous, c’est un peu notre credo !

L’interdisciplinarité et la transversalité ensuite que les laboratoires ont perdue de vue au fur et à mesure qu’ils se sont spécialisés dans des disciplines scientifiques de plus en plus pointues. L’accès libre et ouvert de la Paillasse favorise la mixité parce qu’on pense que c’est ce qui est au cœur de l’innovation et permet de faire émerger des projets très intéressants, créatifs et innovants. Cette notion de décloisonnement des disciplines est aussi applicable aux catégories sociales. En effet, au delà de l’aspect transversal des disciplines il y a aussi une vocation de favoriser un décloisonnement social et générationnel.

L’innovation bien sûr, avec la volonté de déconstruire le paradigme actuel selon lequel la biologie est trop complexe et trop coûteuse alors qu’elle peut provenir aussi de processus alternatifs simplifiés, horizontaux et à moindres coûts. Ce paradigme est par ailleurs aussi aujourd’hui très présent dans d’autres filières, et notamment les filières technologiques de l’énergie et de l’environnement par exemple. Si la Paillasse Paris s’est fortement orientée depuis son origine sur la biologie, aujourd’hui la tendance est à l’ouverture (neuroscience, drônes…). Sur Lyon nous apportons, en plus de cet historique biotech, une brique spécifique et complémentaire à la communauté de la Paillasse qui est cette ouverture sur les cleantech et une orientation résolument tournée vers le développement durable et la bioinspiration.

L’open source enfin, qui est la modalité de faire de l’innovation et qui est fondé sur une communauté et la coopération au sein de cette communauté. Notre ambition est de montrer qu’il existe un nouveau modèle d’innovation qui déroge au principe de la propriété intellectuelle. Mais attention, loin de moi l’idée de dire qu’il ne faut pas de propriété intellectuelle. Je pense que c’est sur la mixité des modèles d’innovation qu’il faut miser à l’avenir. Cette notion centrale d’open-source est structurante puisqu’elle s’inscrit dans la vocation de la communauté de la Paillasse à l’ouverture, la diffusion et la possibilité d’appropriation par tous et pour tous des développements. Nous nous définissons comme des espaces de liberté et d’expérimentation et nous pensons que l’open-source est une fonction nécessaire à l’articulation de ces deux mondes.

 
Quel est le cheminement entre le mouvement DIYBioet la création de La Paillasse ?

Le fondateur de la Paillasse à Paris, Thomas Landrain, a été longtemps impliqué dans le mouvement DIYBio. Son ambition a très vite été de rassembler les membres de ce mouvement au plan national et international afin de lui donner corps. Il s’est heurté à une grande diversité d’initiatives et de valeurs. D’où son idée de créer unbiohackerspace propre, et de fédérer par ce moyen une communauté et faire monter en puissance le mouvement tout en travaillant de concert avec le mouvement DIYBio. La Paillasse a été cofondée à Paris en 2011. Ils se sont tout d’abord rapprocher du TMP Lab (hackerspace historique) à Vitry afin d’avoir de l’espace (20m2) pour démarrer des activités d’expérimentation de projets. Ils ont en parallèle mis en place un système de récupération de matériel en frappant à la porte des universités et écoles dont le matériel, considéré comme obsolète, avait pour vocation à être jeté, ou du moins ne plus être valorisé. Forts de ce succès, nous avons commencé la création d’un réseau : le réseau des « biochineurs », composé de personnes relais au sein de plusieurs écoles et universités pour repérer le matériel pouvant être récupéré. L’ambition est bien de créer un laboratoire de niveau professionnel à partir de matériel de récupération. Aujourd’hui, La Paillasse à Paris a rassemblé plus de 300 000€ de matériel et a donc les moyens de faire de la recherche à pratiquement zéro coût. Par la suite, afin de répondre à certaines demandes, certains matériels on pu être améliorés, voire même créés, en les hackant. Afin d’accompagner son développement et ayant démontré ses capacités d’innovation au travers de ses projets et ses partenariats, la Paillasse est aujourd’hui (3 ans après sa création) installée en plein cœur de Paris au sein de locaux d’une surface de 750m2, leur permettant de passer à l’échelle.

Il est difficile de se rendre compte de la nature et de la portée des projets et des technologies qui sortent de La Paillasse. Est-ce que vous pouvez préciser ce point ?

Le but de la Paillasse, c’est de sortir d’une vision « science de garage » et « bidouille gadget » qui colle à la peau de ce types d’initiatives, en faisant en sorte qu’il y ait un réel potentiel de développement et valorisation (notamment économique) des projets à l’extérieur de La Paillasse. Il y a plusieurs projets, dont certains sont très illustratifs de la pertinence de la démarche. Je pense en particulier à un projet d’encre biologique qui est un des plus aboutis. L’innovation vient de la capacité à fabriquer de l’encre à partir de la matière vivante. C’est un projet qui répond à des préoccupations écologiques d’une part et qui revêt un fort potentiel de création d’entreprise d’autre part.
Un autre projet est financé par la fondation SpaceGambit, soutenu par la NASA et la DARPA. C’est un projet de bioréacteur open-source low-tech pour la production d’oxygènequi puisse être utilisé en environnement spatial (de sorte que, s’il y a un dysfonctionnement du bioréacteur, il puisse être réparé facilement).

Je pense aussi à un projet qui mobilise un biologiste et une designeur qui se sont rencontrés à La Paillasse. Ils travaillent sur des cultures de kombucha, une symbiose entre une bactérie et une levure produisant de la cellulose qui pourrait être produite massivement sous certaines conditions, pour développer des textiles design et, à terme, pour fabriquer des objets biodégradables. Voilà le type d’appariements de compétences a priori improbables que l’on parvient à provoquer et qui sont sources d’innovation.
Ce type de projet émerge car nous faisons sauter certains verrous à l’innovation, dont le frein économique. Comme nous minimisons les contraintes de financement pour les porteurs de projets, on peut exercer facilement le droit à l’erreur, essentiel à l’innovation. Un autre verrou est celui de la propriété intellectuelle. A la Paillasse, tout ce qui est produit est open source, car le but est de pouvoir rapidement essaimer ces technologies et de continuer à les améliorer.

Quel a été le rôle de la Ville de Paris dans le développement du projet ?

Forts de la reconnaissance de ces projets, la Paillasse a su attirer l’attention de la Ville de Paris, qui a compris l’intérêt de la démarche et voulu l’intégrer à l’ensemble de l’écosystème de l’innovation parisien. Dans ce cadre, une subvention a été finalisée pour venir s’installer en plein cœur de Paris (750 m2 entre NUMA et la Gaïté Lyrique). Cette nouvelle installation ouvre des perspectives très intéressantes pour la Paillasse qui va pouvoir accueillir des évènements, élargir sa communauté, gagner en notoriété, et aussi intégrer d’autres maillons du cycle de l’innovation tel qu’un fablab (prototypage) et un espace de co-working (entrepreneuriat).

Des rapprochements entre La Paillasse et certains grands industriels se font déjà. Comment ces entreprises vous regardent-elles ?

Des industriels sont intéressés par le fait de faire porter, travailler en collaboration ou bien simplement financer des projets de recherche au sein de La Paillasse. Bien sûr, un des freins est celui de la protection de la propriété intellectuelle, car notre positionnement est assez radical sur l’open source. Mais on voit émerger, de la part des grands industriels, une attention croissante vis-à-vis de ce qu’il se passe ailleurs et une volonté de partager des ressources,tout en acceptant notre positionnement open-source. Celui-ci qui peut être en opposition avec une vision conventionnelle de la propriété intellectuelle en milieu industriel ; pour autant nos futurs partenaires industriels semblent aussi prendre conscience que l’open-source doit être vu plus comme un complément nécessaire à l’innovation. Ils se rendent compte qu’il y a tout un pan de l’innovation qui se trouve dans le champ de l’expérimentation et qui vient en complément de leur recherche interne.

Avez-vous des liens avec les acteurs académiques ? Quel regard portent-ils sur ce type d’initiative ?

Ils se créent progressivement, avec l’ENS (Ecole Normale Supérieure), l’ESPCI (Ecole Supérieure de Physique et Chimie Industrielle), Le MIT MediaLab (Massachussetts Institute of Technology), l’ICM (Institut du Cerveau et de la Moelle), le Génopole… Par ailleurs sur Lyon nous créons des liens avec l’INSA (Institut National des Sciences Appliquées), l’EM Lyon, Centrale Lyon et les universités.
Les académiques portent aujourd’hui un regard curieux et intéressé mais aussi détaché. En effet, ils sont curieux et intéressés par ce type d’initiatives, puisqu’elles touchent le secteur de la recherche et que c’est pour eux à la fois un potentiel de partenariat mais aussi de projets et d’expérimentation « hors les mur » du laboratoire traditionnel, laissant ainsi libre cours à la créativité et l’innovation. Par ailleurs, ces initiatives sont aussi des objets de recherche intéressants car nouveaux et en pleine émergence. Pour autant leur regard est détaché et relativement distant du fait non seulement du poids de la tradition dans le domaine de la recherche mais aussi de part un fonctionnement (ouvert, open-source, open-science…) qui se détache radicalement du modèle conventionnel de la recherche. L’objet de recherche historique de la Paillasse étant la biologie, les acteurs sont aussi détachés du fait des implications éthique et morale que peut sous-tendre l’ouverture des biotechnologies à tous.

Dans l’ensemble cependant les acteurs sont réceptifs et nous rencontrons tout un panel de réaction depuis l’enthousiasme réel,jusqu’au scepticisme le plus opposant. C’est cet éventail de réactions que l’on retrouve lorsque l’on propose une offre qui se veut disruptive par rapport au modèle traditionnel.

Quel est votre modèle économique actuel et vers quoi souhaiteriez-vous le voir évoluer ?

Aujourd’hui le modèle économique s’appuie pour partie sur des subventions, des financements sur projets avec des partenaires ou en réponse à des appels à projet (qu’ils soient français, européens ou internationaux). De plus, le modèle s’appuie aujourd’hui sur des partenariats, la mobilisation de modes de financement participatifs et la génération de ce que l’on pourrait appeler « revenus d’opportunité ». Mais nous sommes à la recherche de notre modèle économique en cela nous nous rapprochons de l’esprit start-up.
Le but aujourd’hui est de continuer d’accompagner des projets qui peuvent potentiellement se transformer en entreprises en dehors de notre giron associatif (dont la vocation est l’expérimentation, pas la valorisation économique pure). Donc la fonction d’incubation et d’accélération de start-ups est en phase de développement à La Paillasse. Jusqu’à maintenant, La Paillasse avait clairement une vocation associative communautaire de laboratoire d’expérimentation et n’avait pas une fonction d’incubation de projets, chose qu’elle développe aujourd’hui. On se rend compte en effet que La Paillasse est un espace de pré-incubation : on fait le lien entre des gens qui ont des idées et des projets en tête et les incubateurs qui demandent souvent une preuve du concept. Derrière cet objectif, il y a aussi la volonté de construire un modèle économique pérenne : la Paillasse entrant au capital des start-up / entreprises incubées, une partie des fonds étant réinjectée dans la communauté de la Paillasse et ses différents laboratoires.
Nous voulons également mixer les espaces. Dans les 750 m2, La Paillasse a la possibilité de faire un laboratoire communautaire ouvert (accès ouvert et gratuit), un fablab et un espace de coworking (dont l’offre peut être source de revenus). Cela nous permettra de consolider la viabilité financière du projet et d’élargir la chaine de l’innovation avec, d’un côté un laboratoire de recherche (idéation), de l’autre la brique « prototypage » (fablab) et l’entrepreneuriat (coworking). C’est une manière d’intégrer tout le cycle de valeur de l’innovation tout en encourageant la mixité des profils.

La Paillasse Saône est la version « lyonnaise » de la Paillasse parisienne. Quelles en sont les spécificités ?

Le projet lyonnais répond à la volonté de créer un réseau de Paillasses en France et à l’étranger. A Lyon, la forte présence de cleantech et des biotech fait de ce territoire une opportunité pour développer un tel projet. Le but est bien de tirer parti des spécificités de territoires tout en gardant une forte interconnexion avec l’ensemble des paillasses pour mutualiser les compétences et les projets des différentes paillasses. On passe d’une communauté centrée sur Paris à une communauté plus large et en réseau sur le territoire. On travaille sur une charte éthique qui permettra de filtrer les initiatives pouvant intégrer le réseau.
La Paillasse Saône s’inscrit dans une perspective régionale. J’ai fait le tour des initiatives, à Lyon, Saint-Etienne, au Creusot, etc. J’ai rencontré un certain nombre d’acteurs tels que la Fabrique des Objets Libres, le Laboratoire Ouvert Lyonnais, la Cordée, l’Atelier des Médias, Locauxmotiv’, et desinstitutionnels (ADERLY, Grand Lyon). Le but est d’abord de créer une communauté, un réseau d’acteurs prêts à s’investir dans le projet pour ensuite chercher un lieu d’implantation pour faire vivre et structurer cette communauté. Il y a des chercheurs sur Lyon qui sont déjà parties prenantes de la démarche, qui ont des projets qu’ils comptent monter à la Paillasse Saône. Ces personnes ont une activité professionnelle à côté et cherchent à en changer. La Paillasse Saône constitue un espace de transition intéressant leur permettant de monter et d’expérimenter leur projet pour, à terme, entreprendre et créer del’emploi. Aujourd’hui, nous avons sourcé le besoin et créé une communauté qui commence à être active autour du projet. Nous sommes donc maintenant à la recherche d’un local afin de pouvoir effectivement commencer à expérimenter ensemble et développer ce laboratoire ouvert qui nous permettra de structurer notre communauté, le développement de projets et notre offre.
Par ailleurs, l’équipe projet de Lyon a plutôt un background cleantech, et non biotech. Le positionnement de la Paillasse Saône est donc initialementcleantech au sens de technologies propres et développement durable (alors que La Paillasse à Paris a un positionnement historiquebiotech). En effet, si nous prenons l’exemple du domaine de l’énergie, les coûts diminuent fortement (comme ce fut le cas pour l’informatique dans les années 90, 2000) et de par la diffusion des connaissances, de plus en plus de personnes sont capables de s’approprier ces technologies, créant un environnement favorable à l’émergence de projets low-tech innovants. On se retrouve dans la même configuration que l’informatique du temps de Steve JOBS et Steve WOZNIAK, ou encore des biotech d’aujourd’hui et d’il y a quelques années : un environnement particulièrement propice à l’appropriation citoyenne de ces champs d’exploration. Malgré notre positionnement initial cleantech, nos échanges sur le terrain avec les acteurs (institutionnels mais aussi porteurs de projets potentiels) ainsi que le poids du secteur des biotechs dans la région lyonnaise font que nous sommes complétement ouverts et souhaitons fortement intégrer des projets et compétences biotechs au sein de la Paillasse. Enfin, les champs d’exploration cleantech et biotech se recoupe sur de nombreux points et sont parfaitement complémentaires.

A vous entendre, il y a tout un potentiel d’innovations associé au « lowtech ». Comment appréhendez-vous ce concept du « lowtech » ?

A titre personnel, le lowtech c’est « lowcost, high technology ». Cela signifie que l’on peut faire de la « haute technologie » (que je mets entre guillemets car, bien entendu, certains moyens nous sont aujourd’hui hors d’atteinte sur plusieurs domaines de pointe)avec des technologies qui ont vu leur coût diminuer de manière drastique en quelques années. Regardez comme le coût de séquençage du génome humain a chuté, de même que le coût de fabrication des cellules photovoltaïques !
A la Paillasse Saône, il y a aussi l’idée de rendre l’innovation accessible au plus grand nombre. Un exemple celui de la situation où nous demandons au pays émergents de limiter leur consommation et de s’équiper en cleantech pour réduire leur empreinte écologique ;alors que les industriels des pays dits développés, armés de brevets, leur vendent ces technologies au prix fort, limitant ainsi leur diffusion et le transfert de technologie. Nous voulons proposer des alternatives à cela en proposant des innovations open source qui permettent, à côté de technologies souvent inaccessibles, de proposer des technologies tout aussi performantes mais moins chères et open-source, donc appropriables. C’est très stimulant sur le plan humain et cela ouvre le champ à des innovations multiples.

Crédit photo: Remy BOURGANEL
Le réseau des Paillasses : photo des porteurs des Paillasses (Paris, Lyon, Lausanne, Philippines)
Les noms de gauche à droite et de haut en bas:
Céline TCHAO (la Paillasse Manille) - Charlotte RIZZO (la Paillasse Saône) - Claire du Colombier (la Paillasse Saône)
Luc Henry (Hackuarium - Paillasse Lausanne) - Marie Baron (la Paillasse Manille) - Nicolas Loubet (la Paillasse Paris)
Rieul Techer (la Paillasse Saône) - Thomas Landrain (la Paillasse Paris) - Yann Hertaux (Hackuarium - Paillasse Lausanne)

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