Philippe Dujardin aborde les questions suivantes :
De quel régime du temps festif l'histoire nous fait-elle les héritiers ?
De quel régime du temps, du temps festif en particulier, sommes-nous les témoins et les promoteurs ?
Le temps de la fête n’est pas d’abord celui de son « économie », économie qui est celle d’une programmation, d’un déroulement et de ses aléas, des effets ou non effets induits par les situations vécues. Le temps de la fête est d’abord le temps d’un possible : le possible d’une dérogation au regard des usages du quotidien ; le possible d’une inscription dans un protocole calendaire.
Pour peu que l’on consente à questionner la fête sous cet angle, qui est celui de la temporalité entendue comme rythme ou scansion de l’ordre des "saisons et des jours", c’est l’histoire longue qui s’invite au titre des conditions de la recherche.
De ce passage par l’histoire longue il est escompté que l’on puisse revisiter le sens même du mot "fête" : non pas pour en recueillir un sens originel et donc authentique, mais plutôt pour apprécier les variations de sens que l’histoire a pu produire ; ou encore pour rendre possible la distinction de registres cérémoniels que l’emploi commode mais indolent du terme "fête" a pour effet d’amalgamer. C’est sur le fond de cette histoire longue que pourra s’apprécier ce qui "advient" : soit ce qui, dans notre rapport aux possibles du calendrier, atteste de discontinuités suffisantes pour qu’elles puissent être envisagées comme des symptômes : symptômes, parmi d’autres, de la démocratisation de nos sociétés, mais aussi des formes neuves de sacralité qu’elles promeuvent.