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DYNAMIQUES IDENTITAIRES : GROS PLANS
 
 
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Sport et identité


la diversité des modèles

Références(s) : Agenda métropolitain Lyon - Saint Etienne / Printemps 2006.
Auteur : Ludovic Viévard

Chaque saison, le réseau de veille Lyon - Saint Etienne décrypte les dynamiques métropolitaines à travers quatre Gros Plans.


Véritable phénomène de société, le sport investit l’espace public, les médias, et nourrit l’enthousiasme de supporters plus nombreux chaque année. Ce constat fait à l’échelle nationale se retrouve pleinement dans l’agglomération. Le territoire urbain est devenu un lieu de pratique, qu’il s’agisse d’accueillir de grandes manifestations ou d’offrir un espace aux pratiques individuelles (running, roller, vélo, etc). Les grandes équipes comme l’Olympique lyonnais, l’AS Saint-Étienne, le CS Bourgoin-Jallieu, l’ASVEL, largement médiatisées, renvoient l’image d’une grande métropole qui gagne. Quant aux disciplines individuelles, elles comptent également de nombreux sportifs de haut niveau : Brahim Asloum en boxe, Frank Solforosi ou Jérémy Pouge en aviron, Yann Cucherat en gymnastique, ou Nicolas Beaudan en escrime, par exemple. Mais des valeurs de l’olympisme aux contre-valeurs guerrières, le sport porte des représentations parfois antagonistes. C’est qu’il est un support sur lequel se projettent des représentations identitaires (sociales, culturelles, territoriales, etc.) qui débordent largement la sphère sportive. Ce printemps est ainsi l’occasion de s’arrêter sur les valeurs sportives et d’essayer d’éclairer la manière dont elles sont projetées et appropriées pour former des repères d’identité


Lyon - Saint-Étienne : de retour du chaudron
L’un des événements sportifs les plus attendus de l’année est certainement le derby dont le match retour Lyon/Saint-Étienne aura lieu le 29 avril. C’est d’ailleurs l’une de ces rencontres qui détient le record d'affluence, avec 48 552 spectateurs rassemblés à Gerland en septembre1980. Dans ces matches de derby, les enjeux d’identité portés par le sport sont renforcés par la concurrence qui existe d’ordinaire entre deux grandes villes proches l’une de l’autre, une rivalité nourrie des raccourcis qui caricaturent les différences sociales entre les deux villes : d’un côté Lyon la bourgeoise, de l’autre Saint-Étienne la populaire. Si ces différenciations ne sont plus d’actualité, leurs représentations ont la vie dure comme en témoignent les banderoles déployées par des supporters lyonnais en 2000 au stade Geoffroy Guichard, aussi nommé le chaudron, et sur lesquelles on pouvait lire : « Les gones inventaient le cinéma, pendant que vos pères crevaient dans les mines ». Lors du match retour, les Verts répliquaient : « Fiers d'être fils de mineurs ».
Ainsi, en marge des victoires et des défaites (pour information le bilan se présente ainsi : 35 victoires pour l’ASSE, 21 pour l’OL et 25 nuls), l’histoire du derby est constellée de petites phrases révélatrices, comme celle Roger Rocher, président des Verts jusqu’en 1981, selon qui, « en football, Lyon a toujours été la banlieue de Saint-Étienne ». On le voit, le stade, et pas seulement le stade de foot, est un espace très largement envahi par des problématiques historiques, sociales et culturelles qui sont autant de constituants de l’identité locale et dépassent les seuls enjeux sportifs.  


Des identités et des sports
La notion « d’identité » est une notion floue qui renvoie à un sentiment qui « n’est pas […] défini une fois pour toutes mais [qui est] une construction sociale et historique dont la fonction est double : construire un sentiment d’appartenance à une communauté (ou à un territoire)et se différencier des autres communautés (ou territoires) » (1). Ainsi la notion «d’identité» renvoie-t-elle à des composantes subjectives, reflets de sentiments d’appartenance à une communauté selon des liens qui peuvent être géographiques, thématiques, etc. On en trouvera un exemple cette saison avec le Challenge sportif des Grandes Écoles 2006 (18-19 mars) durant lequel des étudiants de l’agglomération défendront les couleurs de leur école.
Autant de sports, autant de vertus mises en avant dans lesquelles se retrouveront les supporters. Même si les associations d’idées qui suivent n’ont qu’une valeur indicative, elles montrent, ainsi que le souligne Christian Bronmberger, que certains sports véhiculent dans l’imaginaire des valeurs très différentes comme « le risque, le frôlement des limites »,pour les sports de vitesse (Rallye Lyon-Charbonnière : 21-22 avril, Avalanche cup : 29-30 avril), le « fun », mais aussi le sentiment de « liberté », pour les sports de glisse (Lyon-Villefranche en roller : avril), « l’ascèse et dépassement de soi », pour la course et particulièrement le marathon, « l’adresse », pour le tir à l’arc (Concours de tir à l'arc en campagne : 28 mai), etc. Autant de valeurs, de tendances, de clichés diront certains, qui marquent l’imaginaire des sports et nous conduisent à adhérer plutôt à celui-ci qu’à celui-là.  


Se reconnaître, s’identifier, se retrouver
Ainsi, il convient de parler d’identités au pluriel, les sentiments d’appartenance pouvant se combiner sans exclusive, se croiser et se superposer, puisqu’on peut se reconnaître dans plusieurs sports différents.
De la même façon, les identités territoriales ne sont pas figées. La notion « d’identité locale »est floue car il y a aussi bien des manières d’exprimer le « local ». Ces identités peuvent se former selon des logiques gigognes, de la même manière, par exemple, qu’une identité territoriale peut se construire différemment selon que l’on se considère comme l’habitant d’un quartier, d’une commune, d’un département, d’une région, etc. Pour reprendre l’exemple du football, les supporters des agglomérations stéphanoise et lyonnaise défendent les couleurs de leur équipe lorsqu’elles se rencontrent, ou rencontrent d’autres équipes de L1 (11 et 25mars, 8 et 29 avril, 13 mai), mais peuvent se retrouver autour de l’OL lorsque l’équipe est opposée aux grands clubs européens engagés dans la Ligue des champions.
Ces identités peuvent également s’exprimer via des éléments symboliquement rapportés à un lieu, qu’il s’agisse de son histoire ou de ses particularités géographiques. Les sports de boules, par exemple, sont fermement enracinés à Lyon (Challenge Serpollet : 15-16 avril, International casino le Lyon vert : 6-7 mai). Ils sont les témoins d’une histoire, d’ailleurs encore bien ancrée, et le marqueur d’une identité locale. Sur un autre registre, on peut aussi mettre l’aviron en avant (La traversée de Lyon : 1er mai). Non seulement l’agglomération compte d’excellents clubs, dont l’un est classé premier en National masculin, mais l’aviron renvoie à l’une des identités symboliques du territoire, traversé par deux « fleuves ». Un lien encore renforcé par l’aménagement des berges.  


De l’olympisme aux valeurs guerrières : l’éventail des modèles
Sociologues et historiens s’accordent à voir dans le sport une pratique sociale. Comme telle, le sport est inscrit dans des représentations plurielles et peut se présenter à la fois comme le lieu d’expression de « la compréhension mutuelle, l’esprit d’amitié, de solidarité et de fair-play » ainsi que comme une lutte parfois violente pour la victoire qui faisait dire à Orwell (1903-1950) que « le vrai sport n’a rien à voir avec le fair-play. C’est plein de haine, de jalousie, de vantardise, de non-respect des règles et d’un plaisir sadique à regarder la violence. En d’autres mots, c’est la guerre sans les coups de feu » (2). D’un côté l’effort, le respect, le dépassement de soi, valeurs sur lesquelles insistent les instances dirigeantes du sport, de l’autre des valeurs guerrières qu’utilisent, par exemple, certaines publicités « Nike »qui font des joueurs sous contrat avec la marque« l’armée secrète de l’athlétisme » (site Nike11/04).
Faut-il en conclure que le sport est une contradiction ? Oui si l’on s’arrête à l’antagonisme des valeurs qu’il manifeste, non si l’on considère qu’il ne porte pas par lui-même de valeurs, mais qu’il reflète celles que les groupes sociaux projettent sur lui. Le sport est porteur de contradictions, parce que la société elle-même est traversée par des contradictions. Pour autant, la question est posée aux collectivités qui veulent définir une politique sportive, de savoir de quelle marge de manœuvre et de quels outils elle dispose pour développer et valoriser une image plutôt qu’une autre, de la même manière que cela a pu être fait pour la culture.  


Sport et intégration : l’effectif et le symbolique
Depuis les années 1980, le sport est très largement utilisé dans les dispositifs d’intégration mis en place par les politiques de la ville. Il s’agit d’une activité physique attractive pour les jeunes que l’on souhaite toucher, et ses vertus intégratrices ont longtemps été rattachées à la structure même de la pratique sportive, encadrée par des règles et imprégnée des valeurs de l’olympisme. Toutefois, le lien n’est pas si évident— car il ne suffit pas de « taper dans un ballon pour devenir un bon citoyen » (voir interview de Thierry Terret) —, et il demande à être précisé, l’intégration par le sport nécessitant de mettre en place d’autres stratégies que sportives. Pourtant, sila réussite par le sport reste très marginale, elle fait rêver de nombreux jeunes et peut avoir valeur d’exemple.
De fait, le sport offre une illustration d’un espace de mixité sociale et ethnique, qui n’est pas si courante. On la trouve dans les équipes de l’OL ou de l’ASVEL, par exemple. Quant à l’équipe de France « black, blanc, beur » championne du monde de 1998, elle est à l’origine d’un engouement national qui est allé loin dans l’espoir suscité d’un « pays réconcilié ». Pas d’angélisme pour autant. Les réflexes ségrégatifs ne s’oublient pas si rapidement et l’intégration par le sport ne se fait pas si aisément. Le match France-Algérie de 2001 est là pour en témoigner et montrer encore une fois l’importance des enjeux extra-sportifs dans les manifestions sportives.
Mais c’est sans doute dans l’ordre du symbolique que l’impact est le plus important. Certains sociologues comme Christian Bronmberger (3) mettent ainsi en avant « que le football condense une vision cohérente du monde contemporain […]. Comme les autres sports, il exalte le mérite des vedettes, la performance, la compétition entre égaux ; par là même, il affiche avec éclat que, dans nos sociétés, idéalement au moins, "n'importe qui peut devenir quelqu'un" », selon la formule d’Alain Ehrenberg (4). De la même manière, Yves Le Pogam explique que le sport « permet d’appréhender les hommes dans leur égalité naturelle indépendamment de leur place dans la société hiérarchisée et fait ainsi fonctionner les valeurs de la démocratie » (5).


Les sports, un puissant vecteur d’image
Les sports, et particulièrement les sports collectifs, sont un moyen de mettre en avant le territoire dans lequel ils sont ancrés, bien au-delà de leur aire géographique d’influence. En cela, ils constituent de formidables vecteurs d’image et un support de communication sans pareil. Dans l’agglomération, l’Olympique lyonnais en est le meilleur exemple. Quadruple champion de L1, engagé dans les matches de la Ligue des champions, l’OL a un impact médiatique considérable. En 2004, 8,3 millions de téléspectateurs de TF1 ont suivi le match OL/PSV Eindhoven, ce qui a constitué un record d'audience.« Lorsqu'on a un grand club comme Lyon, c'est toute la ville qui rayonne ! Quand je vais à l'étranger, la première chose dont on me parle, c'est de football ! L'OL est notre étendard ! ». (Gérard Collomb sur le site de l’Olympique lyonnais). Si la cote d’amour de l’OL a mis du temps à progresser, elle est aujourd’hui au plus haut. Avec 26%, l'OL est le club préféré des Français devant l'Olympique de Marseille (24%) et le Paris Saint-Germain (16%) (sondage CSA/Le Parisien du 2/12/05).Cette reconnaissance nationale acquise, l’OL cherche maintenant à s’imposer comme un grand des clubs européens.
Si cet exemple est le plus significatif, il est possible d’en citer d’autres, même s’ils n’ont pas le même impact. L’ASVEL (2d du championnat de ProA à l’heure où nous écrivons)ou le LOU Rugby (7è de la D2 à l’heure ou nous écrivons) contribuent eux aussi au rayonnement de l’agglomération. De la même façon, les courses organisées un peu partout dans l’agglomération sont des événements supports de communication.
C’est également le cas de sports moins médiatisés, mais pour lesquels l’agglomération lyonnaise concentre de nombreux talents (aviron, escrime, etc.) .Tout d’abord de nombreux champions sont titrés, ensuite, ils appartiennent à des clubs, des comités ou fédérations forts, bien structurés, et capables d’organiser des compétitions ou des manifestations d’envergure nationale (Championnat de France de taekwondo: 4-5 mars, Championnat de France par équipe jeune de badminton : 6-7 mai, Trophée de la ville de Lyon : 9 avril, 14 et 16mai) voire internationale (Internationaux de gymnastique : 18-19 mars, Meeting de natation de Bron : 1-2 avril, Open international d’échecs du Département du Rhône : 3-9avril).
Mais outre son rayonnement, l’agglomération pourrait renforcer son attractivité. La culture a depuis longtemps été envisagée sous cet angle : les lieux de culture sont des atouts qui peuvent favoriser l’implantation d’entreprises et de leurs cadres. Pourquoi ce type d’argument ne pourrait-il pas être pris en compte et mis en avant pour les clubs et les équipements sportifs ?
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 (1) Nadine haschar-Noé, "sport et identité locale : l'exemple de deux projets d'aménagement sportifs et touristiques intercommunaux" - In Management et marketing du sport : Du local au global, Claude Sobry, Patrick Bouchet, Collectif, Editions Septentrion, 2005.


(2) Les dérives racistes dans le football : enquête au coeur des communes françaises - rapport de la Ligue Internationale contre le racisme et l'antisémitisme (Licra), 2005.


(3) Christian Bromberger, "de quoi parlent les sports" - In Des sports, Revue Terrain, n°25 septembre 1995


(4) Alain Ehrenberg, "les significations et les dimensions sociales du sport. Sport, égalité et individualisme" - In "Sport et société", Cahier français n°320 mai-juin 2004.


(5) Yves Le Pogam, "Passions sportives, identité et modernité" - In "Nationalismes sportifs" Quasimodo n°34 printemps 1997, Montpellier, pp.33-46.


 




 



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Fiche actualisée le : 04/04/2006
 
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