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Berceau de la Mutualité, de la Fédération Nationale des Accidentés du Travail et Handicapés (FNATH) et de la Sécurité Sociale, Saint-Etienne compte bien aujourd’hui encore jouer un rôle majeur dans le domaine de la Santé. S’appuyant sur la réorganisation de son CHU, l’agglomération stéphanoise oeuvre désormais à la structuration d’un Pôle Santé, autour d’un axe central fédérateur : Sciences et Ingénierie de la Santé. Depuis le 1er janvier 2007, le CHU, l’Université et l’École des Mines, via son Centre Ingénierie et Santé, ont même constitué un Institut Fédératif de Recherche, afin de développer des coopérations entre laboratoires et équipes de recherche et favoriser ainsi la naissance de projets communs. Emergent, mais en voie de développement, le Pôle Santé Stéphanois prévoit d’élargir son champ d’action à la prévention etéducation en santé publique, avec une ouverture sur l’économie de la santé.
Une histoire avant tout !
La santé à Saint-Etienne… C’est avant tout le fruit d’une longue histoire ! Pays de Michel Rondet, précurseur de la sécurité sociale en France à travers le régime minier, la région stéphanoise a également été à l’origine du mouvement mutualiste. A la fin du XIXème siècle, des hommes et des femmes du bassin de la Loire se regroupent pour faire face aux incertitudes de l’industrialisation et créent les premières sociétés de secours mutuels. Très vite, ces nombreuses sociétés prennent conscience de la nécessité de se rassembler au sein d’une seule et même structure fédérative. En 1886, une union départementale voit le jour, relayée quelques années plus tard par la Charte de la Mutualité (1898). Berceau de la Mutualité Française, l’agglomération stéphanoise l’est aussi de la FNATH. En 1921, à la Bourse du travail de Saint- Etienne, une poignée d’hommes décidés, lancent à tous les accidentés du travail un appel à l’union. La fédération des mutilés du travail est née. L’idée de ces pionniers était d’obtenir un droit à réparation équitable, à l’image de ce qu’avaient réussi à arracher, quelques années plus tôt, les mutilés de guerre. Dès 1927, après les premiers succès de
ses actions, la fédération s’ouvre à ceux que l’on appelait les invalides civils. En 1985, elle devient la FNATH et affirme ainsi sa vocation à défendre et représenter toutes les catégories de personnes concernées.
Un CHU jeune, mais performant
Le début des années 70 marque un véritable tournant dans le paysage sanitaire stéphanois. Sous l’impulsion de quelques médecins hospitaliers et élus locaux - et notamment le maire de Saint-Etienne Michel Durafour (1965-1977) - les Hospices Civils de Saint-Etienne accèdent au rang de Centre Hospitalier Régional (CHR). Deux ans plus tard, le 30 octobre 1972, le CHR et la Faculté de Médecine, créée un an plus tôt, signent un protocole de coopération. L’hôpital de proximité devient Centre Hospitalier Universitaire (CHU) (11) et ajoute à sa traditionnelle mission de soins, une mission à la fois
d’enseignement et de recherche clinique et académique.
Relativement jeune, le CHU de Saint-Etienne est devenu en quelques décennies une référence hospitalo-universitaire au sein de la région Rhône-Alpes. « La proximité de Lyon n’a pas toujours rendu le développement de l’enseignement et de la recherche facile. Cela étant, nous sommes aujourd’hui reconnus pour nos compétences dans un certain nombre de spécialités. Certaines sont même devenues de véritables pôles d’excellence comme la médecine physique et réadaptation, la douleur corticale, les tissus osseux, la thrombose, la prise en charge pluridisciplinaire des accidents vasculaires cérébraux ou la neurochirurgie fonctionnelle », expose Robert Reichert, directeur général du CHU de Saint-Etienne. Par ailleurs, le CHU de Saint-Etienne a été le premier site labellisé en Rhône-Alpes pour la maladie d'Alzheimer et la prise en charge de la Sclérose Latérale Amyotrophique. Depuis
2006, dans le cadre d’une coopération avec Lyon, il est également labellisé centre de référence régional des maladies neuromusculaires rares.
Réorganisation du CHU : une opportunité à saisir
Longtemps resté dans « un sous-développement chronique de son architecture, comme le rappelle Robert Reichert, avec des ensembles comme Bellevue qui n’étaient plus adaptés etqui faisaient tâche, dans un pays qui se targue d’avoir l’un des meilleurs systèmes sanitaires au monde », le CHU de Saint-Etienne a lancé en 2000 un vaste plan de modernisation. Conforté le 15 février 2002 par la signature d’un contrat d’objectifs et de moyens avec l’ARH, ce plan visait à optimiser les moyens et les compétences du CHU en regroupant à l’horizon 2008, l’ensemble des services sur deux sites d’hospitalisation : Bellevue et Nord (ndlr : cinq sites début 2000). Il a donc été décidé de rapatrier l’ensemble des services courts séjours sur l’Hôpital Nord (urgences, médecine, chirurgie et obstétrique). « A terme, une fois les bâtiments remis à neuf, resteront sur le site de Bellevue, l’Hôpital psychiatrique départemental de la Loire, la gériatrie et le pôle d’excellence Médecine Physique et Réadaptation, qui regroupent l’ensemble des services moyens séjours », complète Robert Reichert. Nécessaire pour assurer une meilleure qualité de soins aux patients, « le projet de regroupement des services courts séjours sur le site de l’Hôpital Nord a été le point de départ du projet de création d’un Pôle Santé à Saint-Etienne », expose Henri Duplain, chargé de mission Enseignement Supérieur à Saint-Etienne Métropole. Et d’ajouter : « Un CHU performant, une Université et une Faculté de médecine qui disposent de laboratoires de recherche de qualité, une École des Mines reconnue pour ses compétences dans les domaines de l’ingénierie de la santé, des filières de production (textile médical, prothèses) en lien avec la filière médicale… nous avons à Saint-Etienne toutes les forces et potentialités nécessaires pour faire émerger un pôle d’excellence dédié à la santé. Il aurait été dommage de ne pas s’appuyer sur la réorganisation du CHU pour monter un projet d’envergure ».
Vers un Pôle Santé sur le site Nord
Avec le soutien de l’État, de la Région, du Département et de Saint-Etienne Métropole, le CHU, l’Université Jean Monnet et l’École Nationale Supérieure des Mines de Saint-Etienne ont donc décidé de créer un Pôle Santé sur le site nord de la ville de Saint- Etienne. Ce pôle regroupera à proximité du CHU, la Faculté de Médecine (en 2012), le Centre Ingénierie et Santé de l’École des Mines (dès 2009) (10) et le Pôle Exercice, Sport, Santé (PESS), dont la construction des bâtiments représente la priorité de l’université dans le Contrat de Projet Etat Région 2007-2013 (CPER). Encore en cours de définition, ce dernier pourrait d’ailleurs donner naissance à un Centre de Médecine du Sport, avec une orientation de recherche axée sur le sport de haut niveau et les technologies du sport.
Pour l’agglomération stéphanoise, ce Pôle Santé s’affirme comme un projet résolument ambitieux, dont la traduction immobilière a été évaluée à 63 ME. « C’est la première fois en France que l’on voit une grande école d’ingénieurs s’impliquer autant dans le domaine de la santé, qui plus est en créant un pôle avec un CHU et une université », constate Noël Paul, vice-président de Saint-Etienne Métropole en charge de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche. Et de poursuivre : « Je fonde beaucoup d’espoir sur cette structure qui va permettre de créer des synergies entre les différents
acteurs de la recherche, d’apporter des sciences de l’ingénieur dans le domaine médical, et favoriser ainsi le transfert de technologie vers l’industrie ». En effet, le Pôle Santé doit constituer, à terme, un plateau de recherche comportant les équipements des différentes équipes labellisées mais aussi le bâtiment de biologie du CHU et les centres communs mixtes déjà existants. L’objectif est ainsi de regrouper et de structurer autour des sciences pour l’ingénieur l’ensemble des activités de recherche développées par les équipes médicales et scientifiques stéphanoises.
L’Institut Fédératif de Recherche, moteur du développement
Pour Didier Bernache, directeur du Centre Ingénierie et Santé de l’Ecole des Mines, « l’implantation du Centre Ingénierie et Santé sur le site Nord est avant tout un choix stratégique. Les médecins et les ingénieurs ont une culture différente. Pour se comprendre et apprendre à travailler ensemble, on a besoin de proximité. Une des clefs de la réussite du Pôle Santé est justement d’avoir un projet intégré en terme de thématiques, mais aussi de bâtiments ». La création d’un Institut Fédératif de Recherche en Sciences et Ingénierie de la Santé (IFRESIS), actée par l’Inserm le 1er janvier 2007, répond à cette volonté des trois partenaires (CHU, UJM et ENSMSE) de mettre en place une stratégie
commune de développement de la recherche. « L’Institut Fédératif de Recherche a pour vocation de fédérer des laboratoires et des équipes de recherche autour de thématiques définies, d’élaborer et de mettre en œuvre une politique scientifique fondée sur une cohérence et une synergie entre les différentes unités constituantes et contribuer ainsi à renforcer la visibilité
de la recherche et le positionnement du pôle », explique Christian Alexandre, Doyen de la Faculté de Médecine de Saint-Etienne . Pour l’heure, l’IFRESIS regroupe déjà 228 chercheurs (y compris les doctorants) ou praticiens hospitaliers, qui encadrent 33 thèses sur des thématiques définies comme prioritaires. « Trois axes de recherche à l’interface médecine- science-ingénierie ont été retenus :
Biomécanique, Matériaux et Biologie pour les Substituts, Imagerie et Modélisation des Systèmes Cellulaires et Tissulaires et Organisation et Gestion des Systèmes de Soins. Deux autres sont en cours de discussion : Bioenvironnement Industriel et Motricité humaine : exercice, sport, santé, handicap », confie Christian Alexandre. Des projets sont en cours et le dépôt de plusieurs brevets, marques déposées ou enveloppes Soleau (ndlr : L'Enveloppe Soleau permet de prouver de façon certaine la date d'une création ou d'une invention) a d’ores et déjà été réalisé.
Une filière d’enseignement innovante
Sur le volet enseignement, la création de l’IFRESIS et l’émergence du Pôle Santé qui en découle, sera marqué par la mise en place d’une filière d’enseignement innovante aux frontières des sciences de l’ingénieur et du domaine médical. Précurseur dans le domaine, avec la création en 1996 d’un double diplôme Pharmacien-Ingénieur, l’Ecole Nationale Supérieure des Mines de Saint-Etienne, via son Centre Ingénierie et Santé, jouera un rôle prépondérant au sein de cette filière. Depuis la rentrée 2006, l’école d’ingénieurs propose déjà un axe spécifique Ingénierie et Santé, avec comme suite l’option Ingénierie et Santé, dont l’ouverture interviendra à la rentrée 2007. En parallèle, un nouveau double diplôme
Médecin-Ingénieur sera mis en place en collaboration avec la Faculté de Médecine de l’Université Jean Monnet de Saint-Étienne. Ce diplôme vise à former des spécialistes de haut niveau s’orientant vers les métiers de la recherche universitaire ou industrielle d’une part, et des médecins formés aux aspects de la gestion industrielle et du management d’autre part. En outre, un Master spécialisé enIngénierie et Santé permettra à des médecins, pharmaciens ou ingénieurs déjà diplômés, de
se spécialiser à l'issue de leur cursus ou après une expérience professionnelle. Sur le plan des débouchés, ces doubles formations ouvrent des perspectives à la fois pour des emplois dans l’industrie, dans le milieu hospitalier, ou pour des carrières de chercheurs. La double compétence Médecin- Ingénieur devrait d’ailleurs largement séduire les industries issues du Pôle des Technologies Médicales .
Une plate-forme du CLARA au sein du Pôle
Conscient de la nécessité de travailler en réseau pour créer de véritables synergies, l’IFRESIS prévoit de s’élargir vers d’autres équipes et en particulier d’intégrer la future plate-forme stéphanoise du Cancéropôle Lyon Auvergne Rhône-Alpes (CLARA). Doté depuis 2004 d’un Institut de Cancérologie de la Loire (ICL), Saint-Etienne accueillera, à l’horizon 2012, un Centre Régional de Ressources pour l’Information, la Prévention et l’Éducation sur les Cancers. « Entre le tabac, l’alcool et les risques liés au passé industriel de l’agglomération stéphanoise, la Loire est le département le plus touché en Rhône-Alpes par les risques de cancers, nous disposons de toutes les compétences nécessaires pour créer un centre de ressources régional sur l’information, la prévention et l’éducation sur les cancers », justifie Franck Chauvin, Professeur de Santé Public à la Faculté de Médecine et à l’ICL. Et le futur directeur de la plate-forme stéphanoise du CLARA d’ajouter : « L’objectif de ce centre sera de collecter toutes les informations relatives à la prévention et à l’éducation des patients et de les dispatcher dans toute la région Rhône-Alpes/Auvergne ». Sensibilisation auprès des publics scolaires, via des programmes de prévention sur le tabac, l’alcool et l’alimentation, mais aussi des jeunes
dans le milieu de l’entreprise sur les risques industriels, programmes de recherche autour de l’éducation des patients et notamment sur le volet thérapeutique… les axes de travail du futur Centre de Ressources pour l’Information, la Prévention et l’Éducation sur les Cancers ne manquent pas. Et là encore, la mutualisation des moyens et compétences avec l’Université,
la Faculté de Médecine, le CHU et le Centre Ingénierie et Santé devrait constituer un plus pour le développement de cette plate-forme.
Une ouverture sur l’économie de la Santé
A terme, la création d’un tel centre et son intégration au sein de l’IFRESIS, pourrait préfigurer une ouverture du Pôle Santé stéphanois sur le volet santé publique et sur une dimension économie de la santé. Une idée qui fait son chemin, puisque Saint-Etienne dispose, avec l’École Nationale Supérieure de Sécurité Sociale (EN3S) et le Centre Technique d’Appui et de Formation aux Centres d’Examens de la Sécurité Sociale (CETAF), de compétences indéniables en la matière. Arrivée en 2004 à Saint-Etienne, à la demande du Laboratoire Social d’Action, d’Innovations, de Réflexion et d’Échanges (LASAIRE) , le CETAF travaille sur trois thématiques prioritaires : le suivi des risques post-professionnels, la prévention des risques liés au vieillissement et la précarité facteur d’inégalités de santé. «Nous sommes aujourd’hui, à la fois une plateforme épidémiologique, et un centre de ressources et de prévention pour les 113 Centres d’examens de santé en France. Nous avons de ce fait une très bonne connaissance des populations. A partir de là, nous sommes tout à fait disposés à mettre nos compétences intellectuelles et notre expertise au service du Pôle Santé », expose Norbert Deville, directeur du CETAF. Et d’ajouter : « Tout comme l’EN3S et la CPAM, nous avons vocation à être un partenaire d’enjeux. Il y a un noyau dur, constitué du CHU, de l’Université et de l’Ecole des Mines. Nous, nous faisons partie des partenaires périphériques qui gravitent autour de ce noyau ». Pour Pierre Héritier, membre fondateur de LASAIRE à Saint-Etienne, le volet santé publique et économie de la santé du Pôle Santé est en bonne voie. « Il y a une volonté de l’ensemble
des acteurs de travailler ensemble, de créer des synergies et de se constituer un petit peu comme un pôle de compétitivité. Un comité de pilotage a été mis en place et les choses avancent bien. L’École des Mines est déjà très avancée dans le management de l’innovation et dans la gestion de la santé. De son côté, l’université Jean Monnet est prête à s’engager, tout comme les différents organismes de la sécurité sociale ».