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FONCTIONS MÉTROPOLITAINES, RAYONNEMENT ET ATTRACTIVITÉ : GROS PLANS
 
 
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Quelle place pour Lyon dans la compétition internationale ?


Anticiper un nouveau changement des règles de la compétition.

Références(s) : Agenda métropolitain Lyon/Saint-Etienne - Automne 2006
Auteur : Emile Hooge et Geoffroy Bing

Chaque saison, le réseau de veille Lyon - Saint Etienne décrypte les dynamiques métropolitaines à travers quatre Gros Plans.


A l’automne, Lyon accueille à la fois Cluster 06 (9 au 13 oct) et le Forum pour une Mondialisation Responsable (25 au 28 oct), deux événements qui nous donnent l’occasion de nous interroger sur la pensée dominante de la compétition entre les territoires. Le principal ressort de cette compétition mondiale entre les territoires semble aujourd’hui être l’innovation. D’ailleurs, dans son rapport intitulé "Pour un écosystème de la croissance"de mai 2004 (1), Christian Blanc recommande que la France s’engage d’urgence dans une politique pour dynamiser le potentiel d’innovation de son économie : c’est la naissance de la politique nationale des "pôles de compétitivité" ! Outre ces dispositifs emblématiques, quels sont les différents leviers mobilisés par les collectivités locales pour stimuler l’innovation ? Et quelles pourraient être, à l’échelle de la métropole lyonnaise, les politiques à mener pour fabriquer un territoire compétitif et innovateur ? Enfin pour figurer en bonne place dans la compétition en 2020, la métropole lyonnaise ne doit-elle pas anticiper l’évolution des règles de la compétition ou même contribuer à en créer de nouvelles ?  


Quelles politiques pour fabriquer des territoires compétitifs ?
Tout comme une entreprise compétitive est durablement capable de vendre avec profit ce qu’elle produit, un territoire compétitif attire et génère durablement de la valeur c’est-à-dire des investissements et des ressources humaines capables d’initier, de produire et porter des projets et des innovations. Lyon, comme beaucoup de métropoles, a fait le choix de la compétition et vise le "top 15 des métropoles européennes". A cette échelle, la plupart des politiques de développement sont ainsi orientées vers la compétitivité :
- l’attraction ou la conservation de centres de décisions et de sièges sociaux (par exemple : la politique de "grands comptes" du Grand Lyon ou les démarches de prospection de l’Aderly,
- le soutien à la recherche et développement puis à l’essaimage (par exemple : la politique Lyon Métropole Innovante, les actions de Créons, etc.),
- l’accompagnement du développement de "clusters" pour former de véritables pôles d’excellence innovants (par exemple, les pôles de compétitivité visent à favoriser des partenariats de recherche et développement au service de l’innovation et de la compétitivité des entreprises).
Ce modèle de clusters que l’on retrouve sous différentes dénominations (Système Productifs Locaux, Districts Industriels, Pôles de Compétitivité…) sera étudié et discuté lors de Cluster 06 (9 au 13 oct), à travers des expériences du monde entier. Concrètement, ces clusters sont des modes d’organisation productive qui valorisent la proximité entre les acteurs du territoire (entreprises, institutions, laboratoires de recherche, écoles et universités…) pour créer de l’innovation. En effet, cette proximité suscite des relations, des échanges, des possibilités de mutualisation de moyens, des combinaisons de compétences et de savoir faire, ainsi que la construction collective et l’appropriation d’idées nouvelles.
Ces clusters sont la traduction concrète d’un nouveau paradigme économique, le capitalisme cognitif qui succède au capitalisme industriel et à l’organisation taylorienne de la production. Dans ce modèle, la principale source de création de valeur est la connaissance qui elle-même est produite par d’avantage de relations, de décloisonnements et d’ouverture des entreprises sur leur environnement (2). Dans cette nouvelle logique, contrairement aux idées reçues, la globalisation de l’économie et l’émergence de réseaux mondiaux n’entrent pas en contradiction avec le renforcement des enjeux de proximité. Les entreprises forment avec leurs territoires locaux des "écosystèmes" ouverts, riches et stimulants, qui sont favorables à la production collective de connaissances, donc à l’innovation et à la croissance économique.
A Lyon, ce modèle trouve notamment son application dans les pôles de compétitivité qui sont des formes de clusters particulièrement orientés vers la recherche et développement. Le Grand Lyon s’est engagé dans cette démarche, aux côtés des entreprises et des laboratoires de la région, en jouant un rôle d’animateur et de tiers de confiance. Aujourd’hui, le succès du lancement des pôles lyonnais ne doit pas cacher un certain nombre de problèmes et de limites de ce type de dispositif. Les enjeux pour l’avenir consistent bien entendu à concilier le temps court des entreprises avec le temps long de la recherche, mais aussi l’intégration des PME dans le processus, l’ouverture de ces réseaux de partenaires vers d’autres acteurs et d’autres territoires, la formation et la gestion des ressources humaines à l’échelle du cluster, etc. Globalement, ce mode de fonctionnement est particulièrement bien adapté pour stimuler l’innovation par la recherche et développement. Au niveau de chacun des pôles de compétitivité lyonnais, un cap important est franchi en termes de volume de ressources mobilisées pour la recherche et l’innovation grâce à la mobilisation collective de partenaires publics et surtout privés.  


Une "métropole laboratoire" pour que s’expriment toutes les formes d’innovation
Cependant, l’innovation ne peut pas se réduire à la recherche et développement. De nombreuses autres logiques peuvent coexister sur un territoire, depuis l’inventeur qui veut donner corps à son idée géniale et la commercialiser de manière rentable, en passant par l’entreprise qui cherche à formaliser son savoir faire en marketing, design et création de nouveaux produits, jusqu’à celle qui innove de manière intensive, développant en continu de nouvelles offres, de nouvelles technologies et de nouvelles clientèles.
Si Lyon veut permettre à chacun de ces différents régimes d’innovation de se développer sur son territoire, il lui faut devenir une "métropole laboratoire" : un lieu qui favorise les rencontres et la recherche à plusieurs, un lieu où l’on peut faire des essais et transgresser les règles, un lieu où l’on apprend ensemble et où sont capitalisées des connaissances ou des savoir-faire, un lieu qui crée et impose de nouveaux standards ou des normes, un lieu qui diffuse des idées nouvelles dans la société et qui repère et capte des tendances venant d’ailleurs… Concrètement, la métropole peut par exemple proposer des espaces d’expérimentations à petite échelle pour que les inventeurs puissent tester leurs idées sur le marché, elle peut renforcer et animer un tissu d’agences de design, de consultants en marketing, de bureaux d’études et de centres techniques pour accompagner les entreprises dans leurs processus d’innovation, et assumer une fonction de prospective pour donner de la visibilité à tous les acteurs du territoire sur les tendances d’avenir en matière de technologies, d’économie ou de société.  


Les entreprises comme arbitres dans la compétition des métropoles
Les entreprises ne sont-elles pas les meilleurs arbitres dans la compétition que se livrent les métropoles ? Dans un contexte de mondialisation libérale où le modèle capitaliste est largement dominant, beaucoup considèrent que la compétitivité des territoires va de paire avec la compétitivité des entreprises qui s’y trouvent. Alors la question cruciale est bien de comprendre sur quels types de territoires les entreprises choisissent d’implanter et de développer leurs activités. Les territoires qui gagnent seraient ceux qui attirent les entreprises.
Dans des industries concurrentielles, pour schématiser, les entreprises ont le choix entre deux modes de compétition : par les coûts ou par différenciation (3). Ainsi, certaines cherchent à implanter leurs unités de production sur des territoires proposant les coûts de production les plus faibles possibles, d’autres privilégient des terreaux favorables à l’innovation. Dans les deux cas, la proximité des marchés, des clients et des fournisseurs est toujours un atout ainsi que l’accessibilité et les infrastructures de transport. Finalement, ces différents critères de choix d’implantation, auxquels s’ajoutent par exemple la qualité de vie, donnent lieu à la publication de nombreux classements qui positionnent différentes métropoles les unes par rapport aux autres (4). Mais ces classements reflètent-ils vraiment la compétitivité d’une métropole ? En fait, les critères "objectifs" utilisés ne rendent pas compte de toute la réalité. Chaque entreprise a sa propre stratégie par rapport à son marché et à sa relation au territoire.
Certaines sont dans une logique de "coups" sur des marchés très concurrentiels et cherchent en permanence à y créer la surprise. Elles ont en général une attitude de type opportuniste vis-à-vis d’un territoire qui peut ponctuellement leur apporter des ressources et surtout un terrain d’expérimentation.
D’autres entreprises repèrent sur leurs marchés des exigences non satisfaites et tentent d’y imposer leurs produits et leurs savoir-faire. Pour ce faire, le plus souvent, elles s’implantent durablement sur un territoire pour profiter des ressources disponibles (main d’œuvre et compétences, sous-traitants, services…) et même instaurer une forme de contrôle de celles-ci.
D’autres entreprises encore cherchent à innover et à s’adapter aux tendances de leurs marchés en s’inscrivant au sein de réseaux de coopération pour mutualiser des moyens et stimuler leur potentiel créatif. Sur un territoire, elles construisent des relations et des partenariats sur le long terme pour favoriser les transferts de technologies et l’innovation collective ou accéder à de nouvelles compétences et de nouveaux marchés. C’est typiquement la logique de clusters que nous avons évoquée plus haut et dont certaines entreprises cherchent à profiter (3).
Ainsi, une métropole compétitive doit offrir aux entreprises les moyens de mettre en œuvre leur stratégie quelle qu’elle soit. Elle doit comporter des marchés de consommation et du travail suffisamment vastes et flexibles pour garantir à certaines entreprises la réversibilité de leurs choix d’implantation, avec des coûts d’entrée et de sortie relativement faibles (5). Elle doit aussi offrir une densité et une diversité d’acteurs suffisante ainsi que des dispositifs d’organisation territoriale adaptés pour permettre aux entreprises qui le souhaitent de s’intégrer dans des réseaux relationnels dynamiques et innovants.


Finalement, ne faut-il pas réinventer les règles de la compétition ?
La compétition territoriale a d’abord mis en scène les états nations qui cherchaient à s’imposer aux autres par la puissance politique, militaire ou économique. Aujourd’hui c’est à l’échelle des métropoles que la compétition se joue de plus en plus et même si les villes capitales sont toujours bien placées du fait de leurs fonctions institutionnelles et politiques, le paradigme dominant combine puissance économique et dynamique d’innovation. Mais que peut-on dire de l’avenir ? Un certain nombre de tendances laissent penser que la compétition entre les métropoles ne pourra pas continuer à se jouer uniquement sur la scène économique et technologique. Alors pour rester dans la course, elles doivent d’ores et déjà anticiper un nouveau changement des règles de la compétition.
D’abord, depuis plus de quinze ans, les débats sur la mondialisation et le développement portent de plus en plus sur des enjeux de durabilité et sur une articulation des questions économiques, sociales et environnementales. En accueillant le premier Forum pour une Mondialisation Responsable (25 au 28 oct), Lyon se place au cœur de ces débats et pourrait contribuer à faire émerger de nouveaux principes pour répondre aux défis qui doivent être relevés à l’échelle des métropoles aujourd’hui (ségrégations, pollution, etc.).
Ensuite, de manière plus anecdotique, on peut constater qu’à côté des classements de compétitivité économique déjà évoqués, fleurissent dans la presse de nombreux palmarès de villes "où il fait bon vivre". Ces derniers sont révélateurs d’une préoccupation grandissante accordée au cadre de vie, à la santé, à l’éducation ou aux activités culturelles et sportives. Même si leur réalisation paraît toujours simplificatrice et partielle, tous ces classements ont une valeur symbolique et leur principe ne peut être rejeté, si l’on accepte celui de la compétition. En revanche, si l’on doit témoigner d’un changement dans les règles de la compétition, un nouveau modèle de classement est nécessaire pour concilier par exemple création de richesse économique et qualité de vie. Ainsi, peut-être les métropoles se compareront-elles à l’avenir sur la base de nouveaux indicateurs comme par exemple l’IDH (Indice de Développement Humain calculé par le Programme des Nations Unies pour le Développement) ou l’empreinte écologique ? Le Grand Lyon a d’ailleurs organisé un débat pour avancer sur ces questions et pourquoi pas proposer ses propres critères comme références dans la compétition internationale…
Enfin, il faut reconnaître que même si la société valorise encore de manière privilégiée l’innovation technologique, la capacité de rayonnement et d’influence d’une métropole pourrait se jouer aussi dans d’autres sphères. Le modèle de la métropole européenne a encore de l’avenir parce qu’il sait faire émerger des innovations sociales et des nouvelles manières de vivre en ville, parce qu’il est capable d’innovations institutionnelles pour créer par exemple de nouveaux partenariats entre public et privé ou parce qu’il propose des innovations démocratiques qui offrent aux habitants de nouvelles formes de participation dans la vie politique locale. Autant de pistes qui permettent d’affirmer la place des métropoles telles que Lyon, au-delà de la simple compétitivité économique.


INFORMEZ-VOUS
(1) Pour un écosystème de la croissance par Christian Blanc, 2004
www.ecosysteme-croissance.com/rapport
Ce rapport, remis au Premier Ministre en 2004 fait un état des lieux général de l'économie française et y évoque l'urgente nécessité de renforcer l'innovation au risque de voir la compétitivité de pays décliner peu à peu. C'est à travers ce constat qu'il avance l'idée des pôles de compétitivité, de l'organisation en "cluster" associant acteurs économiques, chercheurs, universitaires et institutions publiques. Cette idée a été reprise par la suite dans l'appel à projet pour les pôles de compétitivité lancé en 2005.


(2) Des lieux et des liens, politiques du territoire à l'heure de la mondialisation par Pierre Veltz, Edition de l'Aube, 2002.
Pierre Veltz, directeur de l'Ecole nationale des ponts et chaussées, tord le cou à certaines idées reçues sur la mondialisation et redonne aux territoires locaux une place de premier plan dans la création de richesses et la compétitivité de l'économie.


(3) Avantages retirés par les entreprises de leur participation à un "cluster". Etude du BIPE pour la DIACT, janvier 2006
www.diact.gouv.fr
Un grand nombre d'études mettent en évidence, souvent de manière illustrative, les retombées des "clusters" pour les territoires en termes macroéconomiques (attractivité, emplois,etc.). En revanche, peu de travaux portent sur les avantages économiques que retirent effectivement les entreprises de leur participation active à ces démarches. C'est l'ambition de ce travail qui vise à expliquer ces avantages en vue de déterminer les conditions de leur optimisation.


(4) Différents critères, différents classements de villes. European Cities Monitor 2005 - Classement healy&Baker
www.cushmanwakefield.com
Un classement des villes les plus attractives d'Europe pour l'implantation d'entreprises, fourni par un opérateur immobilier d'entreprises. Renouvelé chaque année à travers des questions posées à 500 cadres dirigeants d'entreprises européens, cette enquête est censée permettre de classer les principales villes européennes selaon leur attractivité économique. Entre 1990 et 2005, on note que Lyon a rétrogradé de la 18è à la 24è place...Un classement qui reste par contre inchangé pour Londres et paris qui restent respectivement à la première et à la seconde place parmi les villes les plus attractives pour faire du business !


(5) Comparaison des coûts d'implantation des entreprises : G7, Pays-Bas et Singapour. Etude KPMG, mai 2006.
www.kpmg.fr
Cette étude doit permettre de comparer rapidement les coûts d'une implantation nouvelle d'entreprise dans les pays du G7, aux Pays-Bas et à Singapour. 2000 cas d'entreprises ont été analysés. Les "choix concurrentiels" ne prétendent pas étudier tous les critères d'implantation : ils ne prennent en compte que les coûts (main-d'œuvre, installations, frais de financement, transport, services publics, impôts) et non les aspects qualitatifs. En outre, le classement est organisé en groupes de villes homogènes : les grandes métropoles, les très grandes agglomérations (1,5 millions d'habitants) et les agglomérations régionales. Lyon figure au 2è rang dans le groupe des très grandes agglomérations après Montréal !


Global Quality of Living City Ranking, 2006 . Classement Mercer.
www.mercerhr.fr
Plus de 350 villes du monde sont passées au crible et comparées en fonction de critères de qualité de vie : contexte politique, critères sociaux, économiques et environnementaux, niveaux de sécurité, de santé, d'éducation, de qualité de transports et autres services publics. Selon la présidente du cabinet Mercer, Yvonne Sonsino, ce type de classement est souvent utilisé par les multinationales qui ont beoins d'évaluer les changements de qualité de vie que vivent leurs expatriés au moment d'une nouvelle implantation.


Où vit-on le mieux en France ? Classement Le Point , janvier 2002.
www.lepoint.fr
Quelle ville choisir pour changer de vie ? Au moment où les lieux de vie des Français sont de plus en plus changeants et instables, les villes françaises se lancent dans une compétition pour figurer parmi les villes les plus attractives de France. les critères utilisés dans ce classement sont fondés sur les préoccupations des Français : où trouver un emploi ? Où mes enfants étudieront-ils le mieux ? Quelle ville est la plus sûre ? Peut-on s'y loger facilement ? Est-elle agréable à vivre ? Où se distraire ? Est-elle riche ? Le coût de la vie y est-il élevé ? Où vivre en bonne santé ? etc. C'est Aix-en-Provence  qui semble le mieux répondre à ces questions suivie d'orléans, Tours, Rennes, Dijon. Lyon arrive en 14è place !


 


 



... sur millenaire3
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Fiche actualisée le : 19/09/2006
 
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