Selon la tradition politique française, la citoyenneté est un lieu politique abstrait où les individus jouissent d’un statut d’égalité absolue, du fait de la relégation de toutes les différences individuelles à la sphère privée.
Si cette définition n'a jamais correspondu véritablement à la pratique, elle semble aujourd'hui plus que jamais remise en cause. Depuis les années quatre-vingt, l'usage du terme indique que la citoyenneté définit surtout les diverses formes de l'engagement dans la vie publique, mais aussi le respect des règles de la civilité. Les termes « entreprise citoyenne », « éco-citoyenneté urbaine » concernant le tri des déchets ménagers, « citoyenneté culturelle » ou « sociale », « citoyen consommateur », témoignent de l'élargissement du concept à des domaines fort éloignés de sa définition politique et juridique.
L'extension de son usage signifie-t-elle le délitement de la citoyenneté qui perdant la référence fondatrice à la citoyenneté politique, en viendrait à qualifier à peu près tout et n'importe quoi ?
Est-ce plutôt que la citoyenneté gagne du terrain en fonction des dynamiques et des attentes sociales ? L'extension historique des droits du citoyen risque-t-elle de produire un déséquilibre entre droits et devoirs, au détriment des seconds ? Qu'est-ce qu'implique le développement de la citoyenneté locale et européenne ? La citoyenneté mondiale est-elle une utopie praticable ?
Cette synthèse répond aux questions ci-dessus en abordant les points suivants :
- L'émergence de la citoyenneté : sa construction républicaine, ses trois dimensions (civile, politique, économique et sociale), sa place dans l’édifice constitutionnel et juridique.
- Les enjeux de la citoyenneté : une extension en forme de distanciation vis-à-vis de la citoyenneté civique et politique
- Des diagnostics qui semblent faire consensus
Une bibliographie indicative est donnée à la fin de l'étude