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Musiques actuelles

Un univers flou entre émergence et institutionnalisation

Références(s) : Agenda métropolitain Lyon - Saint Etienne / Eté 2004
Auteur : Ludovic Viévard

Chaque saison, le réseau de veille Lyon - Saint Etienne décrypte les dynamiques métropolitaines à travers quatre Gros Plans.Si l’été n’est pas la saison la plus riche en événements, ceux proposés sont très souvent des événements musicaux. Ces quelques mois où Lyon prend des allures de ville du sud et où la vie s’organise à l’extérieur, dans les parcs, sur les terrasses, sont des mois festifs propices à la musique. C’est l’époque idéale pour faire descendre la musique dans la rue comme lors de la Fête de la musique (21 juin) durant laquelle places et troquets sont investis par des musiciens venus partager leur passion, et parfois leurs couacs. Outre cette fête grand public qui rassemble près de 10 millions de personnes en France, nous avons repéré près d’une quarantaine d’événements. Certains sont généralistes : Nuits de Fourvière (8 juin - 6 août), d’autres plus pointus comme Jazz à Vienne (30 juin-13 juil), tous ont en commun de faire une large place à ce que l’on nomme les "musiques actuelles".Quelles musiques se cachent derrière cette expression un peu floue ? Comment sont-elles organisées ? Quelles difficultés rencontrent-elles ?


 


 


Des musiques contemporaines aux musiques actuelles
L’offre musicale est on ne peut plus variée, voire hétéroclite. Chacun pourra y trouver son compte : l’amateur de musique campanaire (Festival de carillons : 15 juin-20 sept), les fans de musique américaine (Journée country : 27 juin ; Sathonay Blues Festival : 25-26 juin), mais aussi les mordus des cuivres (Festival de cuivres en Dombes : 31 juillet-4 août ; Festival de l’aqueduc : 26 juin) et bien d’autres encore. Toutes ces manifestations témoignent de la diversité de l’offre musicale dans l’agglomération.
Mais, pour être contemporaines, ces musiques n’entrent pas toutes dans l’appellation « musiques actuelles » qui renvoie à une nébuleuse difficile à cerner. Si l’expression comprend les musiques amplifiées (dont la création et la diffusion dépendent de moyens techniques tels que micro, amplis, etc.), elle englobe aussi d’autres champs de la création musicale. Autrement dit, la formule "musiques actuelles" est d’abord une appellation générique — davantage en usage dans les institutions que chez les professionnels — qui permet de rassembler commodément des esthétiques musicales très variées : jazz, électro-jazz et blues ; musiques du monde et traditionnelles ; et les musiques électroniques, rock, chanson, hip-hop. Quelle place occupent-elles dans l’événementiel de l’agglomération ? Rencontrent-elles les mêmes problèmes ? La réputation de frilosité de la ville face à ces musiques est-elle toujours d’actualité ?


La suprématie jazz
Avec 100 000 personnes par an, Jazz à Vienne est non seulement un succès public indéniable, mais il a aussi permis d’organiser la formation, la création et la diffusion. Vienne ne se limite pas aux 40 concerts de son festival. Elle est devenue, grâce à lui, une ville qui joue toute l’année : école de musique de jazz, Big Band, réseaux, clubs de jazz, etc. Le festival n’est que la partie la plus visible — mais quelle visibilité ! — d’un travail annuel qui a un important impact sur la structuration du jazz.
Un impact qui se ressent également dans l’agglomération lyonnaise où se fait une partie de l’hébergement du festival. Mieux, avec Le ciel de Lyon, au Méridien, ou les Samedis jazz à l’Auditorium, Vienne "délocalise" maintenant une petite partie de ses manifestations à Lyon. Un apport qui renforce l’activité locale : avec trois festivals, dont Fort en Jazz à Francheville (13-20 juin), des lieux de diffusion réguliers comme le Hot Club et les salles qui appartiennent au réseau Suivez le Jazz, le Jazz est un genre bien vivant.


La mosaïque des musiques du monde
Jazz à Vienne n’oublie pas "les musiques du monde", en programmant des groupes africains et des musiques "cousines". Si les musiques du monde comptent parmi les musiques actuelles, leur propre diversité est également importante. Origine géographique, style et influence, époque : tout cela concourt à la formation d’un véritable patchwork musical que le Centre des musiques traditionnelles Rhône-Alpes tente de mettre en valeur et qui est à découvrir durant les Jeudis des musiques du monde (1er juil–19 août).
L’étiquette "musiques du monde" sert également à regrouper des musiques qui ne sont pas "traditionnelles" au sens propre, mais issues d’influences traditionnelles, comme par exemple le Reggae (Reggae Sun Festival : 17 juil). Elles parlent d’un brassage musical souvent utilisé dans les manifestations pour symboliser une mixité culturelle ou sociale. Harmonie des sons qui appelle à l’harmonie culturelle : c’est ce métissage des notes qui est mis en avant lors des Fêtes Escales (9-14 juil), des Nuits métisses (25-26 juin) ou des Places en fête (22 juin-13 juil). Est-ce un voeu pieux des organisateurs ou la musique offre-t-elle véritablement des occasions de dialogue et de mixité socioculturelle ?


Et la chanson française ?
Quoi de commun entre Monsieur Orange, Amélie les crayons, La tropa, Vincent Cros ou Siméo ? Des textes ciselés qui renouvellent la tradition de la chanson française en l’enrichissant des influences les plus diverses. Ska, ragga, classique, dub, électro, etc., chacun puise à sa source pour amener la traditionnelle chanson française qui aux limites du rock, qui aux frontières du reggae. Derrière la diversité des musiques, pointe ce même souci des textes. Une tendance qui se confirme, à entendre lors d’événements comme les Petites formes artistiques (début juil-mi août), Juste un festival (23-24 juil), ou même les Nuits de Fourvière, en particulier lors de la soirée Lyon rugit la nuit.


Le rap : un genre ancien ?
Il est dans l’agglomération une idée tenace selon laquelle le rap n’y existerait pas ou pas de façon professionnelle. Des groupes évolueraient bien, mais sans jamais trouver comme à Marseille, par exemple, un public large et une reconnaissance nationale. Qu’en est-il ? Le rap s’est d’abord développé en s’appuyant sur des financements issus de la politique de la ville, moins sur les lignes de crédits "culture". Il est ainsi d’abord considéré comme un mouvement d’expression sociale, ensuite comme une forme artistique. Beaucoup des événements repérés, comme l’Open Mic ou Battle Vénissieux, sont issus des MJC, de même pour le Rézo 6.9 qui regroupe des structures comme le CCO et les MJC d’Oullins, de Rillieux, et de Vénissieux qui organisent également le Festival Danse et Hip Hop Bruit de la passion (4-6 juin). Si ces structures de diffusion sont indispensables, c’est bien la compétence artistique qui doit être mise en avant. C’est l’objectif de la Lyonnaise des Flows, premier label Rap local, qui s’attache à promouvoir la scène régionale au plan national, pari en parti réussi avec des groupes comme IPN ou Kestos.
Pour autant, cette musique urbaine et contestataire ne peine-t-elle pas à renouveler ses thèmes et ses formes d’expression ? C’est une question qu’il conviendra de reposer, notamment après "Original 84-04", le festival Hip Hop d’avril, qui célèbre les 20 ans de cette culture en France.


De la Dub aux Sub !
Malgré la fermeture annoncée du distributeur Kubik, installé à St-Symphorien d’Ozon, les musiques électroniques représentent sans conteste le point fort de la production locale et régionale. Cette performance, les musiques électroniques la doivent en partie au travail de Jarring effect, label indépendant et organisateur du Festival Riddim collision.
C’est lui qui a contribué à l’émergence de groupes reconnus sur la scène nationale comme High Tone ou Meï Teï Shô. C’est encore le cas du Peuple de l’herbe, "découverte scène" aux Victoires de la musique 2002 et aujourd’hui hébergé aux Subsistances !
Une musique alternative qui après avoir été longtemps déconsidérée se trouve aujourd’hui reconnue par l’institution, notamment par la Ville de Lyon, qui organise Les nuits sonores.
Un regret est cependant exprimé par les producteurs : pour être structurante, l’activité événementielle doit s’appuyer sur les ressources locales et devenir l’expression d’un travail annuel, non s’imposer comme un « coup », fût-il récurrent et réussi.


Quelles réponses des politiques culturelles ?
Ainsi, il est important d’examiner les ressources qui supportent l’activité événementielle et les problèmes qu’elle rencontre. Lyon envoie des signaux forts d’un soutien aux musiques actuelles : création des Nuits sonores, aide au Peuple de l’herbe pour une tournée en Chine et pour une résidence, création de la Mission musique, etc. Pour autant, de nombreuses questions lui sont posées.


De l’amateur au professionnel
Et d’abord, ce qui touche à la formation. Les musiques amplifiées sont souvent issues de groupes jeunes qui n’ont que rarement reçu une formation spécifique. L’enjeu est donc de reconnaître des pratiques amateurs et de leur donner accès aux ressources nécessaires à leur professionnalisation, ce que fait, par exemple, le salon Disk’over (4-5 juin). Quel soutien les collectivités peuvent-elles apporter aux nombreuses démarches privées dont les moyens sont le plus souvent limités ?


La diffusion : expérience et reconnaissance
Pour ce qui touche à la diffusion. Les restrictions imposées par la loi antibruit de 1998 ne permettent plus à de nombreux bars et autres petits lieux d’accueillir de la musique amplifiée.
Bien qu’offrant rarement des conditions professionnelles, ils permettaient à de jeunes groupes d’acquérir une première expérience de la scène. Il est donc important de réfléchir à des solutions alternatives. De même qu’il est important de soutenir la diffusion hertzienne, et d’insister sur le soutien aux radios associatives locales, ces médias non commerciaux qui représentent souvent un tremplin pour les jeunes groupes.


Organiser les ressources
Enfin, la création d’un lieu dédié aux musiques actuelles, regroupant à la fois des programmateurs, des institutions, des ressources, offrant des conditions de répétitions, des résidences, etc., est une attente des acteurs locaux. Il pourrait s’agir d’un équipement pensé sur le mode du Brise glace à Annecy, de La Tannerie à Bourg-en-Bresse, ou encore de ce qui est en cours avec la Coopérative de mai à Clermont-Ferrand, équipement qui, malgré des ressources importantes, manque encore à l’agglomération lyonnaise pour répondre aux enjeux du développement culturel posés par les musiques actuelles. 





... sur millenaire3
> Jérôme LAUPIES : "La structuration du milieu de la musique peut venir d’un festival s’il reflète une activité annuelle" (Interviews)

> Les musiques actuelles à Lyon - Pratiques artistiques et diffusion (Rapports)

> Constructions identitaires au travers des musiques amplifiées : approche des enjeux d'une autre appréhension du secteur par les politiques publiques. (Textes d'auteur)

> Jarring Effects (Acteurs)

> Lyonnaise des Flows (Acteurs)

> Médiatone (Acteurs)

> Suivez’le jazz (Acteurs)

> Agence musique et danse Rhône-Alpes (Amdra) (Institutions)

> Centre de Formation des Enseignants de la Musique Rhône-Alpes – Cefedem (Institutions)

> Centre des Musiques Traditionnelles Rhône-Alpes (CMTRA) (Acteurs)

> Le bistroy (Acteurs)

> Association pour le développement des artistes et des musiques actuelles en Rhône-Alpes (Adamara) (Acteurs)

> Hot Club (Acteurs)

> Ninkasi-Gerland (Acteurs)

> Kao Konnection (Acteurs)

> Lyon Scène (Initiatives)

> Rézo 6.9 (Initiatives)

> Mission musique de la Ville de Lyon (Initiatives)

> Vénissieux bouge Hip Hop (Initiatives)

> Maison des Jeunes et de la Culture d'Oullins (Acteurs)


Fiche actualisée le : 24/05/2004
 
Fiche indéxée dans :
Société » Arts / Culture / Vie des idées »» Politiques culturelles
Société » Arts / Culture / Vie des idées »» Création / Vie des arts
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