Le musée de société de Charlieu, ouvert en 1992, est un lieu qui cherche à rendre compte d’une histoire textile locale extrêmement dense, sans se cantonner dans une mission de conservation. En effet, il est un musée vivant, en prise avec l’activité de tissage. Pour cela, il propose à ses visiteurs de nombreuses démonstrations de tissage, de manière à témoigner d’une activité pour laquelle le savoir-faire est prépondérant. Cependant, il s’agit bien d’une reconstitution, le savoir-faire ne se transmettant véritablement que par la pratique effective et étant constitué de mille gestes quotidiens qui ne peuvent véritablement être « mis en musée ».
L’histoire locale de Charlieu est celle d’un long compagnonnage avec les produits tissés, qui démarre avec le chanvre au XIIIe, puis le coton et enfin la soie, activité qui s’impose notamment à partir du XIXe, parce plus rémunératrice. Mais ce compagnonnage est loin d’être sans heurts. En effet, la production soyeuse a connu de nombreux à-coups, que le musée s’efforce de retracer par divers documents, qu’il s’agisse de photographies, d’objets, de témoignages écrits, etc.
Charlieu a longtemps servi de base de repli aux fabricants lyonnais, qui cherchant à contourner les capacités d’organisation des canuts, ont délocalisé la production vers des villes plus petites. Cependant, à Charlieu comme à Lyon, la production s’est concentrée à nouveau, donnant lieu à des mouvements sociaux. C’est pourquoi les fabricants ont préféré disperser à nouveau les lieux de fabrication, et revenir à un travail à domicile. Cette option allait causer leur perte, car le rendement et la productivité sont rapidement devenues obsolètes par rapport à la mécanisation et aux rendements obtenus en usines, sur des machines plus performantes.
Ce sont toutes ces évolutions économiques et techniques que retrace le musée de la soierie à Charlieu. Sont ainsi exposés plusieurs modèles de métiers à tisser, des plus archaïques, qui sont entraînés à la force des bras, jusqu’aux plus modernes, pour lesquels la circulation du fil est assurée par jet d’air et non plus par une navette.
Enfin, le musée expose les productions de la dizaine d’usines encore en activité, qui déposent des échantillons de tissus que les visiteurs peuvent regarder et toucher. Ainsi le lien est-il fait entre une production de masse qui se développe au XIXe et une production de niche qui trouve sa place dans la deuxième moitié du XXe et jusqu’à aujourd’hui. De grandes maisons comme Dior, Chanel, Christian Lacroix s’approvisionnent encore aujourd’hui chez ces tisseurs.
Par ailleurs, le musée de la soierie présente des collections sur la Corporation des tisserands, la dernière en activité en France.
À noter : le musée propose des expositions temporaires centrées sur les questions textiles.