La soie est un produit naturel, soumis à de nombreux aléas de production et notamment aux maladies –la pébrine qui ravage à partir du milieu du XIXe les larves du Bombyx Mori–, qui demande de nombreuses étapes –sériciculture, filage, moulinage, tissage, etc– avant de pouvoir être commercialisé. Dès la fin XVIIIe, on cherche à produire un fil ayant des qualités comparables –robustesse, brillance, légèreté…– sans ces contraintes. Mais ça n’est qu’à la fin du XIXe, en 1884 précisément, qu’un aristocrate de la région grenobloise, Hilaire de Chardonnet, met au point un fil artificiel, la viscose. Il obtient cette nouvelle matière en transformant les fibres du bois.
Une trentaine d’années plus tard, ouvre à Echirolles une usine de fabrication de la viscose qui connaîtra une intense activité jusqu’à son déclin à la fin des années 1970 et sa fermeture définitive en 1989. La viscose en effet s’imposera dans le textile jusqu’aux années cinquante, date à partir de laquelle les fibres synthétiques commenceront à la supplanter. C’est ce parcours que retrace le Musée de la Viscose, en s’intéressant à l’invention de la viscose, en présentant son procédé de fabrication et en exposant les conditions de vie des ouvriers qui fabrique ce fil.
La fabrication de la viscose suppose trois étapes principales : trempage de la pâte de bois dans de la soude, broyage et mélangeage à du sulfure de carbone et enfin dissolution dans de l’eau soudée lui donnant alors l’apparence d’un miel ambré. Il faut alors filer cette pâte, pour obtenir un fil, très fin comme celui produit à Echirolles et vendu pour la fabrication de tissus et notamment en bonneterie, lingerie et draperie. Le musée présente une dizaine de machines, qui permettent de comprendre ces différentes étapes.
Le musée de la viscose relate en détail la vie ouvrière, et en particulier l’appel massif fait aux travailleurs étrangers. Dans les années 30, une quarantaine de nationalités se côtoient dans l’usine. Les conditions de travail y sont rudes et l’usine connaît de nombreux mouvements de grève. Elle est cependant située dans une cité ouvrière, qui permet aux ouvriers de vivre dans des logements décents. Une visite de cette cité est proposée par le musée.
À noter : on distingue les fibres naturelles (soie), artificielles (viscose) et synthétiques (nylon).