Jonzieux dans la Loire, appartient à cette nébuleuse de villes et villages qui travaillaient le textile et qui se sont progressivement spécialisés sur un type de production. À Jonzieux, c’est la passementerie qui s’est imposée au fil des siècles. Les « passements » désignent tous les tissus plats et de faible largeur, souvent très ouvragés, employés dans le vêtement pour dame, l’ameublement, le vêtement militaire, l’équipement de la voiture, les vêtements liturgiques, etc. Ce nom générique désigne en fait quantité d’objets très différents composés de coton, de laine, de soie, quelques fois mélangés d’or, d’argent, d’acier ou encore de verroterie. La variété des produits de passementerie se retrouve dans un vocabulaire très étendu : galons, cordons et soutaches, pattes d’épaules, coulants d’épaules, torsades et trèfles, épaulettes, aiguillettes et fourragères, olives, écussons, jugulaires et bandeaux, dragonnes, ceinturons et bélières, drapeaux et bannières, cannetilles et jaserons, bretelles, marquages sont tous des articles de passementerie.
Contrairement à la plupart des sites de productions qui ont connu leur apogée au tournant du XXe, Jonzieux a connu la sienne plus tardivement, au sortir de la seconde guerre mondiale, lorsque la demande en vignettes tissées, en fonds de bérets, en écussons et ornements d’église explose. Dans les années 1960, la passementerie occupe plus de 100 couples de passementiers qui font battre plus de 400 métiers à tisser. Depuis 2005, il n’y a plus de passementier indépendant, mais on compte encore deux usines importantes, Sahuc (tissus d’ameublement) et JSD qui produit notamment des étiquettes pour les grands couturiers, pour des articles de sport, etc.
La Maison de la Passementerie reflète l’importance de cette histoire locale, qui si elle a vécu de nombreux soubresauts, demeure une activité importante à l’échelle de ce village. C’est pour témoigner de la diversité des savoir-faire qu’un groupe de passementiers a fondé en 1973 cette structure dans un ancien atelier devenu vacant. Progressivement, avec l’aide du Parc du Pilat, la Maison de la Passementerie se professionnalise pour devenir un petit écomusée, où le visiteur peut s’initier aux arcanes de ce métier.
On trouve à la Maison de la Passementerie un métier à rubans Jacquard installé dans un atelier caractéristique de la fin des années 1950, et une collection de rubans. Par ailleurs, plusieurs modèles réduits sont présentés. Depuis mai 2007 un film de 17 minutes retrace la vie des passementiers, un film plus complet sera mis en vente au printemps 2008. Ce sont les anciens passementiers qui donnent tout le sel à la visite, abordant notamment la condition de ces travailleurs dans un système économique très particulier. Le passementier est un travailleur à domicile, il est propriétaire de son métier à tisser mais pas de ce qu’il produit. En effet, la fabrique –le mot fabrique désigne l’ensemble des métiers relatifs à la production de la soie–, est ainsi organisée en une stricte spécialisation des tâches : au donneur d’ordre, en général grosse entreprise de tissage de St Etienne ou Lyon revient le rôle de commercialiser les tissus (et non de les fabriquer) et au passementier ou tisseur de les réaliser, en fonction des commandes que lui passe le fabricant.
Le passementier est donc un travailleur à domicile dont les journées peuvent atteindre plus de 12h par jour pendant les périodes de forte activité. Les commandes sont très fluctuantes et dépendent de l’activité générale mais aussi et surtout des fluctuations de la mode. Le passementier est payé à façon, c’est-à-dire en fonction de la quantité de tissu qu’il produit. C’est un travail extrêmement minutieux qui combine des savoir-faire divers : le passementier doit être un bon technicien (pour faire fonctionner le métier à tisser) mais aussi un travailleur manuel habile (en raison de la préciosité des tissus qu’il réalise). C’est aussi un travail exécuté en famille, de génération en génération, pour lequel les enfants étaient mis à contribution parfois dès l’âge de 7 ans…
Ce sont toutes ces informations et bien d’autres encore comme celles relatives à l’apparition d’un bâti spécifique –avec de hautes maisons aux fenêtres tout aussi hautes–, qui sont dispensés à la Maison de la Passementerie.