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Lyon ne s’est pas faite en un jour ! Construite à coups d’actes de foi, de mouvements économiques et solidaires, d’innovations scientifiques et industrielles… la Ville telle que nous la connaissons s’est bâtie sur une volonté de progrès sans cesse renouvelée et portée par une lignée de personnalités. La force de Lyon repose en particulier sur une longue tradition hospitalière et médicale, intimement mêlée d’abord à l’identité religieuse puis à l’esprit humaniste de la cité. D’humaniste à humanitaire, il n’y a qu’un pas, allégrement franchi par quelques pionniers lyonnais qui ont su faire le lien entre santé et industrie. Tel est l’atout du pôle humanitaire lyonnais : composer des alliances entre les forces vives de l’agglomération pour plus d’efficience à l’international. L’enjeu aujourd’hui ? Inventer collectivement des solutions pour passer à la vitesse supérieure et pouvoir jouer dans la cour des grands de l’humanitaire. Retour sur l’Histoire :
De l’Hôpital de la Charité aux Hospices Civils de Lyon
1531. Fuyant la famine qui ravage les campagnes environnantes, quelques 6 000 démunis se réfugient à Lyon. Dans un bel élan de charité chrétienne, les dons des notables lyonnais affluent et, grâce à « l’Aumône Générale , les premiers asiles dédiés à l’accueil des indigents s’alignent côté Rhône de la Presqu’île dès 1607. Bordant de part et d’autre le Pont de la Guillotière, l’Hôpital de la Charité et l’Hôtel-Dieu s’offrent au regard de tout nouvel entrant dans la Ville. La mise en majesté des bâtiments affirme sans ambiguïté la puissance, la richesse et la générosité des habitants. A l’intérieur des murs, la bienfaisance se pare de la rudesse de l’époque : la Charité est d’abord un lieu d’accueil avant d’être un lieu de soins. Enfants abandonnés, filles enceintes, vieillards, aliénés et mendiants sont hébergés, voire tout simplement enfermés. Avec l’Antiquaille, 5 000 lits cernent la Place Bellecour. Indépendante et religieuse, l’administration hospitalière sélectionne médecins et soeurs infirmières. Les spécialisations médicochirurgicales développées sont révélatrices des urgences médicales du moment : gynécologie,
obstétrique et pédiatrie. Laïcisés après la Révolution, les hôpitaux deviennent les Hospices Civils de Lyon (HCL) en 1802. Durant le 19ème siècle, de nombreux hôpitaux sont rattachés ou construits à travers la cité. Découvertes médicales et pharmaceutiques se succèdent à Lyon. En 1874, une Ecole du Service de Santé des Armées s’ouvre et en 1877, la Faculté de Médecine est créée.
La médecine lyonnaise s’ouvre au monde
1894. Le Parc de la Tête d’Or accueille sa 2nde Exposition Universelle, « internationale et coloniale ». Connaissant un franc succès malgré l’assassinat du Président Carnot, elle témoigne d’une expansion missionnaire et commerciale sans précédent au cours du siècle. « L’Œuvre de la Propagation de la Foi », association fondée en 1822 par Pauline Jaricot, a en effet transformé Lyon en « centre mondial des missions catholiques ». Les « Annales de la Propagation de la Foi », éditées à 100 000 exemplaires en France en 1845, tirent leur notoriété de procédés bien connus du marketing humanitaire contemporain : les récits de projets concrets réalisés dans les missions grâce aux donations suscitent à nouveau la générosité des lecteurs… Se préoccuper d’autrui se traduit alors par une adhésion aux convictions catholiques de l’époque : le salut de mon âme passe par le salut des autres, et je ne peux sauver les âmes sans prendre soin des corps. Prédication, enseignement et soins sont les principaux services dispensés par les missionnaires dans les colonies. Un phénomène qui participe indéniablement au rayonnement de la médecine lyonnaise. L’excellence des chirurgiens hospitaliers est reconnue, notamment en analyse clinique des troubles et en connaissance anatomique. Des soignants lyonnais ouvrent hôpitaux et facultés de médecine en Afrique du Nord, en Chine et aux États-Unis… Les revues médicales lyonnaises se retrouvent sur les étagères de bibliothèques universitaires et hospitalières du monde entier. Dans le même temps, la Ville accueille des étudiants en médecine issus des missions du Moyen-Orient et d’Amérique du Sud. Nombre de malades étrangers viennent se faire soigner. L’héritage est prestigieux et… toujours accessible : les Journées du Patrimoine proposent plusieurs parcours « santé et solidarité » qui retracent l’histoire de quelques unes des découvertes médicales lyonnaises les plus intéressantes.
La santé publique se structure
1928. Jusque-là exclusivement financés par des donations, ses propres produits patrimoniaux et l’impôt sur les jeux, les HCL s’intègrent désormais officiellement aux politiques de santé publique des collectivités territoriales. Depuis plusieurs décennies, la médecine a fait un vrai bond en avant : asepsie, anesthésie, radiologie, vaccination… La recherche expérimentale a fait ses preuves et le corps soignant est en voie de professionnalisation. De nouvelles disciplines apparaissent : médecine légale, cardiologie, psychiatrie… L’investiture du champ politique municipal par les médecins lyonnais facilite l’application de mesures urbaines hygiénistes : traçage de grandes artères pour aérer la ville, adduction d’eau et création d’égouts. Lyon, fortement industrialisée, accueille le 1er Institut de Médecine du Travail de France en 1930 . L’assistance aux malades et aux pauvres, jusque-là réservée aux solidarités confessionnelles et corporatives, est transférée aux administrations publiques. Après la 2nde Guerre Mondiale, la notion de charité est définitivement délaissée au profit de l’humanisme. L’économie sociale et solidaire tend à prendre la relève : en santé, associations d’actions sanitaires et sociales, coopératives et mutuelles de santé sont légions.
L’Etat : si près, si loin…
20e siècle. L’Etat-Providence et la Sécurité Sociale sont entrés dans les mœurs au point d’être considérés comme des avantages acquis. Depuis une trentaine d’années, le système de redistribution atteint un niveau jamais égalé avec un taux de prélèvement obligatoire de 45% ! RMI, CMU… La protection sociale s’est globalement améliorée, mais le système est remis en question. La solidarité contrainte par les prélèvements fiscaux est deplus en plus perçue comme déshumanisée. Cause en est, la dépersonnalisation des services rendus par les administrations. Pour contrebalancer, la solidarité individuelle se veut dorénavant choisie. L’engagement citoyen bat son plein, comme l’illustrent Les palmes du bénévolat (23 oct) ou la Semaine de la Solidarité (16-18 nov). Les associations locales communiquent -Journées d’entraide Notre Dame des sans abri (10-11 nov) - et rappellent l’importance du soutien de proximité : les trois jours de l’Entraide, un marché de Noël solidaire (24 nov) ou bien ComEcole, une nouvelle rentrée pour les enfants malades (4 sept). Donner du temps ou de l’argent est une chose, donner un peu de soi (au sens propre !) en est une autre. Encadrés par des principes de gratuité, d’anonymat et de volontariat, les appels aux dons d’organes , de sang et de sperme ne mobilisent pas un nombre de donneurs suffisants pour répondre aux besoins collectifs. Seuls les dons de lait maternel suscitent une adhésion sans réserves : le Lactarium Rhône-Alpes est parmi l’un des plus important de France par les quantités recueillies (9 000 litres en 2006) !
Les pionniers de l’action humanitaire
Eté 1974. Le Brésil est dévasté par une épidémie de méningite africaine. Dépassé, le gouvernement lance un appel d’aide à l’international. Charles Mérieux relève le défi. Pour répondre à l’ampleur de la demande, une usine supplémentaire est construite en urgence à Lyon. Les équipes envoyées sur place vaccinent cent millions de Brésiliens ! La flambée est enrayée . A l’époque, Médecins Sans Frontières compte 3 ans d’existence, c’est le tout début de l’ère humanitaire. Fort de l’expérience,
Charles Mérieux saisit l’importance de former des professionnels civils et militaires à l’action de terrain. Par le biais de la Fondation Mérieux , il créé Bioforce en 1983, et participe au lancement de la plateforme logistique humanitaire Bioport en 1994. En 2000, il dote Lyon du Laboratoire P4 « Jean Mérieux », soutient l’accueil du Bureau OMS pour la préparation et la réponse des pays aux épidémies et participe à la constitution du Centre Européen de Santé Humanitaire . Enfin, conscient de l’importance de la coopération civilo-militaire dans les pays en crise, il intervient pour l’implantation du GIACM à Lyon en 2001. Autre grand pionnier lyonnais de l’humanitaire, le Dr Jean-Baptiste Richardier : il découvre, dans les camps de réfugiés cambodgiens en Thaïlande, les amputés des champs de la mort Khmers. Il fabrique avec les matériaux du bord (bambou, pneus, bois, cuir, métal…) des béquilles. Handicap International est né. C’était en 1982. Depuis, l’association a été reconnue d’utilité publique et en 1997, elle reçoit le Prix Nobel de la paix. Enfin, Vétérinaires Sans Frontières démarre ses activités à Lyon pratiquement à la même période, en 1983. Au final, ce sont trois impulsions majeures qui charpentent la santé humanitaire dans l’agglomération. D’autres s’inscriront dans la lignée : Médecins du Monde, Biologie Sans Frontières, Homéopathes Sans Frontières, etc.
Là-bas si j’y suis
Cap sur la solidarité internationale. Les initiatives humanitaires des années 80 ouvrent la voie à une volonté de « changer le monde ». Avec la globalisation, l’ « ailleurs » n’est d’ailleurs plus si loin ! C’est le temps du sacre de la solidarité médiatique (téléthon, tsunami…). Face au phénomène de complexification du monde, nombreux sont ceux qui décident de donner un sens à leur vie à travers la solidarité. La notion de citoyen du monde fait ses premiers pas. Exemple, le CADR invite tout un chacun à découvrir ses actions lors du Village de la Solidarité Internationale (23-24 nov). L’engagement se fait à géométrie variable : certains organisent des manifestations « au profit de », comme Solidarité Bénin, la Foire de Pollionnay (2 sept), de Ville en Ville (20 sept- 1er oct), qui vend des produits de différentes villes du monde au profit de l’aide médicale en Afrique, ou encore le Salon des vins et de l’étiquette, au profit d’actions de solidarité au Burkina-Faso (24-25 nov). D’autres passent à la vitesse supérieure et se forment en tant que professionnels : Ethique et actions humanitaires (5-7 nov) ; Techniques de télécommunication pour l’humanitaire (22-23 nov) ; humanitaire et coopération civilo-militaire (26- 30 nov). Enfin, la frontière entre humanitaire et médical est parfois très ténue, comme le montre le 26ème congrès franco-maghrébin de psychiatrie « migration et santé mentale » (16- 17 nov). L’occasion de se rappeler que faire de l’humanitaire à l’autre bout de la planète, c’est bien, mieux accueillir les étrangers localement , c’est bien aussi !
Tout le monde s’y met !
Renforcer le Pôle de santé humanitaire, une carte à jouer pour la métropole ? En tout cas, chacun y va de son initiative. Les HCL jouent sur deux tableaux. Ici, leurs domaines privés leur permettent de mener une politique d’hébergement social et solidaire . Là-bas, la mission Relations Internationales passe des conventions hospitalières avec les pays ayant un lien historique avec l’institution. Les projets de partenariat se font aussi à l’aulne individuelle, de professeur à professeur : une dizaine de conventions hospitalo-universitaires sont épaulées par la Région Rhône-Alpes. Les collectivités locales ne sont pas en reste : grâce à la loi de décentralisation de 1992, elle sont autorisées à « conclure des conventions avec des collectivités territoriales étrangères ». Et elles ne s’en privent pas ! La coopération décentralisée a pris de l’ampleur en 2005 avec l’adoption de la loi Oudin qui donne la possibilité aux agences et services publics de l’eau de consacrer jusqu’à 1% de leur budget de fonctionnement à une politique de solidarité à l’égard des pays du Sud. Bingo ! Le Grand Lyon et Véolia montent « Le Fonds de solidarité et de développement pour l’eau » qui portent des projets de forages, d’adduction et d’évacuation des eaux usées dans des communes partenaires d’Afrique et de pays de l’Est. Lyon accueille aussi depuis 2005 l’un des 12 CIFAL, Centre associé de l’UNITAR répartis dans le monde. L’objectif ? Renforcer les capacités de management des acteurs locaux dans le champ de la santé publique et du développement durable. Resacoop est également là pour donner un coup de pouce aux acteurs impliqués dans la solidarité internationale . Enfin, cerise sur le gâteau, Lyonbiopôle se dote l’année prochaine d’un volet humanitaire avec le projet GABRIEL, destiné à renforcer les systèmes de surveillance épidémiologique des pays en développement. La force du pôle de santé humanitaire lyonnais ? S’appuyer sur un centre d’excellence mondial en vaccin et diagnostic.