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EMBLÈMES : GROS PLANS
 
 
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Lyon, berceau des textiles de demain


L’été arrive, la chaleur sera peut-être caniculaire.

Références(s) : Agenda métropolitain Lyon - Saint Etienne /Eté 2007
Auteur : Émile Hooge, Geoffroy Bing

Chaque saison, le réseau de veille Lyon - Saint Etienne décrypte les dynamiques métropolitaines à travers quatre Gros Plans.   

Imaginez des vêtements capables de vous rafraîchir ou d’anticiper votre déshydratation. Imaginez une combinaison capable de se durcir instantanément en cas de choc ou un tee-shirt capable d’activer votre circulation sanguine, de faire baisser votre stress ou votre fièvre ! Les textiles de demain seront bioactifs, communicants, « intelligents », interactifs ou adaptatifs, un ensemble de fonctions qui laissent présager de la richesse des mutations en cours. Hier à l’étatde prototype, nombreux sont les textiles techniques utilisés aujourd’hui par les professionnels (de la santé, du bâtiment, de l’agriculture, de l’automobile, etc.) ou vendus au grand public dans les magasins de sport, de jardinage ou les grandes surfaces spécialisées de l’habitat. Alors que la production textile de masse dans la région est probablement révolue, l’heure est à l’innovation, la différenciation et à la création de valeur ajoutée. On assiste alors à un repositionnement des entreprises sur des marchés de niches, sur des activités créatives ou sur de la haute technologie, en amont de la chaîne de valeur. Aujourd’hui, les entreprises, laboratoires et institutionnels de la région lyonnaise s’organisent pour relever les défis d’une industrie en pleine mutation.

La métropole au cœur d’une nouvelle « révolution technologique »
Pour tenter d’arrêter l’hémorragie des délocalisations et le déclin de l’industrie textile régionale, on assiste à un double mouvement : le secteur de l’habillement se recentre sur les produits de luxe (Brochier, Prelle, Rozier) et, en même temps, une nouvelle branche de textiles techniques et fonctionnels émerge avec des taux de croissance à deux chiffres depuis quelques années. Il s’agit de nouveaux matériaux textiles, toujours réalisés à partir de l’assemblage de fils ou de fibres, mais qui répondent à des exigences techniques et qualitatives élevées. Les uns sont prioritairementdestinés à l’industrie (les textiles techniques), les autres à l’habillement ou à l’usage domestique (les textiles fonctionnels).

Si l’on regarde l’histoire de l’industrie textile de Rhône-Alpes de plus près, on s’aperçoit que la région a été le foyer de deux grandes vagues d’innovation successives. Il y a eu tout d’abord l’industrialisation et la mécanisation qui ont bouleversé la filière textile-habillement au début du 19è siècle : l’invention en 1804 par le lyonnais Joseph-Marie Jacquard de la machine à tisser qui porte son nom a permis une production mécanisée de tissus en soie et causé par ailleurs un mouvement de protestation sociale sans précédent. Ensuite, au milieu du 19è siècle, la chimie a fait irruption dans l’univers du textile et a donné naissance à des fibres de synthèse (rôle du Comte de Chardonnet) de plus en plus performantes (polyamides, polyester, polyacryliques, etc.), ancêtres des textiles techniques d’aujourd’hui. Ce croisement fécond entre deux des industries fortes de la région a ouvert la voie à un formidabledéveloppement économique et technologique.

Ne serions-nous pas, en ce début de 21e siècle, à l’aube d’une troisième vague d’innovation dans le textile ? Les promesses des TIC et des sciences de l’infiniment petit (nanotechnologies et biotechnologies) laissent à penser que si. L’apport de ces nouvelles technologies permet de remodeler les fibres au niveau de la molécule ou de l’atome, voire de les hybrider avec des matériaux de toute nature et ainsi de donner naissance à de nouveaux textiles avec de nouvelles fonctions, répondant à des exigences techniques et qualitatives de plus en plus élevées et dotés de performances mécaniques, thermiques, électriques ou chimiques hors du commun.
Tout comme la chimie est venue bouleverser l’industrie du tissage de la soie au 19è siècle, ces nouvelles technologies viennent aujourd’hui enrichir le textile d’aujourd’hui en lui adjoignant de nouvelles fonctions et de nouvelles propriétés. Les entreprises de la métropole lyonnaise sont au cœur de cette révolution technologique et forment même le fer de lance de l’innovation dans l’industrie textile aujourd’hui. Héritières de la rubanerie stéphanoise ou de la soierie lyonnaise, elles ont une position de leadership à l’échelle mondiale : Thuasne pour les textiles santé, Boldoduc pour les textiles techniques et fonctionnels et Porcher Industries, pour les tissus de verre, de carbone et d’aramide. D’autres entreprises plus récentes comme MDB Texinov (expert dans les agrotextiles et géotextiles) ou Ferrari (fabricants de membranes et textiles composites) sont à l’origine d’avancées technologiques importantes et développent des nouvelles applications en expérimentant des croisements de technologies avec des fibres nouvelles ou traditionnelles pour mettre au point des tissus toujours plus performants.

Des textiles nouveaux mais pour quelles applications ?
Les secteurs de la santé et de l’hygiène sont certainement des secteurs qui promettent des innovations spectaculaires. Au croisement des biotechnologies et du textile, nous pouvons déjà trouver sur le marché des tissus anti-acariens, anti-microbes, anti-moustiques utilisés dans les hôpitaux. Le pôle de compétitivité Techtera a d’ailleurs déposé un dossier visant à mettre au point un matériau de protection contre les maladies nosocomiales et auquel seront associées les facultés de pharmacie et de médecine. Grâce à un système de micro-capsules, les textiles-médicaments ou «  texticaments » pourront bientôt dégager des produits actifs ou pharmacologiques en tout genre. Ils seront capables de faire baisser la fièvre ou le stress grâce à la libération de molécules actives. Les malades n’auront plus besoin de rester à l’hôpital mais pourront s’auto-surveiller grâce à des textiles suffisamment « intelligents » pour informer le malade de son état de santé en temps réel et prévenir les malaises. Ces textiles auront un impact évident sur la gestion des lits d’hôpital et l’assistance médicale. Dans l’habitat, du revêtement détecteur de mouvement, à la moquette sonore en passant par le brise vent, le pare soleil, l’écran thermique ou antibruit, le filtre UV ou infra rouge, les textiles de demain continueront à rendre les lieux d’habitation de plus en plus accueillants et interactifs pour l’homme. Grâce aux progrès des nanotechnologies intégrées dans les tissus, les nanofibres, nanoparticules, ou nanocomposants, permettront de créer des produits aux propriétés révolutionnaires : ils pourront s’auto-réparer et s’entretenir sans problème, changer de couleurs, de forme ou de texture, et accrocher les teintures ou les principes actifs.

L’industrie créative commence elle aussi à se saisir des nouvelles applications permises par les textiles techniques comme l’illustre une récente création du soyeux Cédric Brochier qui, en partenariat avec France Telecom, a mis au point une robe de mariée intégrant un écran brodé de fibres optiques capable d’afficher des messages envoyés par mail ou téléphone ! En outre, en partenariat avec l’Union des Industries Textiles, le pôle de compétitivité Techtera  travaille aujourd’hui au montage d’une action collective entre le secteur des industries créatives (comme la mode) et celui des textiles techniques. « En effet, la valorisation de la marque se fait bien dans l’habillement mais peu dans le textile technique et on souhaiterait qu’il y ait plus d’échanges là-dessus. Inversement, le textile technique peut également se doter d’une finalité esthétique. Hermès travaille aussi sur des matériaux très techniques ! », nous indique Corinne Farace, Déléguée Générale de Techtera . Hermès est d’ailleurs partie prenante de Techtera.

Ainsi, la révolution du textile sera particulièrement visible pour tout un chacun dans le domaine de l’habillement, de l’habitat ou de la santé. Mais de nombreux autres secteurs sont aussi concernés : l’agriculture, l’aéronautique, l’automobile, les transports, l’emballage ou les sports et loisirs. Comme nous le rappelle Jacques-Hervé Levy de l’Institut Français du Textile Habillement , « le premier textilien de France s’appelle Michelin ! » . De même, nous sommes souvent loin de penser que les supports des circuits intégrés de nos téléphones portables sont faits à partir de fibres de verre tissés ! Un des projets de Techtera, « Univerre », vise d’ailleurs à encourager les applicat ions que promet le travail de la fibre de verre qui trouveront des débouchés dans l’électronique ou l’isolation thermique. Par ailleurs, des entreprises comme Diatex implantée dans la région fournit le secteur de l’aéronautique en matériaux textiles résistants et légers. « Aujourd’hui, la grande majorité des avions 2-3 places sont faits en textile ! » déclare son PDG, M. Gouthez . Les textiles techniques s’ouvrent ainsi à un vaste champ d’applications. C’est aussi ce qui les rend difficilement visibles car ils sont le plus souvent intégrés à d’autres matériaux et employés comme semiproduits au sein d’une multitude de secteurs d’activités. Par conséquent, comme le soulève Agnès Elisabelar, Chef de Marché International à l’Espace Textile, « un des enjeux pour cette industrie est de réussir à innerver le plus de secteurs possibles en mettant en avant son savoir-faire au service des autres industries ». La maîtrise du verre et des fibres synthétiques par exemple est un savoir-faire que les industries de l’aéronautique ou de l’automobile ne peuvent pas avoir en interne. Les professionnels de l’industrie, de la santé, de l’agriculture du sport ou des transports sont donc les premiers concernés par la mise au point de ces textiles performants. Ces derniers contribuent soit à l’amélioration de procédés de fabrication, soit directement à la fonctionnalité et à la performance du produit à destination du consommateur. Comment renforcer l’avantage compétitif de la région dans ce secteur ?
La très forte croissance de l’industrie des textiles techniques dans la région Rhône-Alpes semble en effet prouver que les acteurs locaux sont à l’avant-garde de l’innovation. Rhône- Alpes concentre aujourd’hui 65% de la productionfrançaise de textiles techniques, accueille la plus forte concentration de PME/PMI spécialisées dans le textile technique, ce qui représente environ 10  000 emplois. Son savoir-faire historique dans le tissage des fils longs et fins ainsi que la puissance de sa chimie lui confèrent indéniablement une longueur d’avance par rapport aux autres régions. En outre, toute la filière y est représentée : des producteurs de matières premières, de fibres et de fils, aux fabricants de textiles de tous types (tisseurs, tricoteurs, tresseurs, ennoblisseurs, enducteurs, imprégnateurs, adhérisateurs) et de tous formats (tissés, non tissés, tricots et mailles, tressages, textile 3D, composites à renfort textile), ainsi que les fabricants de machines spéciales pour textiles techniques . Pour Agnès Elisabelar de l’Espace Textile , « cette concentration d’acteurs en Rhône-Alpes permet une émulation multi-disciplinaire etmulti-sectorielle qui favorise la capacité de la région à se remettre en question ». Un atout indéniable pour rebondir sur la crise du secteur de l’habillement et se situer à la pointe del’innovation. C’est d’ailleurs sur cette qualité du tissu régional que s’est construit le pôle de compétitivité Techtera. Présidé par Jean-Charles Potelle, PDG de Boldoduc, Techtera consacre ses efforts aux projets innovants susceptibles de trouver une application industrielle dans les prochaines années. Les institutions pilotes spécialisées dans le textile telles que l’Institut Français du Textile-Habillement (IFTH), la prestigieuse école de chimie et de textile (ITECH) , ou l’Espace Textile dévolu à l’aide à l’internationalisation des entreprises textile de la région, ainsi que l’Unitex (Union Inter-Entreprises Textile)  y jouent un rôle direct d’animation, de formation et de mise en réseau. Une soixantaine d’entreprises sont aujourd’hui adhérentes à Techtera dont 5/6è sont des PME/PMI. L’innovation continue est au cœur de leurs priorités ; elle est même une nécessité pour que l’industrie régionale reste compétitive. Aussi, la stratégie de la plupart des entreprises de textile technique consiste à se positionner sur des marchés de niches et dans la production de produits textiles à forte valeur ajoutée : « Le marché de la grande série, quelque soit le marché (l’habillement, la lingerie, l’automobile, etc.), est voué inexorablement à être délocalisé. Dès lors que votre produit atteint des volumes à peu près honorables, la concurrence s’en empare et il faut passer à autre chose », constate M. Tiberghien, PDG de la société Alpex. Techtera a pris acte de ces enjeux en mettant sur pied récemment l’incubateur (Incubatech) situé à l’IFTH et dont l’objectif est de réduire au maximum le temps et le coût de lancement des nouveaux projets. Afin de multiplier les fertilisations croisées, Techtera établit d’étroites relations avec Sporaltec pour le développement des textiles de sport, avec Minalogic à Grenoble pour le développement des textiles « intelligents  » ou avec Plastipolis dans l’Ain pour le développement de nouvelles fibres synthétiques. Les fibres et les textiles de demain seront au carrefour de ces technologies. Les textiles à venir seront le fruit d’une réorganisation des forces productives locales guidées par la course à l’innovation. De l’état de prototype au positionnement sur des marchés de niches, certains iront jusqu'à la phase de production de masse. Si les chances sont faibles de voir cette dernière se réaliser dans notre région, l’enjeu pour notre territoire est de conserver la maîtrise de sa genèse, à travers nos capacités de recherche et d’innovation. La variété des croisements de la filière des textiles techniques avec d’autres filières constitue alors le principal ressort de l’innovation. Ces croisements sont déjà effectifs avec l’industrie de la santé, du sport, de l’habitat ou de l’automobile. Ils sont également de plus en plus à l’ordre du jour avec l’industrie de la mode qui peut trouver, dans l’alliance de la fonctionnalité et de l’esthétisme, de nouvelles sources de créativité. Dans tous les cas, ils sont annonciateurs de nouveaux produits, de nouvelles applications et bientôt, de nouveaux marchés.



 


 



... sur millenaire3
> Unitex (Union inter-entreprises textile Lyon et Région) (Acteurs)

> Institut Chimique et Textile de Lyon (Institutions)

> Espace Textile (Acteurs)

> Newtex-cluster (Sites)

> Institut Français du Textile et de l'Habillement (IFTH) (Acteurs)

> Le comte de CHARDONNET (1839-1924) (Synthèses)

> Philippe GOUTHEZ : "En 1986, lorsque j’ai lancé mon activité, l’habillement marchait très bien et on n’entendait pas parler de textile technique. Nous étions les parents pauvres de l’industrie textile" (Interviews)

> Hervé TIBERGHIEN : "Le marché de la grande série, quelque soit le marché (lingerie, automobile, bâtiment, etc.) est voué inexorablement à être délocalisé. Seules les niches subsisteront dans notre pays" (Interviews)

> Corinne FARACE : "Techtera joue la carte des croisements et des synergies entre les filières qui sont la la clé de la réussite en permettant de rester innovant !"." (Interviews)

> Agnès ELISABELAR "Cette concentration d’acteurs en Rhône-Alpes permet une émulation multi-disciplinaire et multi-sectorielle qui favorisent la capacité de la région à se remettre en question" (Interviews)

> Jacques-Hervé LEVY : "On part en général du produit et pas de l’entreprise : mais le meilleur produit du monde, s’il ne rencontre pas son marché, il ne sert à rien" (Interviews)


Fiche actualisée le : 02/05/2007
 
Fiche indéxée dans :
Société » Vie économique »» Fonctions métropolitaines, rayonnement et attractivité
Société » Vie économique »» Animation économique et compétitivité des entreprises
Politiques » Développement économique »» Métropole compétitive
Metropole » Questions Stratégiques »» Excellence métropolitaine
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