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SOLIDARITÉ / HUMANITAIRE : GROS PLANS
 
 
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Les jeunes des années 2000 dessineraient-ils un nouveau type d'engagement solidaire ?


Les jeunes et l'engagement

Références(s) : Agenda métropolitain Lyon - Saint Etienne / Hiver 2005.
Auteur : Catherine Panassier

Chaque saison, le réseau de veille Lyon - Saint Etienne décrypte les dynamiques métropolitaines à travers quatre Gros Plans.
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L’individualisme est une caractéristique majeure de la société actuelle. Cette magnifique conquête de l’homme moderne, en quête de liberté et d’autonomie, remettrait-elle en cause les valeurs de fraternité et de solidarité ? Serait-elle en train d’ébranler sérieusement les fondations de notre vivre ensemble ? La tendance, aujourd’hui, est d’associer uniquement l’individualisme au repli sur soi et à l’égoïsme. Dans ce contexte, les jeunes semblent être à la pointe de l’individualisme contemporain. Ils sont même souvent perçus comme de véritables primates égoïstes noyés dans une société de consommation. Pourtant, la réalité est plus complexe.
La multiplicité des gestes de solidarité en période de fin d’année nous démontre que la solidarité s’exprime toujours. Cependant, elle prend de nouvelles formes et les jeunes pourraient se révéler être les initiateurs de nouvelles voies d’engagement solidaire.
Nous avons voulu en savoir plus. Aussi, nous avons consulté différentes associations locales qui accueillent de nombreux bénévoles. Et avons largement questionné l’Association de la Fondation Etudiante pour la Ville (AFEV) qui vient de conclure une étude sur ce thème.


L’hiver : une saison qui révèle l’importance des gestes de solidarité
Traditionnellement les fêtes de fin d’année, dans notre société ancrée dans une culture judéo-chrétienne, nous renvoient aux principes de charité et de solidarité. Les personnes sans domicile, pour qui lesmois d’hiver sont particulièrement difficiles, font l’objet d’attentions particulières.
Ainsi, la solidarité s’exprime particulièrement en cette saison à travers différentes opérations à l’exemple de la grande brocante de solidarité
du Foyer Notre-Dame des Sans-Abri  , des trois jours de l’Entraide Protestante ou du thé brocante de l’Armée du Salut . Le Téléthon , la semaine nationale de la solidarité internationale  et le forum des associations humanitaires  donnent une dimension nationale et internationale à cet élan de solidarité.
C’est aussi le temps de lancement du dispositif « Plan Froid » qui vise à renforcer l’accueil des personnes sans domicile fixe  et de la campagne
des Restos du cœur .
De nombreux temps de fête et de partage s’organisent.
Les animations du 8 décembre en marquent le commencement. Les différents repas et réveillons de Noël des Restos du cœur, de la maison du citoyen , du Foyer Notre-Dame des Sans-Abri, des petits frères des
Pauvres
, de l’Armée du Salut ou du Secours populaire, en montrent l’importance.
Les opérations comme le marché de Noël ou lesdécos du cœur  participent pleinement de cette dynamique.
Ainsi l’hiver met-il en lumière l’importance des gestes de solidarité qui s’expriment au travers de nombreuses associations qui, tout au long de
l’année, oeuvrent en faveur des plus démunis.


Les jeunes, seraient-ils en dehors de ces mouvements solidaires ?
Derrière toutes ces actions de solidarité, il y a des hommes et des femmes qui donnent de l’énergie et du temps, qui s’engagent. Les jeunes, largement perçus comme égoïstes et repliés sur eux-mêmes sont-ils absents de ces
dynamiques ?


Une étude de l’AFEV riche d’enseignements
Une récente étude sur l’engagement des jeunes investis dans les actions de l’AFEV  révèle en fait que ces derniers seraient plutôt capables de conjuguer, à travers de nouveaux types d’engagement. Les notions de solidarité et d’individualisme L’AFEV, Association de la Fondation Etudiante pour la Ville, a pour mission de favoriser l’implication d’étudiants bénévoles dans le cadre
d’actions de solidarité auprès d’enfants et adolescents en difficulté dans les quartiers « politique de la ville ». En France, ce sont plus de 5000 bénévoles étudiants dont 500 en Rhône-Alpes qui, à raison de deux heures par semaine, mènent une action d’accompagnement dans les domaines de l’éducation, la prévention, l’action sociale, l’insertion professionnelle, la santé, l’illettrisme…


Les jeunes s’investissent dans leur action surtout en tant qu’individus
Ils ont, pour une part importante, connu antérieurement des expériences d’implication et de prise de responsabilités collectives. Nombre d’entre eux ont été délégués de classe durant leur scolarité. Mais la majorité s’engage pour la première fois. 40% de ces jeunes bénévoles étudient les sciences humaines et 15 % les sciences. Plus de la moitié est proche d’une tendance
politique et 41% d’une tendance religieuse. Ils se sentent citoyens et vont très largement voter. Ils s’identifient peu comme membres d’un corps qui défendrait une cause collective. 6% seulement se disent militants contre 33% volontaires et 61 % bénévoles. Ils sont avant tout motivés pour réaliser concrètement un acte de solidarité et non pour occuper une place
dans un conseil d’administration ou œuvrer pour l’intérêt général. Les étudiants s’engagent dans des actions où ils interviennent individuellement, où ils mettent en œuvre leurs qualités personnelles.



Leur engagement est pluriel et circonstancié
En effet, une majorité d’entre eux sont bénévoles voire membres de plusieurs associations et choisissent les modalités de leur investissement,
de sa durée, de son lieu et de son contenu. Leur engagement relève d’une éthique de la responsabilité dans le sens où chaque individu,
plutôt que le groupe, se sent responsable de ses propres actes.
Ils s’engagent à l’AFEV car l’association porte leurs idées et leurs valeurs, leur permet d’être utile et reconnu et parce qu’elle leur offre un
cadre clair et structuré.
Ainsi, les étudiants qui s’engagent à l’AFEV semblent davantage motivés pour agir directement avec leurs qualités et compétences qu’en faisant confiance à la parole d’autrui pour tenter de faire évoluer la société. D’autres associations lyonnaises partagent le même constat.
Pour France Géry, secrétaire générale des Restos du cœur du Rhône, il ne faut pas dénigrer cette jeunesse. Fils de parents qui ont perdu leurs illusions, ils sont réalistes, conscients d’être privilégiés et que personne
n’est à l’abri : « Chaque année, je suis stupéfaite de la richesse de l’engagement des collégiens et des lycéens qui organisent des collectes dans leur établissement. Les étudiants bénévoles qui s’engagent sur une campagne, partagent vraiment un sentiment de solidarité ». Sébastien Guth, permanent au Foyer Notre-Dame des Sans-Abri confirme ces propos : « Au Foyer, nous accueillons des personnes en très grande précarité et les accompagner n’est pas toujours facile. Les jeunes qui s’investissent choisissent de préférence d’aider les enfants au travers des activités de soutien scolaire. Sensibles à la souffrance des personnes en grande précarité, ils sont motivés par l’action concrète ».


Un véritable appétit de rencontres hors de leur environnement quotidien
Christophe Kedzia, Directeur de l’association des petits frères des Pauvres insiste sur l’importance de la relation directe entre le jeune et la personne à qui il apporte de l’aide. « Depuis la canicule de 2003, on a noté une réelle prise de conscience, chez les jeunes, de l’isolement des personnes âgées. Ces derniers manifestent leur volonté de bénévolat par le souhait d’instaurer
une relation forte et constructive avec les personnes âgées. Ils sont en quête de relations intergénérationnelles et d’actions solidaires. Je les trouve extrêmement responsables et faisant preuve d’une grande capacité d’adaptation. »
Élodie Dargaud, Présidente 2004/2005 du Génépi, pointe également cette quête de relation. « Les jeunes qui s’engagent dans notre action en faveur de la réinsertion sociale des détenus sont principalement motivés par la
volonté de rencontrer et d’aider des personnes qu’ils ne côtoient pas dans leur quotidien. Leur souhait d’accompagner concrètement une personne
et de mieux comprendre le milieu difficile de la détention démontrent leur esprit d’ouverture et de tolérance. Néanmoins, par rapport à leurs aînés, ils sont sans vive colère envers les institutions et moins intéressés à
s’engager dans des actions de sensibilisation de l’opinion publique aux réalités de la détention.»


Regain de l’envie d’être utile et du désir d’engagement
Jérôme Colrat, Directeur régional d’Unis-Cité souligne le désir d’engagement des jeunes : « A Unis-Cité, nous faisons au quotidien l’expérience d’une forte mobilisation et d’une grande générosité de leur part. Nous recevons dix fois plus de demandes de jeunes pour effectuer un
service volontaire. Il y a sans doute un décalage aujourd’hui entre le désir d’engagement de la jeunesse et les offres proposées. Il y a là une vraie réflexion de société à mener sur comment faire coïncider ce besoin et ce désir d’engagement. Pour sa part, Guillaume Bert, Permanent
départemental des Eclaireurs et Eclaireuses de France  insiste sur le regain de l’envie d’être utile : « Les jeunes s’engagent différemment.
Notre société de consommation laisse peu de place et de possibilité aux jeunes qui souhaitent s’engager bénévolement. Les jeunes s’engagent davantage sur du cours terme et sur des projets clairement identifiés, à
vocation sociale ou humanitaire. Toutefois, il semble qu’il y a aujourd’hui un regain de l’envie des jeunes d’être utiles et d’être partenaires et associés à la construction de notre société de demain . »
Autre époque, autre jeunesse : les jeunes des années 2000 inventent l’enagement à la carte Ainsi, différents responsables associatifs lyonnais
s’accordent pour dire que les jeunes n’ont pas désinvesti l’engagement solidaire. Guillaume Houzel, Président du Conseil de l’Observatoire de la Vie Etudiante, confirme que la solidarité est sans conteste la première
valeur à laquelle se réfèrent les jeunes bénévoles; la première nature du bénévolat est de se tourner vers d’autres, de leur consacrer de l’attention et du temps. L’engagement est donc toujours une affaire de valeur. Les jeunes
sont à l’initiative de nouveaux modes d’expression de solidarité en phase avec la société d’aujourd’hui. Ils sont modernes.
Les jeunes bénévoles souhaitent agir en s’épanouissant, et non subir des traditions qu’ils ont tendance à déplorer. Tandis que ce qui fonde une association, ce qui doit être l’objet du ralliement des adhérents est une finalité partagée, ce qui motive aujourd’hui les nouveaux bénévoles réside davantage dans l’action qu’ils conduiront eux-mêmes. L’engagement est
désormais une affaire beaucoup plus individuelle.
Selon sa personnalité, et les principes auxquels on se réfère, il est possible de participer bénévolement à des activités, mais l’association n’est plus un objectif en soi. La mode est aujourd’hui à la réalisation d’objectifs plus personnels. Nous sommes dans une logique de contractualisation où l’association offre un cadre à l’action personnelle du bénévole qui
apporte disponibilité et compétence.


L’esprit du temps est à la personalité multiple
Pour Michel Maffesoli, le terme d’individualisme est une impertinence au sens scientifique du terme. « Nous continuons à vouloir penser le monde à travers nos vieux schémas. L’individualisme, c’est l’idéologie du XIXè siècle
qui a marqué le XXè de son empreinte jusqu’aux années 60. Aujourd’hui, nous sommes dans un tout autre moment. Il suffit de regarder le comportement des jeunes, qui multiplient les rassemblements et recherchent à éprouver des émotions ensemble. » Dans la métropole lyonnaise, ces rassemblements prennent cet hiver la forme des rencontres Rap/hip-hop.
« Magnitude 39 » de Villeurbanne, du championnat du monde de streetboard de Lyon, du 10e bicross indoor de Saint-Étienne ou encore de la grande fête du football où autour du joueur lyonnais Juninho, jeunes lyonnais et
jeunes des favelas brésiliennes se retrouveront pour un tournoi de Noël.
« On n’existe que par et sous le regard de l’autre. C’est le blog, la téléréalité… C’est le contraire de l’individualisme : l’esprit du temps
est à la persona multiple. Or, ce décalage entre le dit et le vécu est un drame car c’est dans ces interstices que vont se nicher les vieux réflexes
de xénophobie et de repli sur soi. »



Solidarité et individualisme, deux notions pas forcément antinomiques
Robert Putnam , Professeur en sciences politiques à l’université d’Harvard et spécialiste de la cohésion sociale dans les sociétés modernes porte un certain regard sur l’individualisme :
« L’individualisme signifie que chacun se préoccupe de la valeur morale de chaque individu et fait attention à sa propre liberté tout comme à celle des autres. Il implique une certaine tolérance des autres. Et il n’est pas incompatible avec les réseaux sociaux. Au contraire ! Les études montrent que les personnes les plus engagées dans la vie civique et sociale sont
aussi les plus tolérantes. Ce n’est que si l’individualisme est exaspéré et égoïste qu’il grignote le capital social d’une société. »


Les jeunes ouvrent la voie à l’expression de nouvelles formes de solidarité. Nous ne sommes plus au temps des trente glorieuses où les grandes associations, les syndicats et les partis politiques mobilisaient leurs membres dans une communauté d’intérêt autour d’une finalité générale. Aujourd’hui l’engagement se construit autour d’actes concrets où bénévoles
et bénéficiaires trouvent un intérêt particulier ou une possibilité de développement personnel.
Et si ces nouveaux modes d’engagement des jeunes révélaient aussi ceux des nouveaux bénévoles en général et celui des jeunes retraités
en particulier ? Sans vouloir idéaliser notre vivre ensemble, la multitude de micro initiatives comme la création de quelques 70 000 nouvelles associations en 2004, n’opposent-elles pas un démenti à la représentation commune d’une société caractérisée par l’indifférence etle repli sur soi ?


 



... sur millenaire3
> Association de la Fondation Etudiante pour la Ville (AFEV) (Acteurs)

> Le Foyer Notre-Dame des Sans-Abri (Acteurs)

> Les Trois jours de l'Entraide (Evènements récurrents)

> Téléthon (Evènements récurrents)

> Semaine de la Solidarité Internationale (Evènements récurrents)

> Forum des associations humanitaires (Evènements récurrents)

> Réveillons de Noël à la Maison du Citoyen de Villeurbanne. (Evènements récurrents)

> Les petits frères des pauvres (Acteurs)

> L’Armée du Salut (Acteurs)

> Fédération du Rhône du Secours populaire français (Acteurs)

> Marché de Noël de Lyon (Evènements récurrents)

> Les Décos du Cœur (Evènements récurrents)


Fiche actualisée le : 17/01/2006
 
Fiche indéxée dans :
Société » Cohésion sociale »» Solidarité / Humanitaire
 
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