La souffrance psychique d’origine sociale est aujourd’hui vécue par un si grand nombre de personnes qu’elle devient un problème collectif. Elle dépasse les seules compétences du secteur de la psychiatrie et s’impose de fait aux élus locaux.
Cette préoccupation a conduit différents élus, notamment de notre agglomération, à participer à un séminaire de recherche-action organisé par la DIV, l’ONSMP et l’ORSPERE en 2003-2004 sur le thème “Les maires et les élus locaux dans la nouvelle donne de la santé mentale”.
Ce rapport est issu de ce séminaire. Il explore une dimension encore mal connue de l’action des élus et met en lumière les rapports intimes entre système politique et santé mentale.
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Travailler avec des élus locaux métamorphose l’espace de la santé mentale qui s’étend, dès lors, au-delà des lieux de soin et des partenariats où se déploient les praticiens de la psychiatrie publique et du travail social ; au-delà, mais avec eux, s’il y a lieu.
C’est à partir de leur malaise devant la souffrance psychosociale que les maires et les adjoints ont été humainement sollicités dans leurs responsabilités, sans dolorisme ni masochisme, mais avec des conclusions précises sur ce que doit être une gouvernance locale : ils ont à exercer un pouvoir (non tout-puissant) d’interpellation, de convocation, de régulation, de médiation et d’élaboration en ce qui concerne les situations, les réseaux et les initiatives de santé mentale.
Une préoccupation politique de santé mentale devient alors manifeste sur le terrain des pratiques, polarisant un champ où des individus - citoyens vivent avec d’autres individus -citoyens d’une manière satisfaisante ou désastreuse. Ainsi, le souci de santé mentale, envisagé de cette manière, est-il bien d’essence éthique et politique : il s’exprime par des actions concrètes, et son absence devient calamiteuse dans un monde contemporain où le local, le national et la mondialisation ne font pas nécessairement bon ménage.
Pour le dire autrement, l’élu municipal détient l’une des clefs de la cohésion sociale. En ce domaine, la santé mentale, au sens plein de ce terme, a une incidence directe sur le bien vivre ensemble, ce qui légitime la préoccupation active des élus.
Sommaire
> INTRODUCTION ET GENEALOGIE DU SEMINAIRE
> L’INTERPELLATION DES ELUS LOCAUX
- La détresse psycho-sociale - L’urgence
> LES FIGUES DE L’ELU EN ACTION
- Les ressources des élus
- Les limites de l’intervention institutionnelle : un élu fragilisé
> LA SANTE MENTALE, UN OBJET LEGITIME DES POLITIQUES LOCALES
- La légitimité de l’élu à agir
- Une position stratégique
> CONCLUSIONS
> BIBLIOGRAPHIE