Fiche de lecture de Laure Bornarel pour Millénaire3.
Résumé : Partant du constat qu'un français sur deux a recours aujourd'hui à une médecine "différente", J-M Abgrall tente d'expliquer les raisons de cet engouement de masse à travers un rappel historique de l'évolution des médecines parallèles. Il oppose l'approche symptomatique et technicienne de la médecine allopathique à l'approche holistique et individualisée des médecines alternatives. Après les avoir baptisées "patamédecines", une expression tirée de la "pataphysique" d'Alfred Jarry, à savoir, la science des solutions imaginaires, J-M Abgrall passe alors en revue l'ensemble des médecines parallèles, des plus connues (homéopathie, acupuncture, ostéopathie...) aux plus surprenantes (thérapie par le gui, télé-thérapie...).
Il démontre l'inefficacité voire la nocivité de chacune d'entre elles et s'attaque aux risques de dérives du domaine psychitrique. La santé alternative est ensuite présentée comme l'un des terrains de prédilection des sectes. S'appuyant sur des descriptions de théories médicales sectaires, J-M Abgrall dénonce, en particulier, leur prétention à l'exclusivité de la guérison, privant ainsi des malades du secours d'autres thérapeutiques éprouvées. Il termine par un bilan des liens existants entre médecins, médecines alternatives et sectes, en rappelant la position de l'Ordre des Médecins.
L'auteur : Médecin psychiatre et criminologue, Jean-Marie Abgrall est membre de l'Observatoire interministériel des Sectes et expert auprès des tribunaux. Il est également auteur du livre "la mécanique des sectes" (Payot, 1996).
Analyse : Un auteur qui, indéniablement, a une bonne connaissance des théories et fonctionnement sectaires...et une opinion toute personnelle sur les médecines non-conventionnelles. En introduction, J-M Abgrall précise que "touts les praticiens de médecines parallèles ne sont pas des recruteurs au service des sectes", malgré "le combat quotidien qu'ils mènent contre la rationalité". Une précaution qui se révèle utile, car l'équation thérapeute alternatif = charlatan tend à être induite par le reste de la lecture. Le Dr Abgrall réfute une quelconque efficacité des médecines non-conventionnelles, qui sont décrites, au mieux, comme des placebos faisant perdre du temps au malade "qui voit s'éloigner ainsi une chance de guérison", et, au pire, comme dangereuses.
Les thérapies les plus sérieuses et reconnues sont alignées au même niveau que les plus farfelues. Les assertions de J-M Abgrall sont émaillées d'extraits d'articles ou d'ouvrages d'auteurs partageant son optique, ou, au contraire, illustrées par des présentations d'idéologies de sectes utilisant lesdites thérapies, invitant ainsi le lecteur à faire l'amalgame entre les deux. Les références à de véritables études médicales ou travaux de recherche sont rares, voire inexistantes. La technique de démonstration employée se révèle, somme toute, peu scientifique. Le magnétisme est, par exemple, discrédité à l'aide de deux "preuves" : une étude, menée en 1984 à l'hôpital P.Brousse de Villejuif, qui témoigne d'un meilleur taux de croissance d'un plant de radis arrosé avec de l'eau magnétisée que celui d'un plant arrosé avec de l'eau normale (une information que J-M Abgrall choisit de tourner en dérision) et le rapport d'un fait divers où un pseudo magnétiseur abuse physiquement de sa patiente en jouant de sa crudilité...Peu convaincant.
Que les sectes utilisent les médecines parallèles comme "l'une des passerelles principales de recrutement" est une chose, que l'assimilation entre thérapie alternative et processus sectaire soit suggérée en est une autre...Diaboliser toute thérapie non allopathique sans donner de critères de discernement permettant de distinguer les pratiques sérieuses des dérives dangereuses ou commerciales positionne simplement J-M Abgrall comme un adversaire du pluralisme thérapeutique. Un parti pris qui se respecte, mais qui a toute chance de rebuter en bloc les partisans des médecines non-conventionnelles. Avec le risque, au final, de faire le jeu des sectes...