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Le printemps est la saison du sport. Une affirmation brutale qui cache une réalité plus complexe. Car si le sport est plus visible à la belle saison, comme toutes les activités de plein air, il ne fait au printemps que sortir des salles, des gymnases et autres lieux d’entraînement et de compétition où il se pratique toute l’année. L’agglomération compte ainsi de très nombreux clubs associatifs qui permettent de s’initier ou de se perfectionner. Mais à quels sports, quelles pratiques et dans quelles perspectives ? S’agit-il de gagner, de se reconnaître dans une équipe, de se façonner un corps de rêve, de se confronter à soi-même, de rêver d’une carrière à la Zidane, etc. ? Les possibilités sont nombreuses parce que le sport est d’abord une pratique sociale porteuse de multiples représentations. C’est pourquoi on a choisi ici de privilégier un regard sociologique sur cette pratique et ses représentations sociales, économiques ou médiatiques.
Un territoire irrigué en profondeur
Côté sport, l’agglomération est irriguée en profondeur. Si les manifestations sportives, extrêmement nombreuses toute l’année, témoignent de la vitalité des organisateurs et des pratiquants, elles ne représentent cependant qu’une petite partie de la « vie sportive » présente dans chaque ville, chaque quartier et qui touche toutes les catégories sociales. A elle seule, la ville de Lyon compte près de 550 associations et clubs sportifs, fréquentés par 80 000 adhérents ! (Ce qui ne tient pas compte de pratiques hors club comme le jogging, le roller, la randonnée, la natation, etc.) Mais les clubs sportifs ne sont pas les seuls lieux de diffusion des sports ; l’école est l’autre grand lieu d’apprentissage, relayée par les fédérations multisports comme l’UFOLEP (Championnat régional de gymnastique artistique : 12-13 mars, Finale nationale de gymnastique rythmique sportive : 28-29 mai) et l’USEP qui occupent l’important créneau des activités sportives périscolaires. Disséminés sur tout le territoire grâce à un réseau associatif souvent formé de bénévoles, les sports n’en sont pas moins très bien structurés. Clubs locaux, comités départementaux, ligues régionales, fédérations nationales : leur organisation se fait de manière pyramidale en suivant la chaîne des délégations de la mission de service public que confie l’État à la société civile. Une pyramide dont le sommet se trouve à Paris, siège du Ministère de la jeunesse et des sports, mais également de la quasi-totalité des fédérations.
Stades, gymnases, piscines, etc. : Lyon une agglomération sous-équipée ?
Pratiquer un sport nécessite souvent un lieu adapté. On ne s’aventurera pas ici à recenser telle salle associative permettant de pratiquer le karaté et le judo ou tel terrain de tennis de quartier. A eux seuls, les grands équipements municipaux de Lyon sont près d’une centaine !
Et ce printemps, ils sont d’ailleurs nombreux à être utilisés pour des événements importants. Citons, par exemple, la piscine olympique de Vaise (Championnat de France universitaire de natation : 22-24 mars), le Palais des sports (Tournois de France junior de judo : 14-15 mai, Marathon de Lyon : 17 avril), ou l’Astrobal, à Villeurbanne (Championnat de France de taekwondo : 19-20 mars, ou les Journées de PRO A). Mentionnons également les 700 terrains de boules (places, stades de foot, etc.) requis pour l’organisation du Tournoi de Pentecôte (14-16 mai) et le stade de Gerland (matches de L1 (12 mars, 2 et 6 avril, 7 et 14 mai)).
Alors, le Grand Lyon est-il sous-équipé ? La question a récemment été soulevée à propos de la possible construction d’un second stade de 70 000 places, remplaçant celui de Gerland, d’une capacité de 40 000. Par ailleurs, si le nombre de stades, piscines, gymnases, et autres salles spécialisées est important (près de 500), il est comparativement moindre que celui des autres grandes agglomérations, notamment dans la ville-centre et dans certains secteurs périphériques comme le Nord est ou Villeurbanne. Mais, derrière la question des équipements, il y a bien sûr celle de leur financement. Aujourd’hui, il est pris en charge par les communes. Mais les grands équipements communautaires pourraient faire l’objet d’une prise en charge par le Grand Lyon. Après un premier pas vers une politique sportive d’agglomération qui consiste à participer au financement des clubs professionnels - OL, ASVEL, LOU Rugby, auxquels il est demandé, en contrepartie, de proposer des actions de formation -, le Grand Lyon réfléchit aux modalités d’une prise de compétences plus large qui lui permettrait d’attribuer des subventions à des associations organisatrices d’événements, et d’intervenir dans le financement des équipements.
De la mythologie sportive à l’histoire du sport
Clubs sportifs, équipements, pratiquants, etc., si le sport est aussi largement développé dans l’agglomération, c’est qu’il répond à une réelle demande sociale. Mais une telle demande n’est pas neutre. Elle s’inscrit dans une histoire particulière et répond à des fonctions de représentation bien précises. En matière d’histoire du sport, Lyon est pionnière. Sous l’impulsion de Pierre Arnaud, le Centre de recherche et d’innovation sur le sport (CRIS) a permis de mieux comprendre les racines du sport, son histoire, et de mettre au jour ses transformations et ses évolutions. Celles-ci sont le fait des sociétés et témoignent des valeurs que les groupes humains ont voulu assigner aux sports qui, contrairement à ce que l’on pense parfois, n’en possèdent aucune par eux-mêmes.
On trouvera une illustration de la porosité entre les valeurs d’une société et celles du sport dans la promotion des sports «nature et découverte » (Trail des cabornis : 19-20 mars, Trail des Passemontagnes : 15 mai) qui accompagne la prise de conscience sociétale de la protection de l’environnement. Ainsi le Comité national olympique et sportif français n’hésite-t-il pas, via le Conseil national des sports de nature, créé en 1998, à se positionner en faveur du développement durable en produisant un document de référence intitulé Agenda 21 du sport français. La promotion des déplacements doux contribue également à adapter le sport à un environnement urbain (vélo, course à pied, roller, etc.) et influence l’événementiel sportif (Le semi-marathon du patrimoine, la Free VTT, la free-ride du vendredi soir, etc.).
De la fonction sociale à la mission sociale
Ainsi les valeurs du sport sont-elles fortement dépendantes des valeurs de la société. Sports de compétition, sports découverte, sports collectifs, chacun se reconnaît dans un groupe et y projette les valeurs qui font son identité. On les tient pour naturelles, sans avoir conscience qu’elles ne sont que les valeurs d’une équipe, d’un groupe, ou d’une pratique particulière. Le sport devient ainsi le miroir de l’identité de ceux qui le pratiquent, comme l’illustre l’exemple de la boule lyonnaise. Derrière cette pratique, c’est en effet toute une communauté qui affiche son appartenance à un territoire et à une tradition sportive développée au 18e siècle (Le tournoi de Pentecôte : 14-16 mai). Les 12 000 licenciés de ce sport ont leur fédération nationale à Lyon, une fédération distincte de celle de la pétanque installée, elle, à Marseille. Cette identification d’un sport à un territoire, on la lit aussi dans les paroles que les supporters de Gerland connaissent bien : « Et quand Gerland s'enflamme, c'est toute la ville qui prend son âme. Et quand l'OL décolle, c'est tout Lyon qui s'envole » (matches de L1). Une volonté d’identification qui propulse le sport vers des enjeux dépassant largement le domaine strictement sportif et à l’origine de violents conflits entre supporters. Outre ce renvoi à l’identité collective, le sport représente également, dans l’imaginaire, un miroir de soimême, notamment lorsqu’il fait référence au dépassement de soi. On retrouvera cette dimension dans des pratiques extrêmes, comme les 24h de Saint Fons (9-10 avril) ou La grimpée du Mont Thou (Trail des cabornis).
Mais, parmi toutes les représentations des valeurs sportives, la plus enracinée est sans doute celle qui voudrait que le sport porte naturellement des valeurs de sociabilité. Une des conséquences de cette image est de faire du monde sportif une société miniature à l’intérieur de laquelle on pourrait s’initier aux valeurs de la société « grandeur nature ». Parce qu’il refléterait les valeurs républicaines, le sport serait un lieu d’apprentissage de ces valeurs et un moyen d’éduquer les jeunes à la citoyenneté. On veut alors confier au sport la mission de lutter contre la fragmentation sociale et on espère insuffler mixité et intégration par le biais d’animations sportives. Mais les acteurs associatifs qui réussissent à fédérer des jeunes en difficulté autour d’un projet sportif ont conscience que le sport n’est ici qu’un levier, un instrument au service d’une politique d’intégration, comme peut l’être, par exemple, la culture. Dans sa volonté d’aider les jeunes à s’intégrer, Sport dans la ville pousse les jeunes vers les métiers du sport qui devient alors une porte ouverte sur la vie professionnelle.
Métiers du sport, argent du sport ?
Ainsi le sport a également une fonction économique. Entraîneur, éducateur, animateur, etc., les métiers liés à la formation et à l’encadrement sont nombreux. Ils représentent un vrai tissu professionnel. Mais, outre ces métiers du sport, le sport lui-même peut être un métier, même si la catégorie des sportifs professionnels reste très mal définie. Par exemple, elle ne se superpose que partiellement à celle des sportifs de haut-niveau, groupe qui est, lui, très homogène dans sa définition.
Car si les sportifs des clubs professionnels sont facilement identifiables comme professionnels, il n’en va pas toujours de même pour les autres. Que dire ainsi d’un sportif pratiquant un sport amateur, mais qui tire ses revenus de son « image sportive » ? Aujourd’hui, si on sait que le Rhône compte près de 200 sportifs de haut niveau, il est impossible de savoir combien vivent du sport.
Quant au sport business, pour fascinant qu’il soit, il ne concerne que très peu de sports, exception faite du football professionnel devenu une véritable industrie. La Société de participation dans les clubs sportifs qui détient l’OL est également actionnaire d'OLMerchandising, d'OL Voyages ou d'OL Restauration et affichait un chiffre d'affaires de 92 Millions d’Euros en 2002-03 (L’équipe.fr). Quand on parle d’argent et de sport, il convient ainsi de distinguer d’un côté les événements sportifs et de l’autre les sportifs eux-mêmes. De plus en plus, la communication des grandes manifestations est déléguée à des organismes privés. C’est le cas du Marathon de Lyon, organisé par l’ASPTT qui en confie la communication à la société Occade Sport. Cette professionnalisation de la communication a bien un coût. Mais elle offre un retour sur investissement certain, lorsqu’elle permet d’attirer un public plus large et donc susceptible de rendre la manifestation plus attractive aux yeux de nouveaux partenaires. Toutefois, si les grandes manifestations médiatisées peuvent attirer des sponsors et rassembler des budgets assez importants, cela ne signifie pas que tous les sportifs qui y participent en tirent des revenus substantiels.
Médiatisation et spectacle : vers un sport paillette ?
Enfin, les événements sportifs portent à l’évidence des fonctions médiatiques. Elles sont pour partie un prolongement des enjeux d’identité qu’expriment les pratiques sportives (volonté de montrer la supériorité sportive de tel territoire) et pour partie issues des possibilités promotionnelles qu’offre la forme événementielle (valorisation d’un territoire, d’une pratique ou encore d’un groupe humain) relayée par des médias de plus en plus nombreux. Bien entendu, ces deux aspects ne sauraient être exclusifs : l’OL porte à la fois la volonté de ses supporteurs de l’emporter sur les autres clubs de L1 et l’ambition des élus de faire rayonner la ville.
D’autres manifestations, dont beaucoup sont organisées par des collectivités, ont, outre leur dimension sportive, pour fonction de médiatiser un territoire (Marathon de Lyon, 10 Printemps d'Ozon Courir : 13 mars, Défi des entreprises : 26 mars, 30 avr, 29 mai), un projet (Raid Hannibal : 5-8 mai) ou une discipline (La traversée de Lyon : 1er mai, Les soirées de l’orientation : 3, 10, 17, 24 mai). Le prestige et les retombées sont évidentes pour un club qui organise une coupe de France (Championnat de France universitaire de Natation, Tournois de France junior de judo, Championnat de France de taekwondo).
Pour certaines manifestations, la dimension sportive passe au second plan, derrière la fonction médiatique ; on se situe alors dans l’animation sportive, faite de démonstrations, qui peut accompagner un salon comme Mille roues (4-6 mars).
On peut dire que les collectivités ont pleinement compris la puissance de médiatisation des sports et savent généralement bien l’utiliser. Il y a pourtant un paradoxe. Alors qu’elle affiche plusieurs points d’avance en L1 et qu’elle enregistre d’excellents résultats en Ligues des champions, Lyon reste moins médiatique que ses concurrentes, Paris ou Marseille. On sait que l’antagonisme entre les équipes parisienne et marseillaise a été cultivé un temps pour visibiliser l’équipe phocéenne. Il serait cependant intéressant de chercher à mieux comprendre les causes de cette différence de traitement.
On peut par exemple supposer qu’un défaut d’image de la ville de Lyon soit à l’origine de cette sous-médiatisation. Un exemple pris dans le champ culturel peut l’illustrer. Il y a quelques années, alors que l’agglomération recelait de nombreux groupes de Hip-hop et de rapeurs, c’est encore la rivalité Paris-Marseille qui marquait les médias. Pourtant, d’une manière générale, les sports font une réelle percée dans l’agglomération. Le département concentre près de 15% des sportifs de haut niveau de France — pour seulement 9 % de la population —, l’agglomération est le lieu de manifestations spectaculaires (Running car show, Lyon river festival, Avalanche cup : 14-15 mai, etc.), compte des équipes professionnelles de haut niveau (OL, ASVEL, etc.), et le sport urbain s’y est fait une large place (Free VTT, free ride, Lyon station neige, etc.). Mais cette image, peut-être parce qu’elle ne fait pas partie des identités traditionnelles de la ville, peine à s’imposer.
Alors, à quand un événement labellisé Grand Lyon ?