La valeur culturelle et le génie des lieux
Parce que certains lieux sont porteurs d'une histoire commune et unique et bénéficient du croisement de cultures ou migrations diverses, l'agglomération espère une mise à jour de toutes les mémoires y compris celles ayant vécu à sa périphérie, hauts lieux de l'histoire industrielle comme à Vaulx-en-Velin. Xavier de la Selle (directeur du Rize, centre mémoires et sociétés de Villeurbanne) décrit ce patrimoine immatériel comme "cet ensemble de faits sociaux intimement liés aux consciences identitaires d'un groupe vivant sur un territoire, qui renvoient à la fois à des représentations du passé socialement partagées et à des identités présentes". C'est souvent l'engagement mené par le réseau associatif (comme l'association Patrimoine rhônalpin) et aussi par les habitants, marqués par cette volonté de se raccrocher à un passé commun alors même qu'ils ne l'ont pas forcément vécu. La prise en compte de « l'esprit des lieux » aide à valoriser une certaine forme du patrimoine.
La valeur esthétique ou artistique du patrimoine
Interrogé sur la réalisation de ses fresques réputées sur les murs de Lyon, Gilbert Coudène artisan peintre muraliste, co-fondateur de Cité Création, défend avec vigueur l'endimanchement des lieux parce que, dit-il, "cela permet aux habitants de considérer qu'ils n'habitent plus n'importe où et donc qu'ils ne sont pas n'importe qui. Ils ont envie de trouver ou retrouver leurs racines, de s'accrocher et de se nourrir d'une histoire collective, d'un vivre ensemble, de s'inscrire dans une continuité. Travailler sur cette mémoire, dit-il, c'est du soin préventif".
La valeur d'usage ou l'architecture du réemploi
On peut fabriquer la ville en recréant du patrimoine à partir du patrimoine. Cela nécessite une interprétation permanente des œuvres (cf. le récent débat sur la destination de l’Hôtel-Dieu). A l'occasion du projet urbain du Carré de Soie à Vaulx-en-Velin, s'est posée la question de la conservation de l'ancienne usine TASE et plus largement de la difficulté de l’agglomération à assumer une partie de son passé. Pour Adriaan Linters, secrétaire général de l'association European Federation of Associations of Industrial and Technical Heritage, "la survie des bâtiments est possible seulement si ceux-ci jouent un nouveau rôle et retrouvent un nouvel usage". La collectivité pourrait donc définir les conditions matérielles qui permettent la réhabilitation de ces bâtiments pour de nouvelles vocations culturelles, muséales ou communautaires… Ce choix impose des arbitrages entre les partenariats privés, l'efficacité publique et le devoir de mémoire des populations. Le cas du musée Mérieux peut en être une illustration.
Ressources :
- Carré de Soie : l’esprit des lieux en 10 caractères - Comment valoriser les territoires en cultivant l’esprit des lieux ? Catherine Foret, 2009.
- De l’épopée industrielle de l’Est lyonnais au projet urbain du « Carré de Soie », ou l’invention d’un territoire d’agglomération : Brève histoire d’un retour vers le futur
Histoire d’un territoire qui a joué un rôle important dans la dynamique économique et sociale de l’agglomération lyonnaise, Catherine Foret, 2009.
- Prise en compte de l'esprit des lieux : 10 expériences en France et ailleurs - 10 fiches de présentation d'expériences avec leur contextualisation et les actions effectuées, Agence d'urbanisme de l'agglomération lyonnaise, 2010
- Interview de Gilbert Coudène : "Il est important et urgent de décréter la culture « cause nationale », tout autant que le défi écologique, c’est une question de survie de l’espèce humaine" - 2010
- Interview de Philippe Dujardin: "Le Grand Lyon peut être sujet à des trous de mémoire" - In journal Libération - 2009
- Interview d'Alain Mérieux : "Ce musée permet aux habitants du Grand Lyon de se réapproprier une partie de l’histoire industrielle et médicale de l’agglomération." - 2008
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