Le mur des canuts est une bonne illustration de la place occupée par la soie dans le développement de la ville et de ses répercussions sur l’urbanisation. Même si cette activité est en grande partie abandonnée aujourd’hui, elle conditionne encore les modes de vie des nouveaux urbains qui ont investi ce quartier de la Croix-Rousse. Le mur des canuts, peint en trompe-l’œil sur une façade d’immeuble, représente le quartier typique de la Croix-Rousse et de ses ouvriers tisseurs, surnommés les « canuts ». Cette peinture murale ouvre une perspective originale sur un pan de mur autrefois aveugle, donnant une remarquable illusion de profondeur. Sa situation dégagée permet d’en avoir une vision d’ensemble comme de détail. En s’approchant, on découvre ainsi de hautes fenêtres caractéristiques de l’habitat canut, et différents éléments propres à l’activité soyeuse : bobines de soie, métiers à tisser, travail de la soie, etc.
Réalisée une première fois en 1987, cette peinture a connu un succès si vif qu’elle a fait l’objet en 1997 d’une actualisation afin de témoigner des changements advenus au cours de la décennie écoulée : son dessin d’ensemble est revu et l’on « redonne des couleurs à ses façades, ouvre des commerces en rez-de-chaussée. La petite fille, au milieu des escaliers, avait 6 ans, elle en a 16 aujourd’hui. Des canuts, des “gones”, des peintres, des passants animent les rues sous le regard complice des Croix-Roussiens et des touristes ».
Le mur des Canuts est une réalisation de Cité création qui propose fresques, trompe l’œil, peintures murales, scénographies urbaines… Fondée en 1978, cette entreprise, réalise des œuvres urbaines, systématiquement conçues in situ pour mettre en valeur une histoire ou une caractéristique locale. Elle a signé « plus de 380 œuvres monumentales aux couleurs de la ville, de Lyon, de Barcelone, de Mexico, d'Angoulême, de Mulhouse, de Biarritz, Marseille, Brest, Paris, Leipzig, Carcassonne, Lisbonne, Porto, Namur, Trikala, Moscou, Berlin, Jérusalem, Québec… »
Les contraintes techniques pour la réalisation d’une fresque murale sont nombreuses. Il faut tout d’abord que le support soit préparé pour recevoir les peintures : béton, pierres ou briques du mur d’origine doivent être enduits ou entoilés pour recevoir une peinture acrylique qui résiste à l’eau. Quant au dessin lui-même, il est tout d’abord réalisé à la table avant d’être agrandi selon une technique remontant à plusieurs siècles : il est reporté sur un calque alors que le mur est lui-même quadrillé pour recevoir les différentes parties du calque. Par ailleurs, afin de donner une image correcte aux passants, le dessin doit être « déformé » proportionnellement de manière à donner l’illusion du réalisme.
Plus largement, la réalisation de murs peints à Lyon à l’époque contemporaine –on en compte aujourd’hui plus de 150– fait écho à une tradition initiée au XIXe par des peintres comme Hippolyte Flandrin ou Pierre Puvis de Chavannes qui a décoré la cage d’escalier du Musée des beaux-arts, ou encore Louis Jannot dont les réalisations dans les églises Saint-Polycarpe et Saint François de Salles sont considérées comme des pièces majeures de l’art mural. Au XXe, Louis Bouquet a réalisé une fresque de 54 m de long pour l’Hôtel des Postes. Aujourd’hui, le musée urbain Tony Garnier, peint sur les murs-pignon des Habitations bon marché (HBM) de cet architecte, est devenu un des lieux de visite les plus fréquentés de la ville.
À noter : Ce mur de plus de 1200 m2 fût longtemps le plus grand trompe-l’œil du monde. Il est détrôné actuellement par les « Fresques de la Sarra », 3000 m2, dans le 5ème arrondissment de lyon.
Conception et réalisation : Cité Création.
Producteur : SACVL (Société d’Aménagement et de Construction de la Ville de Lyon).