Pourtant, ce partenariat public/privé n’a pas manqué de susciter une vive controverse en France. Car en contractant avec Google, la BmL, pragmatique et volontariste, créait un précédent dans un pays, la France, qui a longtemps affiché une doctrine plus « idéaliste », ouvertement hostile à Google et favorable à une alternative publique franco-européenne.
Jean-Noël Jeanney, directeur de la BnF de 2002 à 2007, a théorisé cette position dans un essai désormais célèbre : Quand Google défie l’Europe : plaidoyer pour un sursaut paru en 2005 (éditions Mille et une nuits). Il dénonçait le risque pour la diversité culturelle de laisser le monopole de la numérisation à une entreprise commerciale privée qui accorde un poids écrasant à la langue anglaise et dont l’organisation des documents via son moteur de recherche repose sur des algorythmes secrets et est influencé par la publicité. Il a donc lancé un appel à une contre-offensive européenne, sous la forme d’une Bibliothèque numérique européenne, multilingue, gratuite et organisée de façon plus transparente.
Ayant obtenu le soutien des institutions européennes, la BnF a travaillé sur cette bibliothèque numérique européenne baptisée Europeana, dont une version définitive a été mise en ligne en novembre 2008. Mais d’emblée, le site a « buggé » et l’écart entre l’incurie technologique de cette initiative et ses buts assez présomptueux a inévitablement suscité des sarcasmes. « Quand c’est que de l’idéologie et qu’il n’y a aucune efficacité derrière, ça devient ridicule. On peut aussi envisager le pluralisme à travers le partenariat public/privé » estime Xavier de la Selle, directeur du Rize, centre Mémoires et société de Villeurbanne. Depuis cette première tentative, Européana, qui est davantage un portail de la culture européenne, qu’une véritable bibliothèque numérique, vogue de prototypes en prototypes… | Jean-Noël JEANNEY, Quand Google défie l’Europe : plaidoyer pour un sursaut, 2005 aux éditions Mille et une nuits.
Européana
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