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FORMES D'ENGAGEMENT / VIE ASSOCIATIVE : TEXTES D'AUTEUR
 
 
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La démocratie au présent


Références(s) : Texte réalisé pour le Journal La Croix du 22 octobre 2003.
Auteur : Jean-Joseph Régent
Date : 01/01/2003



La démocratie au présent

Ces espaces de respiration démocratique […] nourrissent un concept selon
lequel la manière de prendre la décision est aussi importante que la décision
elle-même. La société contemporaine est passée de la culture des hiérarchies
à celle des réseaux et doit penser l'action publique et le gouvernement des
hommes avec des méthodes nouvelles.


Jean-Joseph Régent, Porte-parole de la Coordination nationale des Conseils
de développement Président du Conseil de développement de la Communauté urbaine
de Nantes


Le climat actuel, résultant aussi bien des phénomènes naturels que des
conflits sociaux, conduit à réfléchir sur l'inadaptation d'un système politique
et social que nous devons cesser de considérer comme intouchable. La fin des
conflits idéologiques du XXe siècle avait fait croire un moment à l'établissement
d'une vie démocratique qui se développerait harmonieusement. La réalité a montré
que le conflit est toujours un des moteurs de la société humaine, mais nous
a assuré aussi que la démocratie reste le seul mode d'organisation sociale qui
puisse empêcher les dérives, totalitaires dont le siècle achevé a montré les
cruels effets.


Mais quelle démocratie? La démocratie représentative s'exerce en France
depuis un bon siècle. L'électeur d'aujourd'hui a cependant peu de points communs
avec son aïeul de 1900. Ses pratiques sociales, intellectuelles, culturelles,
techniques, marchandes, ont été bouleversées, mais il exerce toujours ses droits
dans les mêmes cadres institutionnels : la commune, le département et l'État.
Dans un temps où le pouvoir communal se transforme en intercommunalité, la référence
cantonale est devenue désuète dans l'espace urbain devenu majoritaire et la
moitié des lois nationales résulte des directives européennes. Trois niveaux
de décisions politiques se développent : l'Europe, la région et l'agglomération.
Ce décalage fait naître des identités multiples dans des territoires de vie
emboîtés. La France réelle est en décalage avec la France institutionnelle.
Dans cette situation, actualiser la démocratie au temps présent est impératif


Revivifier la citoyenneté. Un discours ambiant propage l'idée que la
citoyenneté s'efface derrière l'individualisme. En réalité, cette citoyenneté
prend d'autres formes. Moins idéologique, l'engagement existe toujours, mais
s'opère dans des conditions nouvelles. Les citoyens formés, mobiles, curieux,
inventifs ne se contentent plus d'une démocratie donnant seulement le droit
à l'expression périodique. Ils aspirent à un épanouissement légitime et inventent
un nouveau civisme s'exprimant par la création de mouvements divers qui défendent
aussi bien la vie de quartier que l'action humanitaire, la protection de l'environnement,
les droits de l'homme, les minorités ethniques ou sexuelles.

Les progrès technologiques ont des effets sous-estimés dans le quotidien. De
nouveaux comportements sociaux apparaissent et notamment le "zapping", qui opère
pour la télévision comme pour les élections. Les relations humaines ont de nouveaux
rythmes temporels, plus désynchronisés. La vie va plus vite et les équilibres
des groupes sociaux s'inscrivent dans une dynamique, plutôt qu'une tradition.
La maîtrise de ces changements appelle de nouvelles attitudes, de nouvelles
normes de comportements et pour cela nécessite un apprentissage. Sans cela,
beaucoup de projets collectifs rencontrent une résistance individuelle au changement,
une sorte de "mur du son" social difficile à franchir. L'incertain et l'aléatoire
deviennent la norme, engendrant le principe de précaution dont nous n'avons
pas encore pris la dimension castratrice et réductrice de liberté. La nouvelle
citoyenneté est volatile, mais elle produit les réalités d'aujourd'hui et son
adé-quation avec lé système politique institutionnel reste à réaliser.


Offrir une nouvelle respiration démocratique. L'absence de décentralisation
a longtemps été rendue responsable de l'éloignement des citoyens. La décentralisation
a été réussie, elle n'a cependant pas été jusqu'à faire participer les citoyens
à la décision. La réforme présentée par le gouvernement provoque un débat sur
les niveaux territoriaux et la reconnaissance des villes, mais l'aspiration
à la participation de la "société civile" est oubliée. Les citoyens, salariés,
chefs d'entreprise, syndicalistes, parents d'élèves, consommateurs, défenseurs
du cadre de vie, enseignants, jeunes, vieux, actifs ou non, anonymes, inaperçus...
façonnent cependant la société au quotidien. Les expériences pour organiser
l'expression de la "société civile" sont nombreuses: conseils de développement,
conseils de quartier, forum d'habitants... C'est ce qui a été appelé "démocratie
participative". Ces espaces de respiration démocratique sont indispensables.
Ils permettent de donner du sens à la politique avec des lieux de débats et
de propositions qui inventent une autre démocratie que celle fondée sur les
humeurs que récoltent les sondages. Ils nourrissent un concept selon lequel
la manière de, prendre la décision est aussi importante que la décision elle-même.


La société contemporaine est passée de la culture des hiérarchies à celle des
réseaux et doit penser l'action publique et le gouvernement des hommes avec
des méthodes nouvelles. La démocratie participative constitue un espace de production
de "plus-values collectives". Le projet de Constitution européenne prend d'ailleurs
intelligemment en compte cette situation en y consacrant un article spécifique.


Les modes d'élaboration des décisions doivent évoluer. La "gouvernance", cette
forme d'ouverture sociale de la vie politique, permet d'accroître les forces
du binôme "élus-techniciens" en intégrant les ressources actualisées des acteurs
collectifs et individuels de la société civile à l'élaboration des choix.


Une éthique pour tous, celle de la discussion. Il y a nécessité
d'informer différemment en donnant au plus grand nombre, à ceux qui veulent
participer, les moyens de comprendre les contraintes et les enjeux, pour accéder
au partage du doute et à l'énoncé des objectifs et des scénarios possibles.
C'est une révolution culturelle et cette évo-lution sociale ouvre un champ de
développement nouveau à la vie démocratique. L'échange entre les citoyens, avec
leurs élus, le débat publie, la discussion générale, légitiment les choix collectifs.
Cela implique que soit respectée une éthique de la discussion, c'est-à-dire
une écoute attentive, un respect des autres et l'attention nécessaire à l'échange
et l'acquisition.




Fiche actualisée le : 27/10/2003
 
Fiche indéxée dans :
Société » Gouvernance »» Gouvernance participative / concertation
Société » Citoyenneté »» Formes d'engagement / Vie associative
 
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