Pour autant, la question des données publiques fait débat. Jusqu'à quel point une institution doit-elle délivrer ses données ? D'abord, il convient de rappeler que leur "dématérialité" n'enlève rien à leur coût (recueillement, traitement, conservation, etc.), ni à leur valeur économique d'exploitation. Mais surtout, c'est leur manipulation par les usagers qui semble poser problème. Pour Hughes AUBIN (*), "le retraitement d’une même information par différents opérateurs est effectivement susceptible d’aboutir à une multiplicité d’interprétations".
L'exemple de la "crime map" londonienne (carte de criminalité), commenté par Boris BEAUDE (*), illustre bien ce risque de mésinterprétation des données. "Les services de police de l’agglomération de Londres ont développé un dispositif de localisation de la criminalité. De prime abord, ce système laisse penser que le taux de criminalité est particulièrement élevé dans le centre de l’agglomération londonienne. Il apparaît en réalité que les citoyens signalent davantage les actes criminels dans les zones où ils se sentent le plus en sécurité. Par ailleurs, le système fait apparaître des statistiques rapportées au nombre de résidents du district. Compte tenu du flux élevé de chalands par rapport au nombre de résidents, le taux de criminalité rapporté au nombre de résident du centre de Londres est mécaniquement supérieur à celui des autres districts. Cet exemple démontre qu’une volonté de transparence de la part des autorités peut conduire à donner une image erronée de la ville". Il ajoute : "En effet, le retraitement de données hétérogènes élaborées selon différentes méthodologies risque d’aboutir à des résultats incohérents. Le souci de transparence des collectivités territoriales est susceptible de donner lieu à de mauvaises interprétations de la réalité, indépendamment de toute volonté de manipulation".
Laurent JAUFFRET, du Grand Lyon, rebondit sur cet exemple pour ramener le débat aux fameuses données publiques : "Si l’on venait à ouvrir l’accès aux informations publiques locales, ainsi que cela a été envisagé ce matin, il pourrait apparaître une multiplicité de représentations contradictoires de la ville". C'est pourquoi "l’ouverture de l’accès aux données publiques doit être contrôlée et partielle", affirme Hughes AUBIN (*).
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(*) Hughes AUBIN : chargé de mission TIC à la ville de Rennes.Lire l'intervention
(*) Boris BEAUDE : géographe et chercheur à l'École Polytechnique Fédérale de Lausanne, maître de conférences à l'IEP de Paris. Lire l'intervention