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L'AMÉNAGEMENT DU TERRITOIRE DOIT-IL ÊTRE PLUS DENSE POUR ÊTRE DURABLE ?

Mis à jour le : jeudi 16 juin 2011

Faudra-t-il oublier à jamais les maisons individuelles ? La question est posée car l'étalement urbain et ses impacts sur l'environnement sont considérables. Pourtant, la densification n'apparait pas comme une réponse indiscutable et suffisante pour nombre d'observateurs...


L'étalement urbain a un coût écologique particulièrement lourd


L'étalement urbain se caractérise d'abord par sa très forte emprise au sol. Les surfaces artificialisées, c'est-à-dire ayant perdu les qualités d'un milieu naturel, ont augmenté de 42% entre 1982 et 2003 (bien plus que la population française qui n'a augmenté que de 10% environ) d'après le Commissariat général au développement durable. Cette augmentation s'est faite au détriment majoritairement des espaces agricoles périurbains et des milieux semi-naturels dont l'artificialisation accroît la fragmentation des écosystèmes.
En outre, les habitats individuels concernés sont des grands consommateurs d'énergie et d'eau. Leurs habitants sont aussi fortement dépendants de leurs voitures individuelles. Les études montrent clairement que les taux de motorisation sont beaucoup plus élevés en périphérie qu'en centre-ville, en raison de l'éloignement des principaux services et du coût plus élevé des transports en commun dans les territoires périurbains. Par conséquent, on constate une forte corrélation entre le niveau de densité urbaine et la quantité d'énergie consommée pour les déplacements, et donc les émissions de gaz à effet de serre.
Enfin, il faut souligner aussi l'impact paysager de l'étalement urbain. Des photos comparatives, prises à seulement 30 ou 40 ans d'intervalle, le démontrent plus qu'un long discours.


La densification est-elle une réponse suffisante ?

Densifier apparait donc comme une solution évidente : cela permet d'épargner les surfaces agricoles, de réduire les déplacements individuels, de limiter les consommations d'énergie des habitats, etc. Mais les villes denses doivent faire face à d'autres problèmes. Elles sont plus vulnérables aux vagues de chaleur (souvenons-nous de la canicule de 2003) et elles concentrent certaines nuisances comme le bruit, la pollution atmosphérique, le trafic routier... qui participent à la dégradation du cadre de vie. Si les villes denses réduisent les consommations d'énergie liées aux transports domicile-travail, leurs habitants les fuient dès que possible pour retrouver un peu de nature pendant les week-ends et les vacances... contrairement aux périurbains qui profitent de leur lieu de vie. En considérant les transports sur l'année, le bilan pourrait bien s'équilibrer, voire s'inverser...


Que peut-on faire de plus ?

Aurélien Boutaud recense une certain nombre de mesures qualitatives pour que la densité soit effectivement un élément de durabilité. Tendre vers davantage de mixité fonctionnelle permettrait de limiter nombre de déplacements et donc la place de la voiture en ville. Cela implique de privilégier le mélange des fonctions au sein d'un même territoire, rapprocher et mélanger les lieux de vie, de travail, de commerce et de loisirs, et donc rompre avec certaines logiques de l'urbanisme misant sur la spécialisation des territoires (zones commerciales, zones résidentielles, etc.). Cette mixité fonctionnelle, économisant des déplacements, libèrerait des espaces pour introduire de la nature en ville (parcs urbains, îlots de fraicheur...).
Densité et mixité des fonctions doivent aussi s'accompagner d'efforts sur la qualité environnementale et architecturale du bâti, avec en particulier la réhabilitation du parc existant dans le respect des normes.
Les éco-quartiers (comme le quartier Vauban à Fribourg) cumule ces différentes caractéristiques avec succès. Mais comment passer à l'échelle d'une métropole ? Une métropole multipolaire ou polynucléaire est proposée par le courant du « nouvel urbanisme ». Il s'agit d'une métropole composée de pôles urbains denses et à forte mixité fonctionnelle, inter-reliées par des infrastructures de transports publics efficaces.
En bref, la densité urbaine représente un élément de réponse pour tendre vers un développement durable mais il doit s'accompagner d'autres mesures qui impliquent véritablement un nouveau rapport à la ville.

 

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