 | L'Incandescent |
Michel SERRES nous propose une nouvelle ontogonie, ou plus simplement une nouvelle narration du monde, de la vie, de l'histoire à partir des découvertes scientifiques récentes (ADN, théorie de l’expansion de l’Univers, radioactivité, etc.). Ce livre nous permet de mieux comprendre notre passé, notre présent et de réfléchir à l’avenir que nous choisirons.
Auteur : Michel Serres
Année : 2003
Editeur : ÉDITIONS LE POMMIER
239, rue Saint-Jacques
75005 Paris
Alors que l'homme apparut voici 7 millions d'années, le vivant voici 4 milliards et l'univers 13, nos "humanités" peuvent-elles se restreindre à une histoire de quelques millénaires à
peine ?
Ce temps façonna nos corps, nos affects et nos intelligences. Raconté
par les science contemporaines, prises ensemble, son Grand Récit enseigne
que les hommes, la connaissance et la philosophie doivent plus à la nature
qu'à leurs civilisations respectives, récentes. Ce livre à l'immense ambition de promouvoir une culture en harmonie
avec nos savoirs. L'humanisme accède ainsi à l'universel.
Michel Serres
Michel SERRES nous propose dans L'Incandescent une nouvelle ontogonie, ou plus simplement une nouvelle narration du monde, de la vie, de l'histoire à partir des découvertes scientifiques récentes (ADN, théorie
de l'expansion de l'Univers, radioactivité, etc.). "Nous commençons de prendre comme sonde temporelle les rubans pliés de l'ADN." p.340
Une narration qui loin de désenchanter le monde le raconte dans la flamboyance
de son déploiement, qui est déploiement du temps. Ce grand récit aboutit à un nouvel humanisme où humains, vivants, matière ont faits du même temps (mais aussi de mêmes chiffres : les atomes,
l'ADN), d'un temps qui obéit aux mêmes lois, celles de la narration, non pas linéaire, mais faite de ruptures et de bifurcations.
Le Grand récit ne recrée pas, il invente à rebours le temps en remontant son cours." Imprévisible quand il s'avance (le temps), il devient déterministe quand on se retourne."p. 26.
"Je reprends ce livre à son début. Et tente, à nouveau, de remonter de ma culture à la nature, du singulier à l'universel, par le chemin contingent du temps."p.335
La nouvelle universalité partagée par le cosmos, les vivants et l'humain est celle de ce temps. Nous avons l'âge de la vie apparue il y a trois milliards d'années, l'âge de la matière, des atomes apparus avec le big bang il y a quelques 13 milliards d'années.
Ainsi, sommes-nous faits de différentes mémoires :
- Individuelle : psychique, affective (le souvenir)
- Collective : culturelle, historique, qui se confond avec le processus d'hominisation
- Génétique : (ADN) qui renvoie à toute l'histoire de la vie. "Nous nous souvenons alors d'âges inconcevables" p. 47
- Matérielle : celle de l'univers, du monde, de l'inerte ; une mémoire
muette, passive - qu'est-ce qu'une chose ? Une mémoire sans souvenir
(Cf. p.51) - que la science déchiffre à travers la constante de Hubble (calcul de l'expansion de l'univers) et la radioactivité. Le monde mémoire conserve des traces.
Nous intégrons la mémoire, les savoir-faire des vivants, du monde, de l'univers. Nous devons restituer leur mémoire, et ce qui est radicalement neuf, c'est que l'homme est coauteur du récit en intervenant dans les conditions fondamentales de la matière et de la vie. "Dans le grand récit, nous prenons désormais la parole conjointement avec les choses" (Cf. p. 39)
Nature et culture
L'évolution, au sens darwinien du terme, voit se développer des espaces de plus en plus spécialisés, dont les fonctions sont toujours mieux adaptées à l'environnement et de plus en plus déterminées. L'homme est le moins adapté à l'environnement, la moins spécialisée des espaces, le plus démuni
des vivants. Cependant, comme l'incandescent, qui mélange et contient,
potentiellement, toutes les couleurs, il contient potentiellement toutes les formes d'adaptation : "propre à rien, bon à tout" p. 67.
Cela se fait par le langage, les techniques, les mœurs.
Si la nature est cette sorte de déterminisme vers le maximum d'adaptation, la culture explose quand la nature recule, cesse de différencier, d'adapter. Alors, l'hominisation prend son relais sur le terrain de l'adaptation et confère une intentionnalité à une évolution qui n'en contient pas.
La technique accélère les lois de l'évolution : une espace n'a plus à s'éteindre au profit d'une plus adaptée, mais une technique remplace une autre, ce qui est une économie formidable.
La culture met la nature à zéro, pour lui conférer son propre pli et la rendre hospitalière. D'où l'unité et l'origine des cultures : le même geste de saccage, de dévastation, de naantisation qui est aussi découpage, définition, don de sens à un espace indéfini, blanc : le monde , la matière (l'apeiron de Platon).
Cultures et mondialisation
Le propre même d'une culture n'est pas de se conserver, mais de se transformer, sinon elle est morte. "J'aime ma culture en ce qu'elle me donne les moyens et la liberté de la refuser, d'en changer ou de la recréer" (Cf. p. 78)
"La guerre contemporaine oppose des jumeaux : l'invisible main du
terrorisme contre l'invisible main du capitalisme"p.88.
Pour les pourfendeurs de la mondialisation, nous voilà condamnés à
choisir entre les multinationales et les talibans. Une dialectique réductrice qui veut voir derrière le terme universel toujours un impérialisme, alors que nombres d'universaux sont communs à toutes les cultures et qu'à partir d'un creuset local, ils se sont répandus à travers le monde permettant aux différentes cultures de se renouveler.
Ces universaux : le code génétique, l'agriculture, les échanges, le langage, les outils. Plus récemment, même s'ils sont liés à une culture donnée (la Méditerranée orientale), l'écriture, la science rigoureuse, et la monnaie, et désormais, l'expansion des réseaux de communication. Ces universaux produisent de la différence plus qu'ils n'uniformisent.
"Si la mondialisationmarchandise la culture, je ne vois pas celle-ci en danger, puisqu'il ne s'agit pas d'elle. La culture est un processus renouvelé
d'acculturation, d'élargissement, d'augmentation, pas un produit de consommation."
Le politiquement correct qui veut préserver l'exception culturelle ne voit pas que les cultures se nourrissent d'échanges, que certaines meurent et que d'autres se modifient, se transforment, au risque de figer des cultures.
Identité et appartenances
Nous confondons toujours identité et appartenance. Cette confusion,
cette erreur de logique engendre les pires des maux : "Tout le mal
du monde vient-il de l'appartenance ? J'ai tendance à le penser"
P. 119.
Le raciste " vous traite comme si votre identité s'épuisait en l'une de vos appartenances : pour lui, vous êtes noir ou mâleou catholique ou roux. " Il réduit la personne à une catégorie ou l'individu à du collectif.
Toute la sagesse consiste en un exercice de décentrement, de déracinement des premiers acquis, à pouser de nouvelles couches de culture,
à multiplier les identités : "plus vous imprimer d'autres sur le moi, plus il s'affirme comme singulier"p.130.
Cependant, sa propre culture, ses racines sont le creuset qui va permettre, quitte à le refuser, d'apprendre, de se cultiver.
Un nouvel humanisme
" L'humanisme renaissant, cet idéal corporel, intellectuel, scientifique, moral, esthétique et aussi, parfois, religieux, demeure dans quelques consciences et irrigue encore certaines vies de santé
de finesse et de conduite honnête. Nos amis allemands appellent Bildung cette éducation faite de connaissances et de politesse." p.133
Le nouvel humanisme réconcilierait lettres, art, sciences humaines et exactes à partir des réquisits réellement contemporains (astrophysique, géophysique, biologie, anthropologie, linguistique, histoire des religions, politique, esthétique, etc.).
Si nous voulons réaliser un humanisme commun, il faut changer notre vision,
et notamment notre compréhension de l'histoire et du développement qui est ethnocentrique.
En effet, à voir l'histoire comme un flux continu et linéaire (parfois dialectique) dont la finalité serait notre culture dominante délivrant son sens rétroactivement au processus historique, àla considérer à partir d'un phénomène (l'écriture) qui n'est pas universel, nous posons une vision impérialiste et raciste
sur le monde. Si en revanche nous changeons d'échelle, de focale, si nous prenons le temps de l'univers, de la terre, de la vie ou de l'apparition de l'homme comme nouveaux référents, nous retrouvons une racine commune sur laquelle fondée une culture universelle.
"En excluant les non-Européens, les autres hommes, les espèces vivantes, la planète inerte et le monde dans son ensemble, ces intellectuels corporatistes (les philosophes de l'histoire), se croyant seuls au monde, pratiquaient un racisme universel."p.160.
Si l'histoire doit commencer avec l'écriture, que ce soit avec celle naturelle de l'ADN, alphabet plus ancien, plus universel. "Notre
sagesse place désormais Lucy devant Pline l'Ancien...elle lit le code génétique avant celui de Hamourabi. "167.
A la lueur de cette nouvelle échelle temporelle, nos différences s'évanouissent, par la structure élémentaire de l'ADN,
non seulement nous sommes cousins de tout humain, mais aussi de tout vivant.
Qu'est-ce que l'homme ? L'homme est totipotent (c'est-à-dire que tous les possibles sont inscrits en lui). Cette totipotence fait de lui un être intégral .
Occupant tout l'espace de la terre, (avec le moustique l'espèce que l'on retrouve sous toutes les latitudes) il est Pantope.
Portant dans son corps toutes les traces de l'univers (fait des même atomes, des mêmes molécules, de la même structure génétique
que tous les vivants, condensé d'une phylogenèse qui à
l'âge des premiers hominidés), l'homme est Panchrone (convergence de toutes les durées).
Parlant virtuellement toutes les langues, l'homme est Pangloss.
La potentialité ouverte de savoir de tout sur tout, par les médias,
la diffusion de masse des connaissances, fait de l'homme un Pangnose.
Avec Internet, la notion de prochain s'accroît à tout autre virtuellement, et je peux rencontrer toute culture, rien de l'homme ne nous semble plus étrange, nous sommes devenus Panthrope.
Le mal
Le moi, la conscience (toujours mauvaise conscience) naissent d'un combat avec le mal : "A peu près ignoré des Grecs, l'ego, donc, naquit deux fois : dans le droit romain, devant les tribunaux, face au risque de condamnation, par la nouveauté chrétienne qui demande, qu'il croie pour se sauver de la damnation. Dans les deux cas, il faut batailler pour se délivrer du mal : le moi naît de ce combat, de sa souffrance."P.212.
Le mal, la violence sont inscrites au cur de notre humanité, parce qu'elles sont inscrites au cur de l'évolution du vivant : "la vie tue, désire et reproduit la vie" p.228.
Le lien social même se crée par le sacrifice humain (le bouc émissaire - tragos en grec signifie bouc - et aujourd'hui le spectacle des cadavres, des guerres, des famines qui se répète à longueur de journal télévisé.)
Se détacher de ce mal, de cette lutte de tous contre tous, des espèces
contre les espèces est un des ressorts de notre humanité, l'autre
étant de rendre cette lutte radicale. "Nous ne produisons
d'œuvres, de techniques ou d'institutions que pour nous délivrer
de cette tuerie et, en les construisant, nous détruisons tout autant." P. 231
L'homme est seigneur des règnes et exterminateur des espèces.
L'espèce qui extermine des espèces : une définition de l'homme.
Aujourd'hui, nous sommes face à un "nouvel horizon universel
: l'éradication possible, par nous, des cultures humaines, des espèces
vivantes, des choses inertes et de la planète." p.239
Mais, nous en sommes conscients, nous nous sentons coupables et agissons en conséquence. La conscience de ce risque maximal fait naître une opinion publique mondiale, berceau d'une nouvelle éthique et d'un nouveau contrat (naturel) fondant un autre droit.
En même temps, l'humanité occidentale se déshumanise, s'identifiant aux dieux polythéistes par l'abondance perpétuelle du consumérisme, l'ubiquité grâce aux canaux de communication, la non - souffrance grâce aux analgésiques et anxiolytiques, l'espoir mythique d'immortalité auquel nous amène la croissance continue de l'espérance de vie, enfin par le sacrifice d'une humanité tenue dans la misère.
"Dès lors que les dieux (les occidentaux) se gavent sans faim, ni soif, qu'ils éloignent d'eux la douleur et la mort, il n'y a plus d'homme que dans les tiers et quart mondes, d'histoire et de sens qu'en eux et pour eux." p.257
"Les mortels affamés (les hommes
des tiers et quart mondes) vont-ils tirer la nappe et renverser la table ? "
Afin de l'éviter, il nous faut partager une certaine pauvreté, peut-être plus justement une certaine sobriété (Cf. : le
paupérisme généralisé de Proud'hon ou les appels de la part des tenants du développement durable à une consommation sobre et raisonnée) "Dés aujourd'hui, la pauvreté
devient une vertu éthique, une nécessité politique, le fondement de la philosophie." P.260
Parer à ces fléaux commande de redonner sa place à la nature, d'en faire une alliée et un partenaire en l'aménageant et la ménageant.
Une nouvelle culture : une culture qui offre toute sa place à la nature
"J'ai souci de faire entrer en culture la nature." P.289
La nature est aujourd'hui notre alliée et non plus ce dont il faut se détacher, ce contre quoi il faut s'opposer. Le monde (un nouveau sujet d'une inquiétante étrangeté) commence à dépendre de nous (effet de serre, armes de destruction massive, etc.) et par un choc
en retour, nous dépendons de ce qui commence à dépendre de nous. Le monde accède à la dignité de sujet (au sens de sujet de droit, ce qui est sous-entendu par exemple dans la volonté
d'édifier la notion de crime contre la terre ou bien au sens de partenaire.).
Il faut que la philosophie intègre beaucoup qu'elle ne le fait aujourd'hui
une culture physique issue des sciences de la terre et de la vie, des mathématiques, de la physique, etc.
Nous avons changé de culture, de société, la technique et la science ont envahi notre quotidien, il faut dans le processus d'acculturation (l'éducation, la pédagogie, l'enseignement) intégrer ce
fait.
Comment fonctionne le processus d'acculturation ?
"A chaque instant de la vie, vous recevez ou non une nouvelle donne (au sens d'une donne ou d'une main dans un jeu de carte) et, dans le premier cas, leur suite transforme peu à peu votre jeu au point que la première main est méconnaissable." P.300
Le devenir n'est pas un enchaînement causal, mais une redéfinition ou un redressement des codes antérieurs, ce qui fait que l'essence, l'identité, l'être vous viennent toujours à la fin. La vérité
sur l'existence ne se donne qu'à l'article de la mort. "Le commencement n'existe qu'à la fin. Toute la vie, chances courues et volontés, se chargent allègrement d'une veille histoire qu'elles défigurent
à loisir." Aucune détermination n'étrangle
notre présent.
Comme le devenir, nature et culture sont en totale interaction pour se recoder
l'une l'autre. Pour retrouver le monde tel qu'il est, il faut donc inventer une autre langue : celle des mathématiques, et des sciences.
"Instruit de cosmologie, de physique du globe et biochimie qui perçoit encore le monde comme Michelet, Bergson ou Heidegger ? Si toute culture, originale,
redresse la nature et l'enterre, les sciences en donnent une adresse commune et directe, en langue universelle. Une autre culture peut-elle en naître ? Lui donnera-t-on le même nom ?" p.305
Avec les sciences du vivants nous faisons réellement entrer la nature
en culture (au sens du cultivateur). Les noms des vivants pendant longtemps
n'avaient été donnés qu'à ceux visibles, seulement certaines espèces avait été humanisées, aujourd'hui, la totalité des vivants est à notre portée (nous pouvons
connaître le chiffre secret de tous avec l'ADN et les mettre en culture avec les biotechnologies).
"En même temps qu'il universalise son rapport aux vivants, l'homme global prend conscience de lui-même et de ses actes. Il admet enfin sa rage…, en vient à une prudence qui remplace le fantasme de toute puissance… (et) cherche à se conduire en bon père
de famille qui épargne sa maison. Si l'économie le pousse encore
à la maîtrise et à la possession du monde, certaine écologie exige une maîtrise de cette maîtrise." 311
Cette nouvelle culture/bioculture, nourrie de la conscience de pouvoir exterminer
toutes les espèces, projette en conséquence de les gérer (préserver la diversité biologique) et fait du monde une ferme virtuelle. Ainsi intervenons-nous directement dans le processus évolutif
naturel qui est une lutte pour la vie en imprégnant nos lois à la nature pour la sauver d'elle-même. "Il ne s'agit pas d'une autre sorte de domination, mais d'une autre sorte de domestication"
p.312 .L'agriculture et l'élevage qui signent l'ère du Néolithique
arrivent logiquement à la transformation des espèces et de nous-mêmes.
La bioculture complète et achève cette ère.
"L'homme tend à transformer en culture sa propre nature évolutive ou le temps de l'évolution en temps historique. Il va vers son auto-incarnation.
La philosophie moderne commença par ce précepte de Bacon : Commander
à la nature en lui obéissant…. Nous commençons à faire naître le vivant, bientôt à nous faire naître ; et à nous faire survivre dans un environnement global que nous suscitons." P.316
Si l'évolution, avec la sélection naturelle, était depuis des milliards d'années contingente, se faisait sans nous, désormais nous en maîtrisons les éléments principaux. Que ce destin
nous angoisse ou nous exalte, nous l'avons fait advenir depuis le début
le processus d'humanisation, il nous faut l'affronter. "De quoi avons-nous
peur ? De l'humain ? De Nous-mêmes ?"P.317
A la fin de son livre, Michel Serres propose un programme commun pour la
première année des universités. Programme qui comprend des éléments de physique, d'astrophysique, de chimie, de biologie, d'anthropologie générale, d'agronomie, de médecine, de linguistique générale, d'histoire des religions, de sciences politique,
d'économie et un choix de chefs-d'œuvre des beaux-arts et de la sagesse.
"Le métier de philosophe consiste à se raconter le matin une histoire que l'on ne connaissait pas la veille." P.277
À NOUVEAU, LE GRAND RECIT
"Da Capo : depuis donc que le big bang, lui encore, s'il exista, se mit à construire les premiers atomes dont les choses inertes et les vivants se composent ; depuis que se refroidirent les planètes et que notre Terre devint un réservoir des matières, plus lourdes encore, dont nos tissus et nos os se forment ; depuis qu'une étrange molécule d'acide se mit, voici quatre milliards d'années, à se répliquer telle quelle, puis à se transformer en mutant ; depuis que les premiers vivants se mirent à coloniser la face de la Terre, en évoluant constamment, laissant derrière eux plus d'espèces fossiles que nous n'en connaîtrons jamais de contemporaines ; depuis qu'une jeune fille, dite Lucy commença de se lever dans la savane de l'Est africain, promettant sans le savoir les voyages explosifs de la prochaine humanité dans la totalité des continents émergés, en cultures et langues contingentes et divergentes ; depuis que quelques tribus de l'Amérique du Sud et du Moyen-Orient inventèrent de cultiver le maïs ou le blé, sans oublier le patriarche digne qui planta la vigne ou le héros indien qui brassa la bière, domestiquant ainsi pour la première fois des vivants aussi minuscules qu'une levure ; depuis que balbutia l'écriture et que certaines tribus se mirent à versifier dans les langues grecques ou italiques, alors le tronc commun du plus grand récit commença
de croître, à nos yeux, pour donner une épaisseur chronique inattendue, réelle et commune à un humanisme enfin digne de ce nom, puisque peuvent enfin y participer toutes les langues et cultures précisément venues de lui, unique et universel puisque écrit dans la langue encyclopédique de toutes les sciences et qu'il peut se traduire dans chaque langue vernaculaire, sans particularisme ni impérialisme."
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