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Josyane FRANC : "Saint-Etienne fait aujourd’hui parti du réseau des Nouvelles Villes de Design"

Interview de Josyane Franc, responsable communication et relations internationales de l’Ecole des Beaux-Arts. Propos recueillis par Gilles Cayuela, juin 2006

Date : 01/06/2006

Depuis 1989, Josyane Franc occupe les fonctions de responsable de la communication et des relations internationales à l’Ecole Régionale des Beaux-Arts de Saint-Etienne. Un poste qui, dès le début des années 90, lui a permis d’être au cœur du déploiement de la politique de développement de l’école, initiée par le directeur de l’époque Jacques Bonnaval. Acteur et témoin privilégié de la montée en puissance de la dynamique design dans l'agglomération stéphanoise, Josyane Franc retrace les tenants et aboutissants du lancement de la Biennale du Design et évoque la place de Saint-Etienne sur l’échiquier international.

Comment est née l’idée de lancer une biennale du design à Saint-Etienne ?
L’idée est née de la rencontre entre le maire de Saint-Etienne, Michel Thiollière et le directeur de l’Ecole des Beaux-Arts, Jacques Bonnaval. A l’époque, les deux hommes sont partis d’un constat simple : Saint-Etienne est une ville dynamique, qui dispose d’un potentiel certain, mais qui n’est pas toujours bien exploité et mis en valeur. Il fallait donc trouver un événement suffisamment fort et pertinent par rapport à la richesse culturelle et économique de notre territoire pour apporter une image nouvelle à la ville. Il y avait déjà une Biennale d’Art Contemporain à Lyon. Les deux hommes ont donc eu l’idée d’organiser une biennale du design. L’idée était de faire une photo de la création mondiale à un moment T. Et pas seulement au niveau des écoles, mais aussi auprès des professionnels du design et des entreprises.


Créer un tel événement à Saint-Etienne, ce n’était pas un pari un peu osé ?
Je préfère le mot ambitieux ! Avoir de l’ambition est une bonne chose. C’est vrai qu’en 1998, lorsque nous avons présenté le concept lors d’une conférence de presse à Paris, tout le monde s’interrogeait sur la légitimité de Saint-Etienne à organiser un événement de cette envergure, qui plus est sur la thématique design. Et pourtant, cela avait un sens. Le passé stéphanois avec le textile, le cycle et Manufrance nous donnait de fait une légitimité historique. Il a fallu que l’on explique que le design n’était pas une thématique que l’on venait de greffer, mais qu’il s’agissait bien d’un pan entier de notre histoire.


Quid de la légitimité de l’Ecole des Beaux-Arts à organiser cet événement ?
L’Ecole des Beaux-Arts, par l’intermédiaire de Jacques Bonnaval, oeuvrait déjà depuis longtemps à la promotion et au développement du design, avec la mise en place d’un cursus spécifique post-diplôme, le lancement de la revue Azimuts en 1994 et une politique d’ouverture de l’école à l’international, présente dès le début des années 90. Jacques Bonnaval était un pionnier, qui avait compris toute l’importance pour une école d’art et design de développer une stratégie de coopération internationale, à travers différentes actions comme les échanges d’expositions, d’artistes, d’étudiants et d’enseignants. En outre, dès 1990 nous avons beaucoup travaillé avec le tissu économique local. En lien avec la CCI nous avons organisé de nombreuses expositions et réunions pour sensibiliser les entreprises à l’intérêt du design. Nous invitions des designers et des chefs d’entreprises à venir témoigner de leurs expériences communes. Et puis, il ne faut pas oublier que nous avons été également l’un des membres fondateurs du Centre Design Rhône-Alpes (CDRA), qui a vu le jour en 1991. L’Ecole des Beaux-Arts s’est d’ailleurs entourée des compétences du CDRA, mais aussi de l’Institut Français du Design et de l’Agence pour la Promotion de la Création industrielle (APCI) pour présenter le design dans les entreprises lors de la 1ère biennale.


La Biennale semble avoir au fil des éditions gagnée ses lettres de noblesses. Est-ce que pour autant Saint-Etienne est aujourd’hui perçue à l’international comme une place forte du design ?
C’est évident ! En organisant et en pérénisant un événement fort, Saint-Etienne s’est incontestablement affirmée sur le plan international. La biennale du design, c’est une idée originale, un événement qui n’existe pas ailleurs. Ce n’est pas un salon ou un « design week » comme on peut en voir de plus en plus dans les grandes capitales européennes et mondiales. La Biennale est unique. Aujourd’hui, nous sommes reconnus car nous avons montré que nous étions capables de faire venir à Saint-Etienne des designers du monde entier, que nous pouvions fédérer autour d’un événement le monde culturel et économique. Bref, au fil des éditions, la Biennale est devenue un événement international incontournable, qui a été à l’origine d’une véritable dynamique économique. L’implantation d’Ikéa à Saint-Etienne n’est pas un phénomène anodin. Nul doute que la Biennale a été un argument déterminant dans le choix de l’enseigne suédoise. Elle aurait pu s’installer à Clermont-Ferrand ou ailleurs. Elle a choisi Saint-Etienne.


C’est aussi le succès rencontré par la biennale qui a été à l’origine du projet de Cité du design ?
Effectivement ! Saint-Etienne se cherchait une nouvelle identité. Ce qui s’est passé autour de la Biennale a servi de révélateur et a déclenché une volonté politique forte. Les élus ont commencé à travailler autour de la thématique design. Ils ont pris conscience que la dynamique impulsée par la biennale n’était pas quelque chose de surfait, que le design pouvait et devait être un formidable moteur de reconversion pour notre territoire. Le projet de Cité du Design est très vite apparu comme le fer de lance de cette reconversion, un moyen d’asseoir la mutation économique de la métropole stéphanoise en la dotant d’un outil capable de fédérer la sphère culturelle et la sphère économique.


Et le Concours Commerce Design ?
C’est aussi l’une des retombées directes du succès de la Biennale. Lors de l’édition 2002, j’ai proposé à Marie José Lacroix, commissaire au design de la Ville de Montréal, de venir à la CCI de Saint-Etienne/Montbrison présenter le concours « Commerce Design Montréal ». J’étais persuadée que l’on pouvait adapter ce concept à Saint-Etienne pour stimuler le commerce stéphanois. Récompenser les commerçants qui ont fait appel à un professionnel du design pour rénover leur boutique, c’est les inciter à prendre en compte la dimension esthétique, mais aussi le confort d’achat pour le client. Le concept a remporté un large succès auprès des personnes présentes lors de cette présentation. J’ai donc proposé à la municipalité stéphanoise d’importer le concept. En 2003, Saint-Etienne a ainsi bénéficié du parrainage de Montréal pour devenir la première ville en Europe à organiser ce concours.


C’est aussi ce qui a permis à Saint-Etienne d’intégrer le réseau des « Nouvelles Villes de Design »?
La venue à Saint-Etienne de Marie José Lacroix, lors de la Biennale 2002 a effectivement été le point de départ d’un rapprochement entre Saint-Etienne et Montréal. De cette rencontre est née « Commerce Design Saint-Etienne », mais également d’autres collaborations qui ont pris la forme d’ateliers organisés dans le cadre des Entretiens Jacques Cartier. Le premier s’est tenu à Saint-Etienne en décembre 2003, sur le thème « Frontières entre l’artisanat et le design ». Le second s’est déroulé au mois d’octobre 2004 au Centre Canadien d’Architecture, à Montréal. Il a donné naissance à un livre intitulé « Les Nouvelles Villes de Design ». L’idée était de dresser, un portrait des villes, qui au cours de la dernière décennie, grâce à des politiques municipales volontaristes, ont su se positionner comme des villes de design sur l’échiquier international. Saint-Etienne fait aujourd’hui parti du réseau des « Nouvelles Villes de Design », au même titre qu’Anvers, Glasgow, Lisbonne, Montréal, Stockholm ou Times Square.


 



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> Josyane_Franc.pdf (pdf-56ko)
Fiche actualisée le : 24/10/2006
 
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