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FONCTIONS MÉTROPOLITAINES, RAYONNEMENT ET ATTRACTIVITÉ : INTERVIEWS
 
 
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Jacques DEMONGEOT : “Nous arrivons plus rapidement à faire une diagonale du fou entre mathématiques et problèmes médicaux"

Jacques Demongeot, biomathématicien, Directeur du laboratoire TIMC-IMAG (Techniques de l’Imagerie, de la Modélisation et de la Complexité - Informatique, Mathématiques et Applications, Grenoble), Directeur de l’Institut d'Ingénierie pour le Vivant (IFRT 130). Propos recueillis le 7 novembre 2007 par Sylvie Mauris-Demourioux

Date : 07/11/2007

Stratégiquement, Grenoble doit jouer la carte alpine en profitant de la synergie de Genève et la complémentarité de Lyon



Lyon est-elle l’avenir de Grenoble ou est-ce Genève ?

Lyon, c’est la complémentarité, Genève la synergie. Le sillon alpin correspond à une réalité historique. Les Grenoblois sont tournés vers l’ingénierie et cette dimension technologique se retrouve de l'Isère à la Franche-Comté, en passant par la Savoie, la Haute-Savoie et la Suisse Romande, sans oublier le Piémont voisin. Pensez aux traditions horlogères, micro-mécaniques, électroniques et mécatroniques à Annecy, Besançon, Chambéry, Genève, Grenoble, Lausanne, Neuchâtel, Turin,…. En sautant Bâle qui fait du médicament, ce sillon alpin se prolonge jusqu’à la Forêt Noire, dont la ville de Tuttlingen s'intitule, sur sa flamme postale, "capitale mondiale de la technologie médicale", et nous a fourni de très intéressantes collaborations. Sur le plan stratégique, cet axe technologique est perpendiculaire à l’axe industriel des 18-19èmes siècles qui passait par Londres, le nord de la France, les Flandres, la Ruhr, jusqu’en Tchéquie. C’était l’axe de la grosse métallurgie, tandis que nos montagnes se tournaient vers l’énergie hydro-électrique, la petite fonderie, la mécanique, puis le magnétisme, l'électronique et la mécatronique (née du mariage de l'électronique et de la mécanique), ceci aux niveaux méso, micro (horlogerie, micro-électronique) et maintenant nano… Avec le développement du numérique, c’est l’axe vertical de l'Europe qui a beaucoup plus développé les technologies naissantes en «tic» ! D’ailleurs, le projet des 5 moteurs pour l’Europe suivait cette ligne, du Baden-Würtemberg à la Catalogne en passant par la Suisse Romande, la Lombardie-Piémont et Rhône- Alpes. Curieusement, Barcelone a plus d’affinités avec Grenoble qu’avec Lyon, peut-être est-ce dû au fait que Barcelone est une ville très high-tech (avec environ 700 sociétés, dont HP, IBM, AMD, Microsoft, Yahoo,...) !
Ce n’est pas un hasard si chez nous la pharmacie et la médecine se  sontorientées vers les procédés, les instruments et les dispositifs, alors que Lyon est devenue une grande capitale du médicament. Il y a, d’un côté, la tradition millénaire montagnarde des mines de fer et des fonderies et de l’autre la tradition lyonnaise, plus négociante, dans la capitale du velours et de la soie. Ces traditions sont vraiment différentes. Cela se voit bien au niveau des grands instruments : nous aimons travailler en Santé avec des appareils fabriqués par nos soins et nous essayons de les vendre, tandis que les Lyonnais travaillent avec des instruments souvent fabriqués ailleurs. Ces différentes caractéristiques sont un peu caricaturales, mais elles font la richesse de la région Rhône-Alpes. Toutefois, si Grenoble choisit de développer des actions importantes au niveau européen, non pas en complémentarité, mais en synergie, il lui faut absolument jouer la carte alpine.

C'est-à-dire privilégier la coopération avec les universités du sillon alpin ?
Dans nos domaines technologiques, les locomotives sont la Suisse Romande et Turin. En général, dans les classements internationaux, Genève et l’Ecole Polytechnique Fédérale de Lausanne sont systématiquement dans les cent cinquante premiers et l’université de Lausanne dans les 200-300. Donc, si Grenoble cherche l’excellence universitaire, elle doit se tourner aussi vers la Suisse Romande. A 150 km de chez nous, il y a trois universités dans le top mondial, et il est donc logique de faire le trajet vers Genève.

Quel intérêt ont les Suisses de s’allier à Grenoble ?
Tout le problème est là ! Tout d’abord, la Suisse est un petit pays, excellent en médecine qui a moins de potentiel étudiant que le nôtre : on peut donc leur apporter des étudiants. On peut aussi leur apporter une solution pratique dans certains cas particuliers. Par exemple, une partie de notre laboratoire est à Archamps en Haute-Savoie. Nous avons monté avec les Suisses une animalerie, car cela est plus aisé à faire sur le territoire français qu’en Suisse Romande, où les ligues antivivisectionnistes sont très actives. J’ai bien conscience que ce sont des arguments de pays pauvres ! Plus sérieusement, ils nous reconnaissent une certaine créativité et une meilleure alliance entre recherche fondamentale et appliquée. Nous arrivons plus rapidement à faire une diagonale du fou entre mathématiques et problèmes médicaux. C’est l’avantage du CNRS qui, en réunissant toutes les disciplines dans son spectre, permet de tirer ces fils très rapidement, avec la bénédiction de nos dirigeants.



Téléchargements
> Jacques_Demongeot_01.pdf (pdf-58ko)
... sur millenaire3
> Roger SARRAZIN : “En santé, la spécificité grenobloise c'est la transversalité et l'imbrication des disciplines" (Interviews)

> Grenoble, une longue tradition de synergie entre recherche et industrie (Synthèses)

> Enseignement supérieur et Recherche (Gros plans)


Fiche actualisée le : 23/01/2008
 
Fiche indéxée dans :
Société » Santé »» Industrie de la Santé / Biotechnologies
Société » Vie économique »» Fonctions métropolitaines, rayonnement et attractivité
 
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