Offrir des possibilités de transformation, d’animation, d’évolution, c’est justement le propos des spectacles dits « vivants » qui se frottent de plus en plus aux arts plastiques – et vice versa - pour investir l’espace public.
C’est le cas bien sûr, comme leur nom l’indique, des arts de la rue qui bénéficient, dans l’agglomération, d’un lieu de fabrication : Les Ateliers Frappaz, d’un festival : Les Invites et de compagnies de premier plan comme KompleXKapharnaüM.
http: invites.villeurbanne.fr-
www.ateliers-frappaz.com
http: www.kxkm.net
Les Invites sont à la fois un moment de transformation urbaine, qui fait appel à des scénographes et des plasticiens, et un temps où l’art vivant investit l’espace public.
Ce déploiement et ce débordement artistique sur l’espace public est de plus en plus présent dans les événements culturels. La Biennale de la Danse de Lyon a donné le ton en organisant un Défilé mêlant professionnels et amateurs de l’ensemble de l’agglomération, voire la région, en plein cœur de Lyon. Mais aussi en invitant des chorégraphes à prendre pour scène rue, places et immeubles, à l’image de la compagnie Julie Desprairies dansant en 2006 dans les Gratte-Ciel de Villeurbanne. www.compagniedesprairies.com/La-commence-le-ciel.html. Ou de la Biennale d’art contemporain avec l’art sur la place puis Veduta (lire plus haut).
Même les événements littéraires, comme tout récemment « Paris en toutes lettres », invitent les écrivains à investir, physiquement, des lieux du quotidien pour créer in situ et laisser des traces. A Valence, Richard Brunel créée en mai 2011 la première édition d’un événement intitulé Ambivalence, qui se propose de « transformer Valence pour qu’elle devienne toute entière décor, écrin éphémère des fictions imaginées et représentées par jeunes auteurs ».
www.comediedevalence.com/ambivalences1011
Le secteur dit institutionnel des arts plastiques s’ouvre lui même, et de plus en plus, à d’autres disciplines et d’autres temporalités dans l’espace public.
L’IAC, Institut d’art contemporain de Villeurbanne a ainsi invité l’auteur multi-supports Jean-Charles Massera, dans le cadre de son projet Kiss My Mondialisation réalisé pour l’Institut en novembre 2010 – à créer des affiches pour le réseau d’affichage public de Villeurbanne. Son but : susciter un questionnement auprès des passants, inscrire une libre pensée dans un environnement généralement dévolu aux messages publicitaires.
Alors que Didier Courbot exposait dans ses locaux, Le CAP de Saint-Fons a sollicité cet artiste paysagiste pour une suite d’interventions éphémères
dans des jardins privés de la ville à l’automne 2010. De plus, fin mai 2011, le CAP montre une première restitution de la résidence des artistes turinois Raffaella Spagna et Adrea Caretto en vallée du Rhône, entre la Vallée de la Chimie et le Port de Valence. « L’exposition offre un écho critique et plastique aux enjeux politiques actuels de réconciliation avec le fleuve » explique Anne Giffon-Selle, directrice du CAP de Saint-Fons. Autre équipe artistique liée au CAP de Saint-Fons, le Groupe Moi, collectif d’artistes de plusieurs disciplines dont le graphisme. Lors de leur résidence à Saint-Fons ils ont proposé plusieurs performances artistiques mêlant arts plastiques et spectacles vivants.
C’est bien ce que préconise Philippe Chaudoir, spécialiste en sociologie des politiques urbaines. « Je crois qu’il faut inventer d’autres formes d’interventions plastiques dans l’espace public, plus évolutives, plus surprenantes, plus interactives » qui correspondent à ce qu’on appelle, de plus en plus, « un urbanisme temporaire ». « A côté de la démarche classique de poser des objets dans l’espace public, il faut permettre que se développent des processus qui permettent des évolutions » poursuit Philippe Chaudoir.
Lire l'entretien avec Philippe Chaudoir, président des Ateliers Frappaz à Villeurbanne.
Même analyse de la part de Léa Marchand qui jugerait intéressant que la commande publique introduise « des œuvres qui ne soient pas forcément pérennes, intègre des formes issues des arts de la rue, des arts audio-visuels, de la chorégraphie, etc. Et qu’un brassage des genres et des temporalités puisse exister ».
Mais le principal frein à cette ouverture de la commande publique à des formes, genres et temporalités diverses réside dans le souci de l’entretien et de la maintenance. Pour durer dans l’espace public, les œuvres doivent donc bannir toute fragilité. Développer des commandes publiques d’œuvres éphémères ou à durée limitée permettrait d’alléger cette contrainte.
Car en imposant la durabilité et la solidité, les commandes publiques ont tendance à exclure, de fait, un pan entier de la création en devenir : les nouvelles technologies.
« Il me semble important, dans un monde qui va très vite, dans lequel le sentiment d’ubiquité induit par l’envahissement d’Internet et des technologies de l’information et de la communication, constitue un changement majeur de notre société, que cette question soit également prise en compte par l’artiste » qui intervient dans l’espace public estime en effet Marie-Claude Jeune, présidente de l’ADERA, Association des directeurs des écoles d’art de Rhône-Alpes.
D’autant que les nouvelles technologies sont elles-mêmes porteuses
d’un fort potentiel d’expression dans l’espace public, via, notamment, la réalité augmentée. Les Tanukis, société installée à Villeurbanne et membre du pôle de compétitivité Imaginove développe ainsi le projet provisoirement intitulé « Vis ta ville » qui devrait permettre d’ « ouvrir un espace virtuel à la culture dans la ville ». L’idée de départ était de faire des graffitis sans détériorer l’espace urbain via une application sur smart-phone qui permet de peindre virtuellement sur une façade préalablement équipée puis de laisser l’image ancrée sur le site afin de la rendre visible à d’autres. Cette technique offre de nombreux débouchés – les Tanukis travaillent actuellement à une application de visite guidée de Saint-Jean pour la mi 2012 – mais le but de son dirigeant est clair : « faire du contenu culturel en Rhône-Alpes » explique Damien Briatte, directeur des Tanukis et président d’Imaginove. « Cette technique va nous permettre de diffuser des jeux, des web-documentaires, des expos temporaires, etc. Bref de faire sortir des contenus de la télé et des ordinateurs dans la rue » poursuit Damien Briatte.
www.lestanukis.com
www.imaginove.fr
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