Depuis plusieurs années différents intellectuels dénoncent les effets pervers de l’ethnicisation de la société et notamment la stigmatisation et l’enfermement des personnes « issues de la diversité » dans des groupes ethno-culturels, des semblants de communautés. Cette ethnicisation renvoie systématiquement ces personnes à leur origine et contribue à masquer le problème social qui affecte une grande majorité de la population immigrée ou issue de l’immigration, et plus largement, elle positionne le débat au niveau culturel et non social et masque ainsi la question de l’actuelle redistribution des richesses, de la question sociale d’aujourd’hui.
L’anthropologue et ethnologue africaniste français Jean-Loup Amselle, est directeur d'études émérite à l'EHESS, dirige les Cahiers d’études africaines et contribue régulièrement à la revue Lignes. Il est, entre autres, l’auteur de Rétrovolutions, Stock, 2010 ; L’Occident décroché, Stock, 2008 ; Branchements, Flammarion, 2001 ; Vers un multiculturalisme français, Flammarion, 1996 et en 2011, de L’ethnicisation de la France aux éditions Lignes.
Dans le texte qu’il présente ici, il démontre notamment la grande perversité des jeux de la stigmatisation, qu’ils soient fondés sur l’affirmation d’une identité blanche et catholique ou sur l’idéal, voire le dogme, d’une société multiculturelle.