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Lancé en 1998 par Saint-Etienne Métropole, le "Plan multimédia dans les écoles" entre aujourd’hui dans une nouvelle phase de son développement. Après avoir équipé l’ensemble des 317 écoles de l’agglomération en plates-formes multimédia et formé les enseignants à l’usage de l’outil, la communauté d’agglomération, en lien étroit avec l’Inspection Académique de la Loire et le Centre Départemental de Documentation Pédagogique, travaille à la mise en œuvre de nouvelles solutions de communication et de partage d’informations. Des solutions dont bénéficieront également les élèves en situation de handicap et qui devraient encourager, d’ici à 2008, le développement de nouvelles pratiques pédagogiques au sein de l’agglomération.
Réduire la fracture numérique à la source
Dans le cadre de sa compétence "multimédia", Saint-Etienne Métropole décide de lancer en 1998 un "Plan multimédia dans les écoles". L’objectif ? Développer l’accès des Technologies de l’Information et de la Communication pour l’Enseignement (TICE) en dotant, d’ici à 2005, l’ensemble des écoles de l’agglomération d’une plate-forme multimédia performante, connectée à Internet. "A l’époque, les élus de Saint-Etienne Métropole se sont rendus compte que les écoles de l’agglomération étaient inégalement équipées en outils informatiques, alors même que les premiers signes de la fracture numérique en France se faisaient sentir" , expose Marie-Hélène Sauzéa, vice-présidente de Saint-Etienne Métropole en charge du plan . Et Henri Duplain, chargé de mission du plan multimédia à la communauté d’agglomération, d’ajouter : "Ces mêmes élus avaient compris avant d’autres que cette inégalité d’accès aux outils de traitement de l’information et de la communication dans les écoles en engendrait une autre, et non des moindres : l’inégalité d’accès aux nouveaux modes d’acquisition du savoir".
Face à ce constat unanime, la communauté d’agglomération, dans un souci de solidarité et de traitement égalitaire de toutes les communes, démarre dès 1999 le câblage de l’ensemble des écoles élémentaires publiques de l’agglomération et l’installation des équipements dans les premiers établissements scolaires. Cinq microordinateurs, deux imprimantes (une laser et une jet d’encre couleur), un scanner, un accès Internet partagé (pour les écoles publiques), des logiciels standards… toutes les écoles élémentaires/ primaires du territoire, privées ou publiques, sont logées à la même enseigne. Idem pour les écoles maternelles, qui se voient attribuer deux micro-ordinateurs, deux imprimantes, un scanner, des logiciels pédagogiques et un accès Internet pour un poste.
Consciente que la simple fourniture d’équipements ne suffit pas, la communauté d’agglomération décide, dès le démarrage du plan, de financer les accès à Internet des écoles publiques sur la base de 1520 heures par an et par école, pour les écoles en RNIS et sans limitation de durée pour celles en ADSL. L’objectif est qu’à la fin 2005, l’ensemble des écoles publiques bénéficient de l’ADSL (92% des écoles sont en ADSL) ou de son équivalent en connexion illimitée.
Complément indispensable au matériel informatique et au forfait annuel de connexion Internet, la communauté d’agglomération met également à la disposition des écoles une "cellule maintenance". Deux techniciens, salariés de Saint- Etienne Métropole, sont chargés d’assurer, à la
demande des enseignants et dans les 48 heures, le suivi et la maintenance des équipements multimédias fournis par Saint-Étienne Métropole dans les écoles de l'agglomération. Un logiciel de gestion de parc et des interventions, conçu et mis en œuvre par Saint-Étienne
Métropole, permet d’assurer un suivi qualitatif et quantitatif de la maintenance.
Une opération unique en France de par sa taille et sa cohérence
Pour bon nombre d’observateurs avisés, le "Plan multimédia dans les écoles" de Saint- Etienne Métropole est jugé, dès le départ, extrêmement ambitieux. Quarante et une communes concernées, représentant 317 écoles, 1 700 classes et 30 000 élèves… "A l’époque, il s’agit de la plus importante opération de ce type en France", assure Jean-Pierre Lefebvre, consultant multimédia pour le compte de Saint-Etienne Métropole . Et d’ajouter : "J’ai l’habitude de
travailler avec les collectivités, et je connais d’autres réalisations de ce type, mais au niveau de la taille, du nombre et en terme de cohérence générale, ce plan est aujourd’hui encore unique en France".
En effet, loin d’être "un coup de pub", l’opération initiée par Saint-Etienne Métropole est avant tout un plan d’ensemble qui, outre le volet équipement/ maintenance, comprend également un
volet pédagogique, mené en étroite collaboration avec l’Inspection Académique de la Loire et le Centre Départemental de Documentation Pédagogique (CDDP). L’idée ? Former les enseignants aux TICE pour assurer une efficacité pédagogique optimale et une véritable cohérence avec l’équipement des écoles. "C’est là que réside la principale originalité du plan. On met du matériel à la disposition des écoles et dans le même temps, on forme les enseignants à l’usage de l’outil", commente Patrice Caleyron, directeur du CDDP.
La formation des enseignants est assurée par l’Education Nationale sous la conduite de Michel Verchère, Inspecteur de l’Education Nationale en charge du dossier TICE . "Dans ce cadre,
Saint-Etienne Métropole a mis à notre disposition
deux plates-formes multimédia types pour que nous puissions animer les stages organisés par l’Inspection Académique, dans le cadre général de la formation continue des maîtres, mais aussi des formations plus spécifiques, qui permettent aux enseignants de mieux maîtriser le
fonctionnement technique de l’outil et de développer des projets pédagogiques au sein des classes", expose Patrice Caleyron.
Une prouesse logistique à coût maîtrisé
Six ans après le démarrage effectif du « Plan multimédia dans les écoles » (en 1999), les résultats escomptés sont bel et bien au rendez-vous. Toutes les écoles primaires/élémentaires de l’agglomération - soit 142 écoles publiques et 56 privées - disposent d’une plate-forme multimédia connectée à Internet. Les 119 écoles maternelles que compte le territoire de l'agglomération sont également équipées. Au total, le parc multimédia géré par Saint-Etienne Métropole s’élève à 1 500 micro-ordinateurs et 600 imprimantes. Reste aujourd’hui à poursuivre le câblage des écoles maternelles, le complément d’équipements en fonction du nombre de classe et le remplacement des plates-formes livrées entre 1999 et 2000. Obsolescence oblige !
Véritable prouesse logistique inscrite dans la durée, le "Plan multimédia dans les écoles" a d’ores et déjà mobilisé 4, 5 millions d’euros d’investissement sur la période 1999-2005. Une
somme, certes importante, mais qui aurait pu l’être plus encore. En effet, si Internet est incontestablement un formidable outil pédagogique, il n’en reste pas moins un gigantesque réseau d’autoroutes où l’information est difficilement contrôlable. Pour garantir une sécurisation maximale du réseau et faire face à la recrudescence des sites prohibés (pornographiques, incitation
à la violence et à la haine raciale…), la communauté d’agglomération s’est attachée à trouver une solution technique fiable et la moins coûteuse possible. "Nous avions le choix entre plusieurs
solutions techniques. La première, c’était de mettre un serveur de filtrage par école. Ce qui aurait nécessité un investissement lourd.
Finalement, nous avons réalisé des économies d’échelles en optant pour un serveur partagé partoutes les écoles, directement installé sur le réseau régional à très haut débit Amplivia", expose Henri Duplain. Séduit par cette solution de sécurisation à moindre coût, l’Inspection Académique de la Loire a demandé à Saint-Etienne Métropole, la possibilité de participer au financement pour étendre le dispositif à toutes les écoles du département. Touché par l’effet "boule de neige", le Rectorat a par la suite formulé la même demande.
Résultat, début 2006, les 2 500 écoles du Rhône, de la Loire et de l’Ain pourront bénéficier d’un serveur de filtrage opérationnel et totalement gratuit par l’intermédiaire du réseau Amplivia.
Vers une démocratisation des TICE dans les pratiques pédagogiques
Côté formation, le "Plan multimédia dans les écoles" semble également porter ses fruits. "En six ans, nous sommes parvenus à former plus de 300 enseignants. Ce qui représente environ 1 800 journées de formation. L’objectif de former une personne ressource par école, qui
soit à la fois le référent pédagogique en matière de TICE et le garant du fonctionnement des équipements informatiques, est donc en passe d’être atteint" , expose Patrice Caleyron directeur du CDDP.
Conséquence directe de ces formations, les TICE sont de plus en plus intégrées dans les pratiques pédagogiques. Une étude qualitative sur les conséquences de la mise en place du "Plan multimédia dans les écoles", réalisée par l’Université Jean Monnet à la demande de Saint-
Etienne Métropole et de l’Inspection Académique de la Loire, a d’ailleurs récemment montré une mobilité croissante de l’outil informatique au sein des écoles. Longtemps isolé dans des
salles dites "informatiques", l’ordinateur aurait tendance à investir les salles de classes. Pour Monique Lesko, inspectrice d’Académie de la Loire, ce phénomène n’a rien d’étonnant.
"L’outil informatique fait partie des connaissances de base que les enseignants doivent transmettre aux élèves dans le cadre du B2i (Brevet Informatique et Internet). En outre, s’il n’est pas indispensable à une bonne séquence pédagogique, les enseignants ont compris
qu’il pouvait apporter un plus. Il intervient comme un appui et leur permet d’aborder des connaissances de base de différentes manières", constate la directrice des services départementaux de l’Education Nationale. De "différentes manières", mais aussi de
manière différente ! Pour Patrice Caleyron : "L’outil va modifier les pratiques et certaines pratiques vont récupérer l’outil". Et au directeur du CDDP d’ajouter : "C’est la position même du maître qui est amenée à changer. L’outil informatique permet d’enseigner par-dessus l’épaule. C’est l’enfant, guidé par l’enseignant, qui vase construire son savoir".
Encourager l’expérimentation pédagogique et le développement des usages
Evolution sensible des pratiques pédagogiques ou réelle mutation ? (texte de Guy Pouzard). Une chose est sûre, le "Plan multimédia dans les écoles" de Saint- Etienne Métropole a accéléré un phénomène somme toute inévitable. Les TICE se démocratisent et devraient l’être plus encore dans les années à venir. L’étude qualitative réalisée par l’Université Jean Monnet a montré qu’il était
nécessaire d’accentuer l’effort de formation des enseignants dans le sens d’un approfondissement de la maîtrise technique et de l’utilisation à des fins pédagogiques des TICE, tout en poursuivant la politique de déploiement des équipements multimédia dans les salles de classes.
Fortes de ces préconisations et devant l’augmentation
du nombre de demandes de mise à disposition d’équipements spécifiques (vidéo projecteur, caméscope, visiophone, PC évolué, tableau blanc interactif…), Saint- Etienne Métropole et l’Inspection Académique de la Loire ont décidé pour la période 2006-2008
d’encourager l’expérimentation de nouvelles pratiques pédagogiques, via une procédure "d’appels à projets". Une première sélection sur des critères de pertinence pédagogique sera effectuée par l’Inspection Académique. La communauté d’agglomération retiendra et financera
ensuite dix projets par an, soit 30 projets sur les trois ans à venir. Les initiateurs des projets devront bien entendu rendre compte de leur
expérimentation et la faire partager à l’ensemble du corps enseignant. "Une fois évaluées, ces expérimentations influeront sur notre offre de formation et nous permettront de développer de nouveaux usages au sein des écoles", expose Patrice Caleyron.
Partager les expériences pour améliorer l’utilisation de l’outil informatique dans la relation pédagogique, ce sera aussi l’un des enjeux de la mise en œuvre d’un Espace Numérique de Travail.
Saint-Etienne Métropole souhaite travailler en collaboration avec le Conseil général de la Loire pour adapter la solution de "Cyber bureau" développée dans les collèges. Cet Espace Numérique de Travail devrait permettre de favoriser les échanges de pratiques pédagogiques, de concevoir de nouveaux scénarii. "L’Espace Numérique de Travail va entretenir une certaine émulation et permettre de développer de nouveaux réseaux, de favoriser les échanges entre
enseignants et entre les classes", commente Monique Lesko.
"Un portail spécifique, intitulé Métroclic du nom de la mascotte qui accompagne le plan, est en cours d’élaboration. Il permettra aux enseignants un accès rapide aux différents outils multimédia
mis à leur disposition : maintenance, Espace Numérique de travail, sites Education Nationale… ", précise Henri Duplain.
Extension du plan aux élèves en situation de handicap
Favoriser la communication, l’échange et le partage de savoir, l’enjeu dépasse aujourd’hui le cadre scolaire classique. Pour donner réellement les mêmes chances à tous les élèves de l’agglomération, Saint-Etienne Métropole, à la demande expresse de son président Michel Thiollière, a décidé en 2005 d’étendre le "Plan multimédia dans les écoles" aux élèves en situation de handicap. Afin d’identifier le périmètre et les besoins, la communauté d’agglomération a demandé à son consultant multimédia, Jean- Pierre Lefebvre, de réaliser une étude. "On s’est en effet très vite aperçu que le périmètre et les besoins étaient importants", précise Marie- Hélène Sauzéa. Quatorze établissements spécialisés, type Instituts Médicaux Educatifs (IME), 36 Classes d’Intégration Scolaire (CLIS), un Service d’Assistance Pédagogique et d’Aide à Domicile (SAPAD), deux classes au CHU de l’Hôpital Nord, des Services d’Education Spécialisés et de Soins à Domicile (SESSAD), des structures spécialisées orientées vers les élèves en grande difficulté scolaire… au total, plus de 1 500 élèves de l’agglomération sont touchés par
un handicap plus ou moins lourd.
Les besoins ? Ils varient en fonction des cas. "La majorité desIME disposent d’équipements "déclassés" mis à disposition par certaines entreprises ou le monde associatif. Ils ont donc besoin de plates-formes multimédia complètes et performantes.
Idem pour les CLIS, qui théoriquement peuvent avoir accès aux équipements standards de l’école, mais qui en réalité n’y ont accès que sur des périodes trop courtes, du fait du nécessaire partage
avec les autres classes », relate Henri Duplain. Et de poursuivre :
"Les élèves atteints de déficience visuelle ont eux des besoins spécifiques : imprimante braille, synthèse vocale, etc.
Pour un élève scolarisé à domicile, pour une période plus ou moins longue, un PC portable équipé de logiciels de bureautique et connectable à Internet suffit à lui faciliter le suivi de son activité scolaire".
Favoriser l’intégration en milieu ordinaire
Au-delà des besoins en équipements plus ou moins spécialisés, l’étude réalisée par Jean- Pierre Lefebvre a également permis de mettre en avant le manque cruel de solutions de communication et de partage d’informations pour les élèves en situation de handicap. Visiophonie, Espace Numérique de Travail, messagerie électronique, "chat" … autant d’outils qui permettraient à ces élèves de rompre l’isolement et de faciliter leur intégration au sein des écoles dites "classiques". Car c’est bien là que réside l’un des enjeux du volet handicap du "Plan multimédia" pour les trois ans à venir. En cela, la démarche initiée par la communauté d’agglomération rejoint parfaitement l’axe de travail prioritaire défini par l’Etat dans la loi du 11 février 2005 sur "les besoins éducatifs particuliers". "A terme, les efforts conjugués de Saint-Etienne Métropole, de l’Inspection Académique et du CDDP devraient permettre d’intégrer de plus en plus d’enfants en situation de handicap dans les écoles dites ordinaires. Ce plan va nous permettre
de faire des propositions de scolarisation aux familles, en fonction du handicap de leurs enfants, mais aussi de favoriser les échanges entre les classes spécialisées et les classes dites "normales" et du coup de faire tomber les barrières de l’exclusion", argumente Monique Lesko.
Pour parvenir à ce résultat, Saint-Etienne Métropole a décidé de débloquer un budget de 210 000 euros/an sur trois ans pour le volet « handicap » (10% du budget total alloué au "Plan Multimédia").
Inscrit au Contrat de Développement Rhône-Alpes, le plan dans sa globalité devrait en outre bénéficier de financements complémentaires de la Région, notamment sur le volet concernant le développement des usages.