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Éduquer à prévenir les risques majeurs

un pour tous, tous pour un !

Références(s) : Agenda métropolitain Lyon - Saint Etienne /Printemps 2007
Auteur : Sandra Decelle

Chaque saison, le réseau de veille Lyon - Saint Etienne décrypte les dynamiques métropolitaines à travers quatre Gros Plans.   

Printemps 1987, le ciel de Lyon se noircit brusquement. Le Port Edouard Herriotconnaît l'incendie le plus grave de son histoire. Une explosion dans un réservoir d'hydrocarbure produit ce que les spécialistes appellent un phénomène de Boil Over : une boule de feu de deux cent mètres de diamètre s'élève jusqu'à quatre cent mètres de haut. On déplore deux morts et quinze blessés . Vingt ans plus tard, que dire au sujet de cet accident majeur à ceux qui ne l'ont pas connu, aux plus jeunes ? Comment sensibiliser, éduquer, faire comprendre que des risques industriels existent dans l'agglomération
sans susciter la peur ? A travers le Plan d'Education au Développement Durable, le Grand Lyon vient de s'emparer de cette question dans le but de développer une culture du risque et de favoriser la prise de conscience.


Éduquer aux «risques majeurs », c'est-à-dire ?
Si tout le monde a déjà entendu parler d'inondations, de tempêtes, d'incendies de forêt ou d'explosion, tout le monde ne sait pas que ces événements appartiennent à la famille des catastrophes majeures. Avant qu'elles ne surviennent, on parle de risques majeurs, c'est-à-dire d'accidents potentiels très graves, pour l'homme, ses biens, son environnement. Ils sont également peu fréquents et les moyens déployés pour les stopper ( pompiers, police.. ) dépassent généralement ceux d'une seule commune. Éduquer aux risques majeurs, c'est permettre à chacun de mieux connaître ces phénomènes et de savoir comment s'en prémunir.

L'éducation aux risques majeurs : une démarche récente, soutenue par l'État
L'éducation aux risques majeurs est une démarche récente en France, principalement orchestrée par la Direction de la Prévention des Pollutions et des Risques du Ministère de l'Écologie et du Développement Durable (MEDD) et par le Ministère de l'Éducation Nationale. À l'initiative de ces deux institutions, se constitue dès les années 90 un réseau de personnes susceptibles de développer des actions d'éducation aux risques majeurs dans les écoles. Cinq cent ont été formées depuis par l'Institut Français de Formateurs Risques et Environnement, organisme soutenu par le MEDD. L'objectif estque chaque recteur d'académie ait à ses côtés un coordonnateur et des volontaires pour aider la communauté éducative à mener des actions de prévention. Dans l'académie de Lyon, ce réseauest pour l'instant peu activé.

Les plans communaux de sauvegarde : un moyen indirect d'éduquer
En plus des formateurs, les principaux acteurs qui œuvrent dans le domaine de la prévention des risques majeurs se trouvent dans les services techniques des collectivités (urbanisme, environnement, sécurité). Les maires ayant l'obligation d'assurer la sécurité des personnes, la thématique des risques est abordée à travers des actions de planification urbaine (Agenda 21, Plan Local d'Urbanisme) et des actions d'organisation de secours (plans communaux de sauvegarde). Ces dernières permettent de sensibiliser le public quand elles sont médiatisées : l'organisation d'exercices « grandeur nature », comme cela s'est déjà produit dans le métro ou au stade de Gerland, est toujours spectaculaire ! Depuis trois ans, les écoles s'y mettent aussi : la mise en place de Plans Particuliers de Mise en Sûreté, véritables plans ORSEC à l'échelle de l'établissement, incitent à faire connaître aux enfants et à leur parents les risques majeurs.

Des outils pédagogiques trop complexes ou trop simples
La démarche éducative relative aux risques majeurs en est donc à un stade embryonnaire et la déclinaison des outils éducatifs existants dans ce domaine le prouvent. Soit trop complexe, soit trop simples, leurs usages sont limités. Le principal support à des actions pédagogiques en classe sur les risques majeurs en Rhône-Alpes est un Cédérom interactif élaboré en 2002. Diffusé aux 7000 établissements et aux 2800 communes de la région, une évaluation est en train d'être menéepar l'Institut National de Recherche Pédagogique  pour en mesurer le réel impact...D'autres outils ne demandent qu'à être adaptés à la situation locale. Cela pourrait être le cas pour le jeu de rôle RIVERMED, créé par le Centre Permanent d'Initiatives en Environnement du Vaucluse, dont le but est d'apprendre à vivre avec les inondations. Mais dans ce cas, à qui appartient-il de porter une telle initiative ? Enfin, certains jeux donnent les bases minimum pour connaître les différents risques mais leur intérêt pédagogique est sans doute limité (Jeu des 7 familles, Tarot sur les risques majeurs, Gafforisk, petit jeu de questions réponses pour les moins de dix ans). D'autres initiatives abordent le sujet indirectement : les inondations sont un volet de l'outil « La rivière m'a dit » créé au niveau régional par la Frapna . La campagne des Nations-Unies sur l'éducation aux risques dans les écoles en fera sans doute émerger de nouveaux  !

Un milieu éducatif peu impliqué ?
Pour l'instant, les principaux sujets traités dans le cadre de l'éducation au développement durable concernent essentiellement la faune, la flore, l'eau, l'énergie, les déchets, les déplacements et à travers eux, la citoyenneté, la responsabilité... L'éducation aux risques majeurs fait encore peu d'émules. Les accidents majeurs étant peu fréquents, leur utilité publique et sociale est moins évidente. De plus, le mouvement écologiste lié issu des années 70 a peut-être conduit au développement d'actions pédagogiques d'approche plus naturaliste. Ainsi, il a peut-être semblé préférable, ou plus urgent pour certains, d'apprendre «à » préserver la nature plutôt que de « se » préserver de son environnement naturel ou urbain. Pour ces raisons, le nombre de personnes compétentes et formées à cette thématique est faible. Motivés par des conventionnements financés avec des acteurs publics quelques acteurs, comme le Centre Permanent d'Initiatives à l'Environnement se sont décidés à faire de la prévention des risques majeurs une thématique importante de leurs projets. Et en effet, cette question nécessite des moyens ; aborder les risques revient à comprendre la complexité du territoire et les actions à mener peuvent être longues et lourdes à préparer ( repérage sur le terrain, recherches d'informations auprès de spécialistes etc ). C'est ainsi que la plupart des grands projets éducatifs surla question sont soutenus par l'Europe, comme BIVOUAC - magazine éco-citoyens sur les risques majeurs. Enfin, il faut souligner la difficulté de mener des actions reposant sur des liens entre des acteurs qui se connaissent parfois peu et dont le contexte ne favorise pas les échanges. Ainsi, deux sites industriels à haut risque de l'agglomération ( à Neuville et Pierre-Bénite ) accueillent des classes pour des actions de sensibilisation mais l'activation du plan Vigipirate ne favorise pas le développement de ce type d'initiatives, pourtant enrichissantes.

Éduquer aux risques majeurs : un challenge à relever dans un objectif de sécurité publique...
Dans l'agglomération lyonnaise, on ne peut que s'étonner de la faible intégration de l'éducationaux risques majeurs dans les projets des acteurs de l'éducation à l'environnement alors que les risques majeurs ne manquent pas ! 360 000 résidents, 185 000 actifs sont concernés. Des inondations aux risques causés par les transports de matières dangereuses en passant par les risques industriels ou lesglissements de terrain, un tiers du territoire de l'agglomération est affecté par au moins un risque majeur, comme le précise le Dossier Départemental des Risques Majeurs . 74 000 élèves sont aussi directement impactés par des risques d'accidents graves. Faire acquérir aux élèves les savoirs et les comportements nécessaires pour prévenir une situation de danger, se protéger et porter secours constitue donc un réel enjeu. Des textes de loi récents prévoient d'ailleurs que dans tous les établissements aient lieu une sensibilisation à la prévention des risques, aux missions de services desecours ainsi qu'un enseignement des règles générales de sécurité.

.... et de solidarité nationale
Inciter les jeunes, et à travers eux les adultes, à assurer leur sauvegarde a pour but non seulementde préserver des vies mais aussi de diminuer les dégâts causés aux biens (habitations, voitures etc). Le but de l'éducation à la prévention des risques majeurs est de faire comprendre que mieux vaut prévenir que guérir car les soins coûtent chers dans un système assurantiel fondé sur un principe de solidarité nationale. Ne pas effectuer un déplacement, choisir des matériaux de construction résistants pour son habitation, construire un espace refuge en zone inondable ou déménager vaut parfoismieux que de perdre son véhicule ou son bien immobilier... Ainsi, à l'instar des autres thématiquesde l'éducation à l'environnement (déchets, déplacements...), l'action de chacun a du sens pour tous : elle permet d'éviter que le coût des dommages d'un seul pèse sur l'ensemble de la population. Pour s'en convaincre, il suffit de se rappeler que la tempête de 1999 a coûté 6 milliards d'euros (soit douze fois plus que le fonds d'indemnisation tempête disponible, 55% ont été à la charge des assureurs).En 2002, les inondations du Sud de la France ont coûté 852 millions d'euros, la catastrophe d'AZF : 1,5 milliards d'euros. Aujourd'hui, certaines compagnies d'assurance ne garantissentplus des biens plusieurs fois sinistrés.

Une construction progressive dans le cursus de l'élève
Pour relever ces défis, il est prévu que la prise en compte des questions relatives aux risques majeurs s'effectue dans le cadre des programmes existants afin de conforter, chez l'élève, l'acquisition de connaissances et de compétences inhérentes aux différents champs disciplinaires, ainsi que des comportements qui en découlent. Ces connaissances, indispensables pour prévenir la panique, participent de la culture du risque qui cimente la réponse collective en cas de grande catastrophe.L'éducation aux risques majeurs se construit donc de manière progressive, dès le plus jeuneâge, durant le cursus de l'élève. Elle tient compte du développement cognitif et psychomoteurde l'enfant et des étapes de son accès à l'autonomie. Par exemple, l'enfant en maternellepourra apprendre à reconnaître des pictogrammes représentant des consignes de sécurité.Plus tard, les sports d'équipe peuvent favoriser des conduites civiques. En terminale,les programmes de géographie citent la vallée de la chimie de Lyon en exemple pour appréhender la complexité du développement d'un territoire.


 S'appuyer sur des orientations claires pour tous
Ainsi, les objectifs généraux en matière de prévention sont clairement établis par les différentes autorités publiques, État, collectivités locales. Les démarches éducatives sont dès lors essentielles pour développer une culture locale relatives aux risques majeurs présents dans
l'agglomération et cela grâce à la diffusion des connaissances d'une part et à l'implication du grand public et des jeunes en particulier dans les actions de préparation à l'intervention des secours. En phase avec les textes ministériels, les objectifs pédagogiques du Plan d'Éducation au Développement Durable sont de favoriser la prise de conscience et la sensibilisation, les connaissances, les savoirs et l'engagement dans l'action.

Des projets porteurs
Nombre de projets annoncent une dynamique d'actions. Par exemple, la campagne quinquennale régionale sur les risques industriels de 2008, qui sera orchestrée notamment par le SPIRAL, les entreprises concernées et le Grand Lyon, devrait orienter un certain nombre d'actions vers le milieu éducatif. De leur côté, les communes s'activent pour mettre en place leurs Plans Communaux de Sauvegarde et les Documents D'Information Communaux sur les Risques Majeurs avant la fin de l'année 2007. Ces obligations sont autant d'opportunités pour créer des partenariats entre les communes et des classes ( réalisation de documents d'information par des enfants par exemple ).

Davantage de lieux emblématiques ?
Des lieux d'interprétations et de références existent déjà pour sensibiliser aux questions d'inondation comme la Péniche Val de Rhône, les Iles et les Lônes du Rhône. De nouveaux projets sont attendus avec impatience comme le futur centre pédagogique Eau et Nature au lieu-dit des Allivoz du Grand Parc Miribel-Jonage. Sa situation est en effet idéale pour sensibiliser petits et grands à l'intérêt d'aménager un fleuve en amont pour permettre notamment que la ville, située en aval, ne soit pas inondée et que les berges du Rhône soient de nouveau accessibles !



... sur millenaire3
> Plan d'éducation au développement durable (Documents officiels)

> Agenda 21 du Grand Lyon : 2ème partie (Documents officiels)

> Béatrice VESSILLER : "L’éducation au développement durable, à l’écocitoyenneté est un choix politique fort : elle doit favoriser à la fois le mieux vivre ensemble dans une agglomération préservée et l’épanouissement individuel des habitants" (Interviews)

> Institut National de recherche pédagogique (INRP) (Institutions)

> FRAPNA Rhône (Acteurs)

> SPIRAL (Acteurs)

> Les péniches Val du Rhône (Acteurs)

> CD-Rom sur la prévention des risques majeurs (Initiatives)


Fiche actualisée le : 05/02/2007
 
Fiche indéxée dans :
Société » Environnement »» Risques / Pollutions / déchets
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