Chaque saison, le réseau de veille Lyon - Saint Etienne décrypte les dynamiques métropolitaines à travers quatre Gros Plans.
Les 5 et 6 juin prochains, c'est la fête de l'eau dans toute l'aggglomération, et du 6 au 10, le GRAIE (Groupe de recherche Rhône-Alpes sur les Infrastructures et l’Eau) organise la 5e édition de Novatech, conférence internationale sur les technologies et stratégies durables en assainissement pluvial. L’occasion de se souvenir que de tout temps, l’homme a déployé beaucoup de génie dans la gestion de l’eau ; et de constater que la ville du Rhône et de la Saône demeure un pôle de compétence de premier plan en la matière. Parmi les problématiques du moment : le maintien, voire la restauration de la qualité de cet élément « naturel » vital ; la redécouverte des fleuves en tant qu’élément « naturel » central de notre vie urbaine. En toile de fond, un respect retrouvé, et peut-être demain une sacralisation, de l’eau et des fleuves.
Il y a 2000 ans déjà… quatre aqueducs pour approvisionner Lugdunum !
Cet été, plusieurs visites guidées vous emmèneront aux sources de Lyon. Avec Puits et fontaine : que d’eau ! que d’eau… (6 juin) le Musée Gadagne vous fera sentir, à travers l’architecture, la présence de l’eau dans la ville. Et lors des Bons Plants (29 mai), vous pourrez vous laisser guider sur les traces de l’ancien champ captant de la Feyssine (en service jusqu’en 1976).
C'est que Lyon et l’eau ont une histoire à la fois intime et grandiose. A l’époque romaine, la capitale des Gaules est la cité gauloise la mieux approvisionnée en eau grâce aux quatre aqueducs qui acheminaient le précieux liquide depuis les Monts d’Or, les Monts du Lyonnais et le Massif du Pilat.
Aux 19e et 20e siècle, le paysage fluvial de la région lyonnaise perd tous ses traits originels à la suite de travaux titanesques. Les besoins de l’époque : mise au sec de terrains à urbaniser, gestion des crues, production d’électricité, alimentation en eau de certaines industries, dispersion des polluants…
Aujourd’hui, la métropole lyonnaise continue à se singulariser sur bien des points, fondamentaux ou plus ponctuels : saviez-vous que le champ captant d’eau potable de Crépieux- Charmy est le plus vaste d’Europe avec 550 000 m3 par jour (1,5 fois plus que nos besoins)?
Quatre rives urbanisées, un fabuleux privilège !
Si Lyon se distingue par sa position au confluent de deux fleuves, sa grande originalité est d’avoir su, pu ou du en urbaniser toutes les rives. Car dans le monde, nombreuses sont les villes qui se sont développées surtout d’un côté du fleuve, l’autre rive étant dédiée à l’industrie, aux délaissés urbains, ou barrée par les reliefs…
A Lyon, la « ville patrimoniale » est sur les quatre rives car nos fleuves sont des « moteurs d’urbanité » depuis très longtemps : édification du Vieux Lyon au 16e siècle, construction par Soufflot de l’Hôtel Dieu au 18e… Et ça continue ! Après une prise de distance à l’époque du tout industriel et du tout automobile, les rives accueillent à nouveau, depuis quinze ans, les projets urbains les plus somptueux de la métropole.
Quatre grands projets pour réinventer la vie en ville
Pour cette seule mandature, on citera ainsi : le lancement du projet du Carré de soie le long du canal de Jonage, l’achèvement de la Cité internationale (avec notamment la salle 3000), la requalification des Berges du Rhône (rive gauche) et le lancement des premières opérations au Confluent !
Ces retrouvailles de la ville et du fleuve activent tout un imaginaire, font naître des rêves, des flâneries, mais aussi bien des questions que vous pourrez aborder dans le cadre de différentes expositions et manifestations : Rhône, fleuve à suivre (5-20 juin), Les berges du Rhône à vélo (13 juin). Les expositions à la Maison du Rhône et les actions de la Péniche Val de Rhône pendant le Mois de l’environnement du Grand Lyon (1er-30 juin) vous offriront aussi l’occasions d’imaginer le fleuve de demain.
Pour sa part la Frapna présentera en juin sur son site internet les résultats de sa campagne 2004 « La rivière m’a dit », organisée pour montrer que les rivières sont des compagnes familières et fidèles dont nous devons prendre soin.
Lyon, carrefour de compétences pour mieux gérer l’eau au 21è siècle
L’étalement de l’agglomération accroît le volume des eaux de ruissellement. Outre les risques d’inondations accrus qui en découlent, l’enjeu actuel est de faire en sorte que les eaux de pluies ne polluent pas nos rivières !
C’est autour de ce thème important que des chercheurs, responsables d’entreprises et de collectivités originaires de 35 pays vont se réunir cet été à Lyon dans le cadre de Novatech (6-10 juin). A l’ordre du jour : les technologies alternatives au réseau d’assainissement, les stratégies de gestion des eaux urbaines par temps de pluie, les outils d’étude, d’analyse et de gestion du cycle de l’eau en site urbain…
Sur ces sujets, Lyon est reconnue au niveau international comme l’un des lieux d’expérimentation volontaire pour les chercheurs. Il y a dix ans naissait la Zone Atelier du Bassin Rhône (ZABR) pour analyser les effets des rejets toxiques sur la faune aquatique et, depuis cinq ans, existe l’Observatoire de Terrain en Hydrologie Urbaines (OTHU) mis en place par le GRAIE.
Pour une eau pure, vivons et produisons autrement !
Mais comme nous y invite la pédagogie le concept du développement durable, c’est d’abord en faisant évoluer nos comportements que nous maintiendrons en quantité et en qualité notre ressource en eau.
Ainsi, dans la région lyonnaise, la campagne « Pressing Propre » mise en oeuvre par le Spiral Eau tente par exemple de sensibiliser les entreprises afin que l’eau utilisée en amont soit restituée en aval avec ses qualités intrinsèques.
Chacun est appelé à se responsabiliser, depuis les entreprises (Les enjeux du management responsable : 11 juin) jusqu’aux citoyens (Les Rendez-vous du développement durable : 16-27 juin) en passant par les enfants, (Le printemps de l’environnement au moulin de l’Yzeron : 5-6 juin). Pour ces derniers, il existe aussi des classes à Projets Artistique et Culturel (PAC) menant des projets autour de la gestion de l’eau.
Economiser l’eau, continuer d’agir en amont contre les risques de pollution agricoles et industrielles sont aussi les enjeux de la toute prochaine loi sur l’eau qui devrait être présentée devant le Conseil des Ministres au début de l’été. Ce projet de loi fait suite à la directive cadre européenne adoptée en 2000 et qui fixe l’objectif d’arriver à un « bon état » des différents types de milieux aquatiques en Europe d’ici 2015.
Vers une sacralisation de l'eau et des fleuves ?
Finalement, à une époque où beaucoup d'angoisses naissent des risques de ruptures écologiques et des remises en question du désir de "vivre ensemble" dans une même société, il n'est guère étonnant que l’eau soit de plus en plus choyée pour son statut de ressource naturelle vitale; et que les fleuves tendent pour leur part à retrouver un statut d’espace public… à partager entre de nombreux usages.
Des usages qui sont en pleine mutation : la demande sociale pour plus de nature et plus de loisirs d’un côté, les grands aménagement fluviaux réalisés depuis vingt ans de l'autre (Parc de Miribel Jonage, La Feyssine, Gerland, Les lônes du Smiril…) vont dans le sens d’une réappropriation des fleuves par le plus grand nombre.
C’est ainsi que cet été, dans le cadre du second Lyon river festival (11-13 juin) les meilleurs kayakistes mondiaux se donneront rendez-vous à « Hawaï sur Rhône » pour affronter la vague de Caluire ! Les Joutes Nautiques (19-20 juin), toujours actuelles, prendront la suite.
A Lyon, la Journée mondiale de l’environnement (5 juin) coïncidera avec la Fête de l’eau (5-6 juin) à l’occasion de laquelle les grands projets au bord du fleuve, le patrimoine fluvial et les savoir-faire en matière de traitement de l’eau seront mis en valeur dans une ambiance festive dans toute l’agglomération. C’est aussi au bord de l’eau que se dérouleront des activités festives qui se révèlent un peu plus nombreuses chaque été : sur les berges du Rhône Le Quai des Guinguettes (9-18 juillet) s'annonce comme un événement phare. Et la Saône ne sera pas en reste avec, à l’île Barbe, le Festival salsa (11-13 juin) et Les dimanches à l’île Barbe (4-25 juillet), ou encore à l’abbaye Paul Bocuse le premier soir de Collonges en chanson (11-12 juin).
Elle monte, elle monte, la capacité à rassembler de l'eau, et des fleuves.