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Denys AGUETTANT :" Lyon est une ville où effectivement il y a une très ancienne tradition humaniste et chrétienne, mais aussi une ouverture au monde."

Mots-clé : humanitaire, politique publique, humanisme lyonnais, monde associatif

Date : 21/12/2009

BRUNO REBELLE et DE DENYS AGUETTANT sont co-fondateurs, en 1983 à Lyon, de l’ONG VSF – Vétérinaires sans frontières - devenue depuis AVSF - Agronomes et Vétérinaires sans frontières.


Ces interviews ont été réalisées dans le cadre de la réflexion conduite par la DPSA sur la place et le rôle de la société civile dans l’élaboration des politiques publiques et sur la perception de ces entrepreneurs d’un certain « modèle lyonnais ».Vétérinaires sans frontières (VSF) est née à Lyon en 1983 sous l'impulsion de jeunes rhônalpins, vétérinaires comme Bruno Rebelle, ou humanitaires comme Denys Aguettant, à partir d'un constat simple : l'élevage joue un rôle économique et social primordial dans les pays en voie de développement et pourtant, très peu d'ONG interviennent dans ce secteur.A travers ces deux interviews, ces co fondateurs de VSF, partis chacun vers des horizons bien différents depuis plusieurs années, reviennent sur l’histoire de VSF et nous livrent leurs différentes perceptions de Lyon et de ses caractéristiques.INTERVIEW DE BRUNO REBELLEmilitant de l’humanitaire et de l’écologie, un des fondateur puis directeur de l’association VSF - Vétérinaires sans frontières devenue depuis AVSF - Agronomes et Vétérinaires sans frontières.Propos recueillis le 21 décembre 2009 par Catherine Panassier.



Denys Aguettant en quelques dates :

Né en 1954 – Juriste.
Ancien délégué général  et co-fondateur de l’ONG Vétérinaires sans frontières.
Après son départ de VSF, Denys Aguettant a été notamment Directeur de la Fédération Nationale des Maires Ruraux (devenue l’Association des Maires Ruraux de France), avant de devenir Directeur de la Fondation CANAL+.
Depuis 2002, d’abord au Mali pour l’Union Européenne, puis au Niger pour la Coopération Belge, il est conseiller sur des programmes d’appui à la réforme de l’Etat et à la décentralisation.

Publications :

- L’avenir de l’emploi dans les zones rurales fragiles.  Rapport au Ministre du Travail, de l’Emploi et de la Formation Professionnelle,
La Documentation française. Série des Rapports officiels. 1990.

- L’adaptation des services publics en milieu rural. Enoncé de propositions. Rapport au Ministre chargé de la Fonction Publique et de la modernisation administrative. Numéro spécial. 1992, Revue 36 000 Communes.


L'interview....
  CRÉATION DE VSF
 
Qu’est ce qui vous a personnellement conduit à vous engager dans la création de VSF ?

Je revenais de Somalie pour le Comité européen d’aide aux réfugiés. Voir tous ces éleveurs de l’Ogaden réfugiés (déjà !), dont on s’évertuait à faire des agriculteurs, l’idée m’a semblée évidente qu’il manquait une ONG dans ce secteur de l’élevage et de l’appui aux éleveurs. C’est aussi simple que cela. J’en ai parlé à mon frère Guillaume, permanent de MSF, qui à son tour en a parlé à Rony Brauman et Claude Malhuret alors patrons de MSF. Ces derniers ont été enthousiastes, et comme ils ont de l’humour ont appelé plusieurs semaines durant Guillaume « l’ami des bêtes ! ». Ensuite, tout s’est enchainé très vite. Cependant, n’étant pas vétérinaires, il était indispensable d’en trouver, nous avons contacté  Bruno Rebelle qui nous a rejoint à ce moment là.


Qui vous a aidé dans votre démarche de création de VSF ?


Dès les jours qui ont suivi le dépôt des statuts, de nombreux Professeurs et Docteurs Vétérinaires nous ont rejoint. Je veux aussi citer Charles Millon (à l’époque Vice Président de la Région Rhône-Alpes) dont j’avais été l’assistant parlementaire, qui a été séduit par le projet, et qui, en accord avec le président Charles Béraudier, a mis immédiatement dans les tuyaux une subvention de 300 000 FF pour la future association. Charles Mérieux nous a également immédiatement soutenu. L’Union Européenne nous a débloqué aussi très vite des crédits d’urgence importants pour intervenir au Mali et au Niger. Bref, ce fut une magnifique aventure collective.
Mon frère Guillaume, à l’époque permanent de « Médecins Sans Frontières », a été également co fondateur de VSF et nous a efficacement aidé dans cette première recherche de fonds internationaux.

Pourquoi avoir créé votre association à Lyon et non pas à Paris ?


D’abord, tous les promoteurs de cette initiative étaient rhônalpins. Ensuite, je crois profondément que Lyon et sa région ont une vieille tradition de solidarité, d’altruisme, et de charité. Elle ne date vraiment pas d’hier. Depuis « la grande aumône » du Moyen Age jusqu’à l’humanitaire aujourd’hui, cela fait partie d’un trait caractéristique du génie propre de la ville, de notre région. Alors pourquoi pas Lyon…


Vous sentez-vous toujours lyonnais aujourd’hui ?


Encore plus, je le mesure depuis que je vis à l’étranger ! C’est une belle ville. Elle est aussi « entreprenante ». Elle a beaucoup changé en vingt ans et j’aime sa diversité, sa tonicité, la mixité de sa population. Tout cela me va bien.

LYON, L' HUMANISTE


De votre point de vue, Lyon est-elle une ville « humaniste », ouverte sur le monde ?

Lyon est une ville où effectivement, je l’ai dit, il y a une très ancienne tradition humaniste et chrétienne, mais aussi une ouverture au monde. Il est certain que Lyon a eu longtemps un profil sociologique particulier, celui d’une ville « bigote et marchande » d’après le mot, dit on, d’Edouard Herriot, mais qui n’exprime plus vraiment la réalité. Il y a certes une réserve, une humilité naturelle, mais aussi une ambition collective bien réelle, loin du « bling bling » et du clinquant. Et bien tant mieux. Aujourd’hui, il faut donc concilier ces ambitions de rayonnement affichées, y compris à l’international,  avec l’identité profonde de la ville et de notre région, qui est la deuxième région de France. Sans arrogance, mais avec détermination. Nous avons une jeunesse extraordinaire, des entreprises talentueuses et innovantes, un territoire d’une richesse fabuleuse.


A votre avis, la ville ou l’agglomération lyonnaise se distinguent-elles par un certain « esprit de conciliation » qui faciliterait la prise de décision sur certains sujets d’intérêt général ?

Je crois effectivement à un esprit spécifique de conciliation, de mesure, de tolérance, de raison, de recherche d’équilibre, d’arbitrage entre le souhaitable et le possible, entre la gestion et la création, entre l’acceptable et l’inacceptable. On l’oublie un peu parfois, Lyon fut aussi la capitale de la Résistance, ou encore par exemple la ville d’un incroyable explorateur comme Pierre Poivre, d’inventeurs comme les frères Lumières, d’hommes comme Charles Mérieux, et tant d’autres…

LE MONDE ASSOCIATIF LYONNAIS


Dans les années 1980, de nombreux mouvements ou associations se sont créés à l’exemple d’Handicap International, de Bioforce, de la Marche pour l’égalité, d’Habitat et Humanisme ou de l’OIP. Ces associations ou mouvements, comme d’autres à l’exemple de la Cimade, de l’ALPIL ou de Forum réfugiés, étaient portés par de fortes personnalités comme Jean Costil, André Gachet, Christian Delorme, Jean–Baptiste Richardier, Charles Mérieux, Olivier Brachet, Jean-Pierre Aldeguer ou encore le prêtre Bernard Devert. Pour exister à Lyon, une association se doit-elle d’être portée par une personnalité et que deviennent ces associations après le départ des fondateurs ?

La personnalisation, là comme dans d’autres secteurs, est parfois inévitable, mais je crois davantage que le problème est ailleurs. Il est double : nous autres les « quinquas », il est de notre responsabilité de préparer la relève comme cela se fait dans les entreprises, ou les clubs de foot ! Nous devrions être des passeurs, après avoir été, le cas échéant, des initiateurs. Le faisons nous ? Je crains que non, ou pas assez…
Ensuite et surtout, les temps changent à une allure folle, nous passons à coté de nécessaires évolutions parce que nous n’écoutons plus assez, nous ne nous donnons plus le temps de réfléchir, pour rebondir et nous adapter. Nous, nos pratiques, nos procédures, et nos structures.


Ces associations et tout particulièrement VSF ont-elles, d’une manière ou d’une autre, influencé les politiques publiques ?

Nous n’avons pas vraiment su influencer les politiques publiques parce que, à l’époque, nous avons sans doute très mal expliqué certaines de nos intuitions. Il n’est pas trop tard, au contraire.


L'HUMANITAIRE AUJOURD'HUI
 

Pensez-vous que ce terreau propice à la création, à l’installation et au développement d’ONG notamment dans le domaine de l’humanitaire, existe encore à Lyon ?

J’ai l’impression que ces dynamiques pourraient être beaucoup plus fortes aujourd’hui et demain qu’hier, à condition qu’elles associent plus étroitement les collectivités territoriales, les entreprises, les écoles, lycées, Universités, centres de recherche, les agriculteurs, artisans, commerçants, artistes…. mais aussi, la mondialisation des échanges, l’émergence d’une conscience écologique, l’omniprésence des indispensables relations Nord-Sud. Ma conviction est que tout cela oblige d’urgence à repenser les coopérations décentralisées.


Lyon est-elle encore une plateforme particulière et reconnue dans le domaine de l’humanitaire ?


Il faut dépasser l’humanitaire. C’est de développement durable, éclairé par l’humanisme qu’il s’agit désormais. Et ne pas craindre de dire qu’il s’agit d’un développement d’intérêt mutuel.


N’est-ce pas des associations comme Don Quichotte, Ni Putes Ni Soumises ou encore Greenpeace qui ont moins d’ancrage local qui aujourd’hui prennent le relais de l’expression et de la mobilisation militantes ?


Ce sont des associations qui font un travail remarquable, et qui se servent avec beaucoup d’efficacité des nouveaux modes d’échanges, je pense à Internet, pour mobiliser, sensibiliser, informer et agir…
Mais la question, sur le plan international, me fait penser au mot d’un merveilleux poète breton, Pierre Jakez Heliaz, « pour autant qu’il faut être de son temps, il faut aussi être de quelque part ». Autrement dit, l’un n’exclut pas l’autre, je crois qu’il y a de la place pour une nouvelle génération internationale de solidarités territoriales, solidement ancrées dans le local et le régional.  
« Lyon est une ville où effectivement il y a une très ancienne tradition humaniste et chrétienne, mais aussi une ouverture au monde. »





(Denys Aguettant)
Téléchargements
> Rebelle_Aguettant_01.pdf (pdf-114ko)
Fiche actualisée le : 02/02/2010
 
Fiche indéxée dans :
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