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POLITIQUES CULTURELLES : GROS PLANS
 
 
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Références(s) : Agenda métropolitain Lyon - Saint Etienne / Eté 2004
Auteur : Pierre-Alain Four

Chaque saison, le réseau de veille Lyon - Saint Etienne décrypte les dynamiques métropolitaines à travers quatre Gros Plans.


Dans une société qui valorise la rentabilité et l’efficacité, l’émergence de prestations gratuites peut sembler paraître paradoxale. Pourtant ce phénomène est en expansion en matière d’information et de culture. Il s’accentue aussi l’été, alors que places et espaces publics s’offrent à de nouveaux usages. La gratuité est-elle due à une évolution des formes artistiques ou à une volonté politique ? Quels effets a-t-elle sur le public ? Quelques exemples pris dans l’agglomération, permettront d’aborder concrètement ce phénomène nouveau.


 


Animer l’espace public
Voilà encore quelques années, la saison culturelle s’organisait en deux périodes : la première de mi-septembre à juin dans les institutions de l’agglomération. La seconde se délocalisait dans divers festivals hors de l’agglomération. Aujourd’hui, l’été n’est plus synonyme de désert culturel. Certes, la saison culturelle se ralentit de juillet à septembre, mais elle ne s’interrompt plus. Probablement est-ce dû au fait que la métropole ne se vide plus en été : le public potentiel demeure présent et est en attente de propositions culturelles. Cette présence nouvelle a semble-t-il une incidence sur la nature de l’offre culturelle. Les événements développent de nouveaux concepts, qui mêlent art et appropriation du territoire, et surtout, ils sont gratuits. Il ne s’agit plus seulement d’organiser un festival qui attire les médias puis les touristes, mais de favoriser l’appropriation collective d’un territoire par un événement local.
Ainsi, le festival Tout’l’monde dehors (22 juin- 22 sept), coordonné par la Délégation aux événements et à l’animation culturels de Lyon, fédère-t-il spectacles, concerts, animations, etc. qui acquièrent une visibilité nouvelle grâce à une communication mutualisée. C’est aussi un moyen d’animer plusieurs espaces publics dans tous les quartiers de la ville et non plus seulement un lieu comme peuvent le faire les Nuits de Fourvière (8 juin-6 août).
Dans le Jardin des Chartreux par exemple (1er arrdt), les Jeudis des musiques du monde (1er juil-19 août) font se côtoyer des musiciens issus de diverses traditions françaises et étrangères. Sur les pentes de la Croix-Rousse, le public suit les Petites formes artistiques (contes, théâtre, chanson, spectacles jeune public, etc. de juil à mi-août).
La Place d'Ainay (2e arrdt) se transforme en cinéma grâce à l'association Quartier libre (Cinéma sous les étoiles, 25-29 juil).
Le Parc de la Tête d'Or (6e arrdt) devient un auditorium qui accueille des musiques mises en scène (La musique fait son théâtre, 26 juil-5 août).
L'été en cinémascope (fin juin-fin août) réunit tous les mardis soir sur la place Ambroise Courtois (8e arrdt) les amoureux du septième art et avec Les dimanches à l’Ile Barbe (4-25 juil), les spectateurs se mettent au vert grâce aux concerts proposés par la MJC St Rambert (9e arrdt).
Un phénomène qui n’est pas propre à Lyon : Saint Etienne propose Festiv’été (3 juil-sept), là encore une appellation qui fédère de nombreuses activités culturelles gratuites.


Fêtes culturelles / Fêtes citoyennes ?
A côté de ces fédérations d’événements culturels, se développent de nouvelles manifestations qui, si elles s’appuient sur une forte composante artistique, ont aussi pour objectif d’aller au-delà de la consommation culturelle. Elles proposent différentes formes de participation, allant du débat à l’implication sur l’année dans un atelier de pratique artistique. Il s’agit là de créer une animation culturelle avec en ligne de mire un objectif de sensibilisation citoyenne, voire de renouvellement ou de relance des modes de sociabilité. Plus classiquement, ces événements permettent aussi aux communes d’animer la ville, et de la promouvoir. Ils sont tous gratuits.
Ainsi, en va-t-il pour Les Invites (18-20 juin) à Villeurbanne, la Fête urbaine de St Fons (19 juin), certaines opérations de Tout'l'monde dehors ou encore pour les Fêtes Escales (9-14 juil) à Vénissieux.
Pour ces dernières, l’événement est la partie émergée d'un travail au long cours mené sur les 6 mois qui le précèdent.
Associations, militants, habitants, sont invités à s’emparer d’un thème –Les chemins de la liberté pour l'édition 2004– pour y réfléchir et en débattre. Pour amorcer ces échanges, ils assistent à partir du mois de février à de petits concerts, à des spectacles qui sont autant d'opportunités d’engager un dialogue.
Par ailleurs, ils peuvent s’investir autrement que par la parole en s'inscrivant à des ateliers de pratique artistique animés par des artistes professionnels (comédiens, musiciens, écrivains, etc.). Les Fêtes Escales proprement dites se déroulant sur 3 jours, autour de la date symbolique du 14 juillet, avec des animations et des concerts.
L'originalité du dispositif étant de l’amorcer par la gratuité, pour développer convivialité et espaces de réflexion que le langage de la communication publique qualifie de citoyens.


L’été pour sensibiliser
Plus largement, les manifestations gratuites ont parfois pour objectif la sensibilisation à une cause et se tiennent en été car le public est plus disponible. Ainsi, les Nuits métisses (25-26 juin), cherchent depuis leur création en 1995, à valoriser l’idée de métissage culturel et plus particulièrement musical. On peut aussi mentionner dans cette catégorie, les Fêtes consulaires de Lyon (5 juin), qui proposent un espace de rencontre aux représentations étrangères officielles travaillant à Lyon.
Parfois, l’objectif est d’initier à un art, comme la Fête de la musique (21 juin) ou de poser différemment une question sociétale, comme la Lesbian & gay pride de Lyon (19 juin). Ce peut être aussi pour modifier une image, comme celle de l’hôpital à travers l’Association du Demi Millénaire (expositions, spectacles, concerts, etc. Et l’on pourrait multiplier les exemples.
Les esprits chagrins peuvent parler d’une instrumentalisation de la culture au profit d’un objectif politique. D’autres y verront au contraire le témoignage de la capacité des arts à réactiver des problématiques sociétales. Certes, les thèmes ne sont pas nouveaux, mais les moyens mis en oeuvre par les artistes pour les aborder semblent capables de réamorcer l’intérêt du public pour ces questions et de réinscrire l’art dans la sphère sociale. On peut supposer aussi que la gratuité n’est pas pour rien dans ce regain d’intérêt.


S’initier sans prendre de risque financier
L’élargissement du public passe probablement par un abaissement des coûts d’accès à la culture, car les manifestations recherchent un nouveau public. En étant gratuites, le public peut les essayer sans risque, comme il le fait avec un échantillon. De plus, elles touchent aussi un public qui a un pouvoir d’achat moindre et pour qui le prix d’un spectacle est un frein non négligeable.
Par ailleurs, les événements culturels sont nombreux à proposer des ateliers de pratique dont l’accès est gratuit. Certains participants y trouvent l’occasion de se perfectionner sans avoir à payer un cours. Le cas le plus connu est celui du Défilé de la Biennale de la danse.
Pour cette saison, Un été au cinéma (juil-août), qui diffuse des films dans toute l’agglomération avec le concours de cinémas et de centres culturels, propose également à de jeunes amateurs de s’initier aux arcanes de la vidéo, depuis l’écriture jusqu’au filmage, en passant par le montage.
Les exemples sont particulièrement nombreux dans le domaine des cultures émergentes : mentionons seulement les scènes ouvertes de Bruit de la passion (4-6 juin) qui proposent des stages de Hip Hop (Break, House / New Style), de danse Africaine et Orientale. Ces ateliers, sont destinés aux débutants mais aussi aux amateurs confirmés et aux professionnels, et permettent à chacun de progresser sans bourse délier.


Recherches artistiques et gratuité
La gratuité est aussi utilisée pour recruter un nouveau public notamment lorsqu’il s’agit de formes artistiques émergentes ou considérées comme difficiles. En juin, on peut citer les lectures des Intranquilles (3 mai-26 juin) qui abordent des auteurs ou des genres méconnus. En juillet, Lettres sur cour (juin) à Vienne, qui convie les auteurs à se lire. Ou encore à Lyon, La musique fait son théâtre, festival, où l’Ensemble Boréades veut mettre en avant les musiques classiques mises en scène, ou l’expérimental Cinéma nouvelle génération (16-20 juin) : films courts d'art contemporain, cinématiques de jeux vidéo, webfilms, etc. Ou dans un genre plus accessible mais très spécialisé, le Festival cuivres en Dombes (31 juillet-4 août). Autrement dit, la gratuité bat en brèche ce lieu commun : gratuité égal médiocre qualité.
Il est à noter que la gratuité peut être un moyen d’attirer l’attention du public sur de jeunes talents. Ainsi, le Reggae Sun Festival (17 juil) à Villefranche-sur-Saône présente-t-il des artistes qui débutent ou encore Juste un festival (23-24 juil) à Véranne, près de St Etienne.


L’information culturelle gratuite
Enfin, il faut remarquer dans cette efflorescence, que bon nombre de supports d’accès à l’information culturelle sont gratuits. Il existe de nombreux sites Internet (capcite.com, Lyon info loisirs, Rhône-Alpes Passion, Webcity, etc.) qui donnent des informations culturelles. Il y a aussi une multitude de supports papier. Des associations culturelles réalisent des revues spécialisées distribuées gracieusement comme Livre & Lire, consacré à la vie du livre dans la région Rhône-Alpes et édité par l’Arald.
D’autres émanent d’initiatives privées, comme l’hebdomadaire Le Petit Bulletin ou le mensuel 491 dont la dépendance à la publicité semble paradoxalement avoir aiguisé l’accuité critique.
Pour les enfants, Bulles de gones et Grains de sel sont aussi des expériences de presse gratuite.
Les collectivités locales éditent aussi des journaux, comme Viva Villeurbanne, Lyon Citoyen, L’Expression Vénissieux, Grand Lyon Magazine, etc, et certaines offrent une information extrêmement riche sur leur site Internet.
Et bien sûr, on ne saurait clore cet inventaire non exhaustif sans mentionner l’Agenda Métropolitain et son site www.millenaire3.com
Mais toutes ces informations ont un coût, couvert soit par la publicité pour les journaux, soit par les collectivités publiques qui les éditent.


Service public culturel gratuit
Plus largement, la question du financement de la gratuité demeure une question essentielle s’agissant de manifestations culturelles. Toutes les opérations que nous avons citées reposent sur des projets artistiques de qualité, ce qui suppose des artistes professionnels. Le coût de ces manifestations est en grande partie assuré par les collectivités locales et donc, par l’impôt. Mais il est aussi pris en charge dans une certaine mesure, par les entreprises, qui via les Assedic et le système de l’intermittence, sont des opérateurs prépondérants du fonctionnement des arts vivants en France.
Cette contribution, certes obligatoire, s’apparente de fait au mécénat. Un rôle qui n’est guère reconnu et encore moins valorisé : on persiste à soutenir qu’en France, seul le secteur public assure le financement de la culture, ce qui est en partie inexact, notamment pour le spectacle vivant.
Quoi qu’il en soit, la gratuité a un coût, et un service public gratuit, pour la culture ou pour tout autre domaine, doit trouver des ressources pour assurer un service de qualité. Ainsi, la gratuité, même dans une économie marchande, est possible. Elle rencontre aussi un soutien car elle fait la preuve que le public ne doit pas nécessairement payer pour apprécier : l’expérience montre que le public n’est pas indiscipliné parce qu’il n’achète pas sa place. S’il y a un frein « culturel » à la consommation culturelle, le frein économique est au moins aussi important.
Par conséquent développer la gratuité, c’est commencer à mettre en oeuvre, en partie au moins, les conditions d’une démocratisation de l’accès à la culture. 



... sur millenaire3
> Association du Demi-Millénaire (Acteurs)

> Sucrés, salés et compagnie (Acteurs)

> Ramdam (Acteurs)

> Les musées du Conseil général du Rhône sont gratuits pour tous le jeudi (Initiatives)

> Scènes découvertes au Ninkasi et à la MJC Perrache (Initiatives)

> Un été au ciné / Cinéville (Initiatives)

> Poésie en Friches (Initiatives)

> Noémie GILSINGER : "Nous sommes dans une approche ludique et désacralisée de la lecture" (Interviews)

> Leïla LOVATO: "On est dans un système perverti où l’on parle des œuvres plus qu’on ne les voit, car la communication a pris le pas sur le contenu" (Interviews)

> Bruno PIN : "Il est vrai que les manifestations gratuites fonctionnent plutôt bien, il y a un monde incroyable aux Invites de Villeurbanne" (Interviews)

> ...491 (Médias)

> Bulles de gones (Médias)

> Grains de sel (Médias)

> Rhône-Alpes Passions (Médias)

> TLM, Télé Lyon Métropole (Médias)

> Trublyon (Médias)

> 20 minutes Lyon (Médias)

> Le Petit Bulletin (Médias)

> Métro-Lyon (Médias)

> Livre & Lire (Médias)

> Jeunes Rhône-Alpes (Médias)

> Concerts (Sites)


Fiche actualisée le : 24/05/2006
 
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