Alors, faut-il laisser la loi du marché de la concurrence continuer à déséquilibrer le paysage cinématographique ?
Au niveau national, il existe un médiateur du cinéma qui a un vrai pouvoir d’injonction de régulation du marché. Il est de plus en plus saisi par des acteurs lyonnais pour arbitrer des conflits (notamment pour l’obtention de copies). D’autres différends sont portés devant les tribunaux (UGC a attaqué le Comœdia, et plus récemment la salle Gérard Philipe). Tout récemment, le tribunal administratif de Lyon a rejeté la demande du Pathé Bellecour à être affilié au dispositif « carte M’ra » piloté par la Région Rhône-Alpes, qui permet à 280 000 lycéens et apprentis de bénéficier chaque année de 6 places de cinéma gratuites dans des salles le plus souvent classées « art et essai » et travaillant avec le jeune public. Directeur du Pathé Vaise, Joël Luraine trouve cette décision « injuste et discriminatoire ». « On fait comme s’il n’y avait pas de concurrence entre les cinémas actuellement, or c’est faux. Il vaudrait mieux le reconnaître, et l’organiser intelligemment » poursuit-il.
De fait, beaucoup de directeurs de salle de l’agglomération interpellent les pouvoirs publics afin qu’ils établissent une médiation ou favorisent le dialogue entre les différents exploitants. Voire qu’ils définissent un système d’aide publique concerté pour contre-carrer les effets du marché. « Plus les grands groupes ont de salles, moins ils laissent de place aux autres. Il manque un axe de politique culturelle qui aide les salles à faire le travail le plus difficile » estime Marc Bonny. Une première réunion a eu lieu au Grand Lyon. Mais la voie est étroite pour les pouvoirs publics car le cinéma est une industrie culturelle largement aux mains d’opérateurs privés. Alors, comment aider le cinéma à Lyon et sur quels critères ? « Il me paraîtrait logique que les salles les plus vertueuses en terme de programmation et d’animation soient plus aidées » estime Marc Bonny, pour qui il existe « un critère objectif : le label « art et essai ». Le classement d’une salle sur la programmation d’une année, je trouve ça pertinent ». Pourtant, cette notion fait débat, comme le souligne Grégory Faes, directeur de Rhône-Alpes Cinéma. « Toutes les problématiques actuelles en terme de fréquentation recoupent une question plus globale : qu’est-ce que « l’art et essai » aujourd’hui ? Ce n’est plus très défini, ni pour les films, ni pour les salles, et c’est ce qui crée le flou aujourd’hui. » Grégory Faes renvoie ainsi dos à dos les exploitants : « tout le monde a raison et tort, car en dehors de quelques salles, les multiplexes programment de l’art et essai et vice-versa ». « C’est aussi un changement d’époque : d’une génération assez militante formée au ciné-club, on est passé à un public qui change, qui rajeunit, qui se fractionne, un public qui n’a jamais autant consommé d’images sur différents supports et se fait sa propre formation. C’est un basculement. Le problème est de savoir qui va continuer à aller dans les salles de cinéma avec un regard un peu affûté ? » poursuit le directeur de Rhône-Alpes Cinéma.
| Lire l’entretien avec Joël Luraine, directeur du Pathé Vaise
Procédure de classement « art et essai »
Liste des salles classées art et essai Site de rhone-alpes-cinema.fr : Créé en 1990 par Roger Planchon sous le nom de Centre Européen Cinématographique Rhône-Alpes, Rhône-Alpes Cinéma est un fond régional de coproduction qui finance des films longs-métrages de cinéma tournés en région Rhône-Alpes. Chaque film est ensuite accompagné au moment de sa sortie par un soutien à la diffusion. Rhône-Alpes Cinéma est complété par Rhône-Alpes Studios qui propose à la location trois plateaux de tournages Studio24 (900 m2), Studio Lumière 1 (860 m2) et Studio Lumière 2 (380 m2) et la Commission du film Rhône-Alpes, bureau d'accueil des tournages, qui facilite la recherche des décors et apporte un soutien logistique aux productions.

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