CITIC-NUMÉRIQUE ET ESPACE URBAIN
Actes de la journée du 15 octobre 2010
Auteur : Philippe Gargov
Mis à jour le : mardi 19 avril 2011
Le numérique est-il en train de transformer la ville ? En quoi modifie-t-il notre rapport à l’espace, aux autres ? Comment peut-il apporter des services in situ sur l’espace public ? Comment peut-il nous permettre de pratiquer la ville de manière ludique ?
15 octobre 2010 : la salle du Conseil du Grand Lyon accueillait en son sein près de 200 acteurs aux profils variés - urbanistes, élus, sociologues ou géographes, étudiants, artistes, etc. -, afin de discuter des enjeux de la "ville numérique". Un vaste chantier, dont la simplicité de la formule ne rend peut-être pas suffisamment compte. Car le sujet est complexe, et draine une multitude d'acteurs aux intérêts et représentations variés, et parfois divergents. Surtout, le numérique polarise. Certains s'en méfient de manière irrationnelle, quand d'autres en attendent bien plus qu'il ne peut offrir. En paraphrasant Stéphanie LUCIEN-BRUN (*) lors de la première table ronde, on pourrait ainsi écrire qu'il s'agissait, avec cette journée d'échanges, "d'évoluer d’une situation de fascination ou d’un rejet catégorique [vis-à-vis du numérique] à un stade de mise en mouvement." Et comment mieux impulser ce mouvement qu'en mutualisant les expériences de chacun ?
La structuration de ces Actes fait écho à la transversalité disciplinaire de la journée. Plutôt que d'organiser la restitution par tables rondes, nous avons préféré rassembler les problématiques autour des quelques grands points de discussions. Ce compte-rendu traitera ainsi des thématiques suivantes : • "Ville hybride" : comment le numérique change-t-il le rapport au territoire? • "Espace démocratique" : comment le numérique transforme-t-il la relation entre l’institution et les citoyens ? • "Espaces publics" : comment le numérique façonne-t-il de nouvelles pratiques urbaines ?
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(*) Stéphanie LUCIEN-BRUN : co-fondatrice du réseau des Espaces Publics Numérqiues du Lyonnais |
 - © eboy
Karine DOGNIN-SAUZE pose le constat en ouverture de la séance : "Nous devons admettre une nouvelle réalité. Le virtuel s’imprègne et prend place dans la réalité, créant une sorte de mixité entre des échanges réalisés au sein des réseaux sociaux et des impacts directs dans nos vies". Cette mixité, justement, définit la "ville hybride" ; un terme porteur de sens qui aura d'ailleurs grandement marqué les échanges, en particulier lors de la dernière table ronde, justement consacrée au couple "Ville réelle, ville virtuelle". Lire la suite
 - Aram Bartholl : "Map" public installation-2006-2010.
Comprendre cette hybridation implique de changer de regard sur les notions de réel et de virtuel, dont les définitions semblent aujourd'hui obsolètes. Comme l'explique Hugues AUBIN lors de la dernière table ronde : "Il devient nécessaire de reconsidérer l’opposition entre réel et virtuel, entre objectivation et fiction dans les modélisations de ville". Il dit en effet ne pas souscrire à "l’opposition entre ville réelle et virtuelle. Lire la suite
 - Présentation de Nicolas Nova
Boris BEAUDE complète cette analyse en insistant sur la dimension temporelle du sujet : "L’automobile a profondément modifié la physionomie de la ville sur un laps de temps relativement long ; a contrario, la généralisation des systèmes de géolocalisation sur téléphone mobile devrait prendre cinq ans au maximum. Dès lors, les politiques d’aménagement de la ville ne disposent pas d’un recul suffisant sur ces technologies nouvelles et leur incidence sur les comportements individuels". Lire la suite
 - Présentation Boris Beaude
Accepter un tel changement de perspective permet ainsi de considérer les usages matériels et immatériels comme complémentaires. Selon Boris BEAUDE, "la technologie numérique permet désormais à des individus d’interagir indépendamment de toute volonté de contact matériel. L’échange immatériel se caractérise par sa vitesse et la quasi-instantanéité. Pour sa part, le contact matériel permet la complétude mais consomme beaucoup d’énergie et génère des frictions". Lire la suite
La mutation des urbanités | La reformulation spatio-temporelle du quotidien | L'émergence de cette "ville hybride" reformule ainsi tous les enjeux de la ville contemporaine, comme l'explique Loïc HAY qui pointe six mutations majeures : • "le rapport à soi : nous voyons à quel point le croisement entre les sphères publique et privée nous amène, en termes d’exposition de soi, sur des frontières poreuses, alors qu’elles étaient clairement délimitées auparavant. Lire la suite
| Grâce au web au carré, explique Emile HOOGE, "les données ne sont plus reliées par des liens hypertextes mais par des métadonnées qui permettent de faire des recherches conceptualisées et surtout individualisées". Cette perspective redéfinit considérablement les logiques d'espace-temps qui composent le quotidien urbain. Lire la suite
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 - Présentation de Fabien Girardin (Liftlab), 2009
Cette mutation des usages a évidemment une conséquence sur les différentes temporalités de l'action urbaine. Comment la collectivité peut-elle accompagner ces nouvelles pratiques qui tendent vers l'instantanéité ? L'une des pistes de réflexions repose justement sur l'exploitation de "l'ombre informationnelle" qu'évoquait Nicolas NOVA . Selon Boris BEAUDE, "le système de « feedback », ou retour d’information [contenue dans une donnée numérique], permet de renseigner [les acteurs urbains] sur l’évolution de la ville en termes de consommation d’énergie, de pollution et de développement durable".Lire la suite
Le citoyen, un acteur à part entière de la vie de la cité ? | L'accessibilité des ressources numériques à tous les citadins, une condition sine qua non. | Comment le numérique permet-il aux collectivités de repenser cet "ancrage territorial" qu'évoque Jean-Loup MOLIN ?. La problématique est posée en ouverture par Karine DOGNIN-SAUZE : "Nous devons nous emparer de ce potentiel numérique pour façonner un modèle de vivre ensemble qui soit souhaité, et non pas subi. ...".Lire la suite
| Pour Loïc HAY, "Nous devons trouver des complémentarités qui permettent de toucher des publics plus larges. Une réunion de quartier, qui pour caricaturer concerne les 60-80 ans, peut être mixée avec un dispositif en ligne s’adressant à un public plus jeune qui ne peut être présent. Lire la suite
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La collectivité, animatrice de nouveaux espaces de débat publi | La co-conception de la cité : l'innovation par l'usager | Cet objectif démocratique implique d'intégrer l'ensemble des acteurs urbains, et pas uniquement ceux du numérique, explique Stéphanie LUCIEN-BRUN : "il est essentiel de travailler sur la mise en compétences numérique des individus. Celles-ci évoluent dans le temps, et demandent à être adressées dans différents champs de vie. La famille, l’environnement professionnel, l'école, etc., sont concernés." Lire la suite
| Comment la collectivité peut-elle gérer l'entrée en jeu de ce citoyen "Pro-Am" contributeur ? L'objectif est bien plus large que la "simple" démocratisation des usages numériques. En effet, selon Loïc HAY, "Les espaces publics numériques et l’inclusion numérique des populations sont une forme d’innovation inclusive, avec des dispositifs de formation qui doivent permettre à la population d’entrer dans le processus. Lire la suite
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 - Source :libertic.wordpress.com
En effet, lorsque Loïc HAY parle "d'innovation inclusive" et de "co-conception" de la ville numérique, il faut aussi entendre "données publiques". On appelle "données publiques" l'ensemble des données numériques que possèdent les institutions publiques (ou privées : transporteurs, etc). Ces données sont en général conservées par les institutions qui les recueillent et les exploitent afin d'optimiser leurs services. Depuis quelques années, avec l'émergence des Pro-Ams, des voix s'élèvent pour demander "l'ouverture" de ces données, afin que des acteurs tiers (citoyens, start-ups, etc.) puissent développer des services répondant à des besoins plus spécifiques. Lire la suite
Quelles perspectives pour les données numériques ? | L'open data en questions | On utilise l'anglicisme "data" pour désigner tout type de métadonnée numérique pouvant être exploitée pour produire des services urbains, qu'ils soient publics ou privés, destinés à l'ensemble de la population ou à des besoins de niches : données environnementales recueillies par des capteurs urbains... Lire la suite
| Pour autant, la question des données publiques fait débat. Jusqu'à quel point une institution doit-elle délivrer ses données ? D'abord, il convient de rappeler que leur "dématérialité" n'enlève rien à leur coût (recueillement, traitement, conservation, etc.), ni à leur valeur économique d'exploitation. Lire la suite
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 - Foursquarebadges
La production de service à partir des données libérées et/ou disponibles reste toutefois soumise à l'éternel obstacle de la co-conception : le manque de participation des usagers eux-mêmes.
Ainsi, comme le rappelle Stéphanie LUCIEN-BRUN , "seulement 11 % des Internautes en France aujourd’hui sont créateurs de contenus sociaux".
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Face au risque de "subversion" des outils numériques , Hugues AUBIN choisit de positiver : "Cette réalité existe. Mais elle est également productrice de créativité et d’appropriation de la ville. Je pense que nous pouvons laisser cela se développer en marge de nos préoccupations".
Nicolas NOVA semble partager ce regard, et insiste sur le nécessaire effort de compréhension (et de tolérance) dont devraient faire preuve les autorités urbaines : "les professionnels de l’urbanisme public doivent se familiariser avec la culture numérique et la respecter, sans la réduire à un phénomène futile ou qui relèverait de la science-fiction. A ce titre, l’intervention d’experts en sciences-humaines permettrait d’analyser et de mieux comprendre l’évolution des pratiques individuelles. Cet effort de compréhension sera nécessaire pour éviter que la ville de demain ne soit façonnée par des opérateurs privés du secteur informatique". Par exemple, "la Corée du Sud a développé un projet de ville nouvelle numérique, qui s’apparente à une solution clé en main élaborée par des architectes, des opérateurs téléphoniques et des sociétés informatiques. Des doutes légitimes pèsent sur la place qui sera laissée à l’humain et au citoyen dans un tel projet".
Dès lors, il convient - cela a maintes fois été dit - de remettre le citadin au centre de l'innovation, en repartant notamment d'une observation des usages et pratiques existantes, ainsi que des besoins réels et non pas supposés des habitants. Ce point de vue est résumée, en ouverture de la journée, par Karine DOGNIN-SAUZE : "Nous souhaitons une politique qui place l’expérimentation au cœur de l’espace public, pour donner une nouvelle centralité à l’usager dans ce processus de création".
Le design joue dans ce processus un rôle essentiel, comme l'explique Patricia WELINSKI : "Le design résulte d’une observation des usages. Il a une capacité à extrapoler des usages en devenir. Il joue un rôle important en matière de pratiques urbaines, de citoyenneté, d’habitat de la ville... Il a également une capacité de médiation sur des projets complexes". C'est pour l'acuité de ce regard que les étudiants en design de l'école des Beaux-Arts ont pu s'inspirer des échanges de cette journée pour concevoir quatre concepts serviciels répondant aux enjeux de la ville numérique. Ceux-ci sont présentés ci-après.
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25 étudiants des Beaux-Arts de Lyon (2e, 3e et 4e année) se sont donc emparés des échanges de cette journée au cours d'une semaine d'atelier dont sont sortis les prototypes de projet suivants. Les workshops ont été conduits sous la direction de Sonja DICQUEMARE et Patricia WELINSKI du 18 au 22 octobre 2010. On retrouve logiquement, à travers chaque concept développé, les problématiques discutés autour des tables rondes et dans la salle lors de la journée CiTIC du 15 octobre. Consultez les projets
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