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PATRIMOINE ET IDENTITÉ : RAPPORTS
 
 
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Ce que l’industrie a fait à l’art sur le territoire lyonno-stéphanois

Le rapport complet sera mis sur le site la semaine du 27 novembre 2006.

Références(s) : Rapport écrit dans la dynamique de l'Agenda métropolitian Lyon-StEtienne
Auteur : Pierre-Alain FOUR
Date : 21/11/2006

Comment articuler dimension artistique et production industrielle ?  Cette problématique développée par les arts appliqués a trouvé à Lyon et Saint-Étienne un terrain d’expression privilégié depuis le XIXe. Avec une production textile –soie, ruban– et des objets manufacturés –armes, cycles–, ce territoire a acquis un savoir-faire qui a permis sa croissance économique, sans toutefois lui assurer une reconnaissance esthétique. Un retour sur les conditions d’émergence des arts appliqués devrait permettre de saisir la genèse de ce curieux paradoxe.


À la fin du XVIIIe, Lyon s’est spécialisé dans la production de soieries, secteur d’activité qui a bouleversé la sociologie locale en développant un prolétariat ouvrier (les « canuts ») et une bourgeoisie marchande puissante. L’habitat s’en est aussi trouvé transformé, provoquant une spécialisation territoriale. Un quartier ouvrier se construit sur la colline de la Croix-Rousse, doté d’un bâti spécifique fait d’usines-immeubles, conçus à la fois comme lieu de production et de vie. À la même époque, Saint-Étienne se concentre sur la production de rubans, un accessoire d’habillement aujourd’hui délaissé, mais qui était présent sur les tenues de toutes les femmes au XIXe et au début du XXe. Les conséquences pour Saint-Étienne sont les mêmes qu’à Lyon : ouvriers spécialisés, bourgeoisie marchande, bâti spécifique.
La soie à Lyon, le ruban et les objets manufacturés à Saint-Étienne, mettent ainsi en place des conditions de production nouvelles qui reposent sur une mécanisation croissante des tâches : invention du métier à tisser, puis du carton Jacquard par exemple. Les objets produits intègrent aussi une forte composante créative. La soie nécessite en effet une infinité de motifs, qu’il faut dessiner avant de pouvoir les reproduire. Or c’est davantage le processus mécanique qui a retenu l’attention, plus que les productions elles-mêmes, qui sont pourtant appréciées –hier comme aujourd’hui– bien au-delà des limites locales.


L’art en symbiose avec l’industrie
 Cette industrialisation de l’artisanat d’art qui nous paraît aujourd’hui banale, est pourtant un phénomène majeur qui se produit en grande partie à Lyon et Saint-Étienne. L’émergence de l’industrialisation provoque une destruction des savoir-faire artisanaux et un renouveau de la créativité. Il lui faut alors recruter de nouveaux salariés maîtrisant contraintes inhérentes à la production en série et capables d’inventivité. Cela conduit les industriels à soutenir des écoles d’application, pour former des « artistes industriels ». Ces écoles stéphanoises et lyonnaises d’où sortent d’excellents dessinateurs sont parmi les premières à apparaître en France. En parallèle aux écoles, des lieux permettant de compiler des connaissances visuelles se constituent. Ces lieux d’apprentissage destinés aux artistes industriels étaient les ancêtres de nos actuels musées.
 Plus largement, c’est la révolution industrielle qui a contribué à bouleverser le champ artistique, en suscitant une redéfinition de la figure de l’artiste. Se constitue d’un côté un ensemble d’artistes affranchis des contraintes de la production et qui se veulent détachés des contingences de la commande et de l’autre des artistes en relation avec des industriels. De nouvelles frontières se dessinent alors, distinguant le champ des beaux-arts de celui des arts appliqués. Cette césure, très prégnante à Lyon et Saint-Étienne, ne cessera de se marquer jusqu’à une période très récente, où la distinction entre art et art appliqué tend à se fondre en une seule et même catégorie.


Une reconnaissance tardive
Mais pourquoi cette histoire ne ressurgit-elle qu’aujourd’hui ? Probablement parce que sur ce territoire, les artistes n’ont pas constitué d’école esthétique, les édiles n’ont pas soutenu une institution mettant en visibilité cette relation art / industrie, les historiens d’art n’ont pas distingué un style… Aussi, les productions locales n’ont elles pas obtenu la reconnaissance symbolique acquise par la tapisserie à Aubusson ou la porcelaine à Limoges. L’énergie ici semble avoir été concentrée sur la fiabilité de la fabrication, sur les méthodes commerciales, permettant à ces productions d’un genre nouveau de trouver des débouchés et de devenir une référence sans toutefois accumuler de capital symbolique majeur.
Il faut en fait attendre la seconde partie du XXe, alors que l’essentiel de la production s’est arrêtée, pour que l’on commence à se pencher sur ce passé enfin entrevu comme porteur de prestige. Au cours des 20 dernières années, Saint-Étienne a été particulièrement attentive aux arts appliqués, en soutenant le design qui en est l’appellation contemporaine. Forte de cette histoire et de la légitimité qu’elle lui apporte, la ville développe autour des industries créatives un pôle de compétence nouveau, tout en cherchant à s’assurer, via un musée d’art et d’industrie et bientôt une Cité du design, une légitimité symbolique nécessaire à leur reconnaissance. Quant à Lyon, la ville adopte avec la mode, une stratégie similaire, mais elle est encore aux prémisses de ce parcours d’affirmation de son identité.



Fiche actualisée le : 21/11/2006
 
Fiche indéxée dans :
Société » Patrimoine et Identité »» Objets de mémoire
Société » Vie économique »» Animation économique et compétitivité des entreprises
Metropole » Questions Stratégiques »» Excellence métropolitaine
Metropole » Emblèmes »» Cité du design de St Etienne
Politiques » Développement économique »» Métropole compétitive
 
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