Le 5 mars 2013, des responsables du Séminaire de recherche interdisciplinaire sur le genre, qui se tient à l’Institut des Sciences de l’Homme (ISH), à Lyon, ont créé une «liste de diffusion sur les études de genre en Rhône- Alpes». Elle permet de faire circuler de l’information à l’adresse de tous les chercheur.e.s et enseignant.e.schercheur. e.s de la Région intéressé.e.s par la construction sociale du rapport hommes/femmes et des identités sexuées. L’ISH avait également créé, fi n 2012, une page Web intitulée «Recherches et études genre en Rhône-Alpes» et annonce l’ouverture prochaine d’un site Internet sur le sujet. Anecdotique ? Pas du tout. Ces récentes initiatives viennent parfaire une réorganisation en profondeur des études de genre, et signe leur reconnaissance institutionnelle, au plan national comme au plan local.
Nées aux États-Unis dans les années 1970, dans le sillage des mouvements féministes et des études produites par ces derniers, les Gender Studies se sont développées — outre Atlantique puis en France — en outsider de la pensée académique. Mal vu.e.s, considéré.e.s comme trop engagé.e.s, les chercheur.e.s qui sont à l’origine de ces courants ont dû batailler ferme pour faire émerger
les enseignements relatifs à ces questions. À Lyon, c’est en 1976 qu’ouvrent les premiers cours. Huguette Bouchardeau et Annik Houel, enseignantes en psychologie à l’Université Lyon 2 et militantes au Mouvement pour la Liberté de l'avortement et de la contraception, ouvrent le Centre lyonnais d'études féministes (CLEF), centre de documentation et cheville ouvrière locale des études sur les femmes, puis des études de genre. À partir de là commence une longue lutte pour la reconnaissance et l’institutionnalisation des études de genre, aussi bien en région lyonnaise qu’au niveau national. L'Association nationale des études féministes — à la fondation de laquelle participe le CLEF, en 1989 — va jouer un rôle de lobbying pour la création de postes. En histoire, en psychologie, en lettres, de plus en plus de chercheur.e.s et d’enseignant.e.s-chercheur.e.s enrichissent leurs travaux d’interrogations jusque-là ignorées. Pour autant, les études de genre restent marginalisées et il demeure diffi cile de construire une carrière académique.
Qu’est-ce qui a changé depuis ? En 2008, le lancement par la Mission pour la parité au CNRS d’un «Recensement national des recherches sur le genre et/ou les femmes» montrait l’intérêt de l’institution pour cette thématique — intérêt qui s’est concrétisé plus nettement encore en janvier 2012, lorsque l’Institut des sciences humaines et sociales du CNRS fait du genre une thématique prioritaire. Un groupement d’intérêt scientifique, nommé Institut du genre, voit alors le jour avec pour objectif de promouvoir les études sur le genre en France et de financer des travaux de recherche. L’implication remarquable des laboratoires de l’Université de Lyon dans cet Institut indique à quel point les chercheur.e.s de la région lyonno-stéphanoise sont en pointe sur ces thématiques. Un dynamisme local que le recensement évoqué plus haut avait d’ailleurs mis en évidence. Dans ce contexte général de réorganisation, la mise en réseau des chercheur.e.s se transforme. Elle n’est plus seulement le fait des individus, qui avaient trouvé dans les sociétés savantes et les sociétés de recherche sur le genre un moyen de créer du lien. Désormais, leurs efforts pour s’organiser rencontrent la volonté de l’institution, qui cherche à mieux structurer le champ. On comprend ainsi que les études de genre ont remporté une importante victoire : l’intérêt que suscite leurs approches «genrées» des questions sociétales est désormais partagé. Et il déborde d’ailleurs largement le monde universitaire, puisque les citoyen.ne.s, comme les élu.e.s, sont demandeurs de nouveaux outils pour prendre en compte les questions de genre qui traversent la société.
61 chercheur.e.s de Lyon et Saint-Étienne sont référencé.e.s dans la base du Recensement national des recherches sur le genre et/ou les femmes. 13 laboratoires et équipes de recherche de l’Université de Lyon sont partenaires de l’Institut du genre. — En savoir plus
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