Entretien avec Bruno Coudret, directeur de la propreté du Grand Lyon.
Gestion des déchets
Interview réalisée par Brigitte Yvray-Danguis- mai 2008.
La gestion des déchets des ménages incombe au Grand Lyon, en tant qu’établissement public de coopération intercommunale. Pouvez-vous, brièvement, nous expliquer la part que représentent les déchets ménagers dans la gestion globale des déchets et nous préciser de quelle façon s’articule gestion des déchets ménagers/gestion des déchets industriels ?
Il faut savoir qu’il n’y a pas de traitement global de la problématique « déchets ». En effet, d’un côté, la gestion des déchets ménagers incombe aux collectivités locales et, de l’autre, les entreprises et les commerçants doivent assumer, au sein de leur entreprise ou à titre individuel, la gestion des déchets issus de leur activité.
Cela conduit à des traitements différents avec, d’un coté, une obligation de portée générale pour la collectivité, de gérer les déchets ménagers et des obligations, individualisées et, au cas par cas, pour les déchets industriels.
A ce constat, s’ajoute la différence de tonnage notable entre déchets ménagers et déchets industriels, puisque, dans notre agglomération, les premiers représentent 500 000 tonnes par an et les seconds 1 000 000 de tonnes par an. Nous ne sommes pas sur les mêmes volumes ! Et pourtant, force est de constater que c’est bien sur la gestion des déchets ménagers que les exigences légales et institutionnelles pèsent le plus !
Vous pointez là une incohérence notable. Pouvez-nous nous en dire un peu plus ?C’est incohérent en effet ! Tout simplement parce que le « bilan carbone », si l’on prend ce seul exemple, est un indicateur global que l’on ne peut pas « saucissonner » artificiellement entre déchets ménagers et déchets industriels ! Si l’on veut améliorer cet indicateur on ne peut pas d’un coté faire peser une contrainte globale, via les élus, sur les ménages et de l’autre coté ne pas s’attaquer à la problématique générale des déchets industriels !
En somme, finalement, il est plus aisé de faire pression sur des élus bien identifiés que sur un tissu industriel disparate. Sur les déchets ménagers des efforts importants sont entrepris par la collectivité et nous travaillons activement sur la réduction des déchets à la source avec la mise en place par les élus, depuis fin 2007, du plan d’actions stratégiques « déchets » (période 2007-2017).
Mais si nous réduisons nos déchets à la source, à hauteur de 100 000 tonnes, comparé aux déchets ménagers qui représentent 500 000 tonnes c’est beaucoup, mais comparé à l’ensemble des déchets, cela reste faible !
Quelle est la solution la plus satisfaisante en matière de gestion des déchets, au plan environnemental, en terme de coût ou de santé publique ? Quelles sont les orientations du plan d’actions stratégiques de la gestion des déchets, voté fin 2007 ? Bien évidemment, nous ne disposons pas d’une solution miracle, cela se saurait ! La collectivité doit plutôt parvenir à faire un choix entre un ensemble de dispositifs complémentaires les uns par rapport aux autres. Notre objectif à moyen et à long terme vise à rechercher la meilleure adéquation possible entre ces différentes solutions envisageables.
Pour y parvenir le Grand Lyon a décidé de mener une démarche en trois axes.
Le premier consiste à mettre en place une veille technologique continue, sur les solutions possibles de traitement des déchets et sur leurs évolutions (tri, enfouissement, incinération..). Cette démarche de benchmark consiste à repérer les solutions innovantes et à les suivre ou les améliorer. Sur ces questions, les solutions techniques évoluent très vite ; on ne peut pas passer à côté. Notre projet consiste à mettre en place un centre de ressources qui répertorierait toutes les bonnes pratiques et progrès techniques en matière de réduction des déchets.
Il s’agit là d’un benchmarking au niveau local, régional, alimenté par les professionnels mais aussi par les particuliers. L’intérêt pour le bassin de population serait de disposer ainsi d’un véritable site d’information et de débats sur les bonnes pratiques en matière de réduction des déchets.
Le deuxième consiste à se poser les bonnes questions en terme de bilan environnemental. Trier les déchets c’est bien, mais quid des émanations liées aux véhicules qui les transportent ...On ne peut pas s’affranchir, sur ces questions, d’un bilan global qui intègre les avantages et les inconvénients des orientations techniques choisies.
Le troisième et dernier axe concerne la notion de coût global pour la collectivité, on ne peut pas non plus l’ignorer ou le mettre de côté. En somme, faire les bons choix consiste à rechercher le meilleur équilibre possible entre coût /équilibre environnemental/ énergie.
Combien de temps sera nécessaire pour la mise en œuvre ?Nous avons à construire le scénario sur le futur système de traitement des déchets du Grand Lyon d’ici à 2010. Il ne s’agit pas là d’aller vers une solution technique plutôt qu’une autre, il s’agit plutôt de faire émerger et de formuler de véritables choix sociétaux qui nous engageront auprès des générations futures. Car les décisions qui seront prises peuvent avoir des impacts sur la qualité de l’air, la santé etc.…pour les trente à cinquante prochaines années.
Les élus du Grand Lyon ont des choix lourds à faire en début de mandat, et il faudra peut-être 8 à 10 ans pour les mettre en place. Au final les solutions choisies seront opérationnelles en… 2020, date à laquelle les deux usines d’incinération arriveront en fin de vie !
Et, difficulté supplémentaire, pour qu’une complémentarité opérationnelle soit effective, nous devons nous affranchir des limites administratives de l’agglomération. Car, inévitablement, la question qui se pose c’est : le Grand Lyon doit-il être autonome ou trouver des modalité de régulation avec d’autres territoires ?
De quelle façon se mettent en place les partenariats indispensables avec les voisins du Grand Lyon ? Dans quel dispositif de partenariat avez-vous pu vous intégrer ? Cela n’est-il pas incohérent avec les autres dispositifs de partenariat, notamment avec les plans départementaux de gestion des déchets ?Nous avons mis en place un accord de coopération spécifique, le réseau Covade avec certains territoires limitrophes. Les quatre EPCI impliqués dans ce réseau sont le Grand Lyon, Bourgoin Jallieu (Organom), Villefranche sur Saône et Bourg en Bresse. Ce réseau partenarial et technique est fondé sur une logique égalitaire et opérationnelle, mais il est aussi reconnu dans les plans départementaux des trois départements du Rhône de l’Ain et de l’Isère.
On peut dire qu’il s’agit d’un partenariat spontané ! motivé par des choix pragmatiques, liés à la nécessité de « faire ensemble », si on veut se projeter dans des solutions techniques et d’organisation qui ne peuvent s’arrêter aux frontières d’un territoire administratif lorsqu’il s’agit de stocker et de répartir les déchets excédentaires sur un territoire.
On parle de travailler sur les comportements pour davantage sensibiliser les citoyens à la réduction des déchets ?Soyons réalistes, notre pouvoir en la matière reste limité. Mais si la palette est faible cela ne nous empêche pas, malgré tout, de mobiliser tous les moyens d’action possibles pour aller dans ce sens.
On évoque de plus en plus la notion de coresponsabilité, que voulez-vous dire par là ? De quelle façon pensez-vous pouvoir amener les citoyens à trier davantage leurs déchets et à être plus efficaces dans cette démarche ? La coresponsabilité signifie que la collectivité ne doit pas être détentrice à elle seule de la mise en œuvre des solutions pour limiter et gérer les déchets. Les citoyens doivent s’impliquer et la collectivité peut les aider à le faire !
La notion de coresponsabilité renvoie au partage des exigences. Attention, il ne s’agit pas, bien évidemment de culpabiliser les usagers, mais plutôt de les accompagner et de les impliquer dans cet objectif de tri et de réduction des déchets à la source. Malgré tout, la notion de coresponsabilité sous-entend également l’obligation faite à une personne de répondre de ce qu’elle a fait ou de ce qu’elle n’a pas fait.
Concrètement comment allez- vous vous y prendre ?En mettant en place une véritable communication de proximité, avec les « messagers du tri ». De fait, c’est plus que de la communication…puisqu’il s’agit de mettre en place des relations de proximité et de suivi des usagers.
Dans un premier temps, une analyse du tri est effectuée, immeuble par immeuble, lotissement par lotissement, des mesures d’explication sont mises en œuvre avec de simple rappels réguliers si les résultats sont négatifs, ensuite, si ces actions restent lettre morte, on pourra aller jusqu’à l’enlèvement du bac et actionner une part variable de la taxe d’enlèvement des ordures ménagères. En clair, il y aura une incitation fiscale au « bon tri ». Ces solutions sont à bâtir…
N’est-ce pas un peu brutal ? Il faut savoir ce qu’on veut ! Et c’est clair que ce sont aussi des choix politiques et sociétaux importants car cette approche change les manières de voir, de faire, mais c’est à ce prix qu’on peut faire évoluer nos pratiques….si nous voulons baisser le taux de refus des déchets triés de 30 % à 20 %, il faut s’en donner les moyens.
Tous les citoyens sont concernés et ce que nous voulons faire passer comme message c’est « la coresponsabilité c’est du gagnant/gagnant », tout le monde y a intérêt, sur le plan global, environnemental et…financier.
De quelle façon allez vous mesurer l’impact de cette politique ? Nous avons mis en place un « baromètre » qui consiste à suivre, analyser et exploiter un certain nombre d’indicateurs. Grâce à ce nouvel outil, mis à jour par un organisme indépendant, nous nous dotons des moyens nécessaires pour évaluer notre politique et la réadapter dès que nécessaire.