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GOUVERNANCE PARTICIPATIVE / CONCERTATION : INTERVIEWS
 
 
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Annick SOLANE et Georges TRANCHARD : "Il y a continuité entre engagement associatif et engagement politique"

Annick Solane, adjointe déléguée à la petite enfance, la santé et la vie quotidienne et Georges Tranchard, adjoint chargé des relations extérieures à Oullins répondent sur des questions portant sur les relations entre le monde associatif et la commune d’Oullins.
Cahier Millénaire 3, n° 26 (2002), pp 65-66.
Propos recueillis par Olivier Givre.


Date : 15/03/2002

Quelle est la place du tissu associatif à Oullins ?
A.S.
: Très importante ! Il y a plus de 250 associations, dont certaines, comme le CASCOL, rayonnent bien au-delà de la commune. Historiquement, il y avait les associations laïques d’un côté et les associations dites libres de l’autre, une distinction qui n’a plus cours maintenant .
J.T. : Oullins était une ville ouvrière, très pénétrée par le monde des cheminots, un monde très associatif. Il reste quelques-unes de ces associations, au départ réservées aux cheminots, maintenant ouvertes à toute la population.


Quelles sont les relations entre la commune d’Oullins et le monde associatif ?
A.S. :
On travaille beaucoup avec les associations, et l’un des souhaits de l’équipe municipale actuelle est d’élaborer une politique globale en la matière : c’est un monde tellement riche et diversifié qu’il n’est pas facile d’éviter le saupoudrage en matière de subventions, ou de rentabiliser les locaux.
J.T. : : Il y a des attentes très différentes, entre les associations qui font chaque année une demande de subventions et celles qui se débrouillent sans la collectivité. Certaines sont hébergées dans des locaux municipaux, d’autres sont soutenues financièrement, sur la base de dossiers examinés par nos services et les élus, selon divers critères : nombre d’adhérents,
nombre d’oullinois...
A.S. : des associations comme Oullins-entraide* ou les centres sociaux ont des grosses subventions parce qu’elles concourent à la politique de la ville.
J.T. : Un exemple : le théâtre de la Renaissance, dont la commune
est propriétaire, est un outil de travail confié à une association. De même, quelques employés municipaux sont affectés à la MJC, parce qu’une association de cette ampleur ne peut pas fonctionner qu’avec des bénévoles. Mais notre rôle s’arrête là : mettre à disposition les locaux et du personnel. 


En dehors de l’aspect financier, y’a-t-il des points sur lesquels les élus peuvent aider la vie associative locale ?
A.S. : La présence des élus lors des manifestations et des assemblées générales de ces associations est un devoir, pour rencontrer les membres, savoir où en est l’association... Certains élus sont aussi membres de droit du conseil d’administration des associations les plus importantes. Dans le domaine que je connais, le social, il y a enfin des gens qui viennent directement nous demander quels sont les besoins et nos attentes...
J.T. : On est souvent sollicités pour des problèmes matériels : locaux, menus services, etc. Une de nos fonctions, c’est d’être sur le terrain, avec ces gens-là, d’être présents, et pas seulement pour se faire caresser d’ailleurs ! On est parfois pris entre plusieurs feux, il faut savoir refuser, et expliquer.


Quels sont les problèmes de la vie associative ?
A.S.
: Il y a plus de consommateurs que d’acteurs. Ce n’est pas une perte d’adhérents, mais une baisse de l’implication et de la prise de responsabilités. Dans les clubs sportifs par exemple, il y a des questions de sécurité, des exigences de qualification : en escalade, un bénévole ne peut plus encadrer un groupe. Les grosses associations se professionnalisent carrément, avec des salariés et des chiffres d’affaires importants : c’est le cas d’Oullins-Entraide et des centres sociaux, où le bénévolat se limite au conseil d’administration et à quelques sympathisants.
J.T. : D’un côté, les bénévoles ne veulent pas s’engager sur le long terme, mais passer d’une activité à l’autre. De l’autre côté, beaucoup d’associations ont aujourd’hui des emplois-jeunes qui apportent une dynamique mais sont parfois utilisés pour faire le travail des bénévoles. De plus en plus, on s’adresse à la mairie pour avoir un salarié, mais il faut que l’association soit suffisamment structurée, et puis la cohabitation bénévoles-salariés n’est pas toujours facile.

Quels sont les avantages et les inconvénients des rapports entre municipalité et associations ?
A.S.
: Juridiquement et administrativement, c’est plus facile d’avoir recours à des associations que de créer un service communal, où chaque décision nécessite une délibération du conseil : on gagne en souplesse et en efficacité. Les associations ne comprennent d’ailleurs pas les
décalages entre leurs attentes et la lenteur de la machine administrative.
J.T. : On a des relations humaines fortes avec les acteurs associatifs,
on se côtoie beaucoup, ils nous demandent beaucoup mais on ne peut pas être d’accord sur tout. C’est d’autant plus dur que ce sont des bénévoles, des gens qui se donnent, pour lesquels nous avons beaucoup de respect.


Et les rapports entre l’engagement associatif et l’engagement politique ?
A.S.
: Moi, je me suis impliquée dans le conseil municipal parce que j’étais présidente d’une association, en ayant l’occasion de rencontrer des adjoints... Si les gens se connaissent, c’est souvent grâce au milieu associatif, surtout dans les petites villes. Les associations ont un vrai
rôle social et d’ouverture vers la citoyenneté. Mais ce n’est pas évident de passer de l’associatif et le politique : ce n’est ni la même notion du temps, ni le même fonctionnement, ni la même liberté.
J.T. : Ces associations, même si elles nous bousculent, on a intérêt à leur faciliter la vie : si elles n’existaient pas, il faudrait les remplacer par des politiques plus coûteuses pour la collectivité...
Les élus sont souvent passés par le milieu associatif, il y a un regard commun : être élu, c’est aussi s’occuper des autres, servir. Il y a une continuité entre engagement associatif et engagement politique.

Par contre, que pensez-vous d’une certaine tendance à déléguer aux associations ce que ne veulent plus les entreprises ni les institutions ?
A.S.
: "Ce n’est pas le cas à Oullins. La ville soutient fortement les associations et je ne pense pas qu’elles se sentent responsables de ce que plus personne ne veut assumer. Si tout était municipal, ce serait le collectivisme et il n’y aurait plus de liberté. Entre une activité mise en place par une commune et une activité associative, on n’a pas la même liberté, le même sens de l’initiative. L’enjeu, c’est plutôt la relation entre le privé et l’associatif, avec des associations qui sont parfois de véritables entreprises.


On parle de la vie associative comme pilier de la société civile, on veut revaloriser la citoyenneté, l’implication… L’engagement associatif a changé ?
A.S.
: Les gens adhèrent toujours, mais s’impliquent moins. Par exemple, les retraités sont plus jeunes, ils voyagent, sont valides, s’occupent de leurs petits-enfants... Ils ont plus de loisirs et recourent moins aux associations dans leur vie quotidienne. C’est un changement de mentalité : on a moins besoin des associations pour rencontrer des gens.
J.T. : Dans tout ce qui touche à l’écoute, l’entraide, l’accueil, les associations ont toujours existé, mais elles n’étaient pas prises au sérieux : aujourd’hui, on reconnaît leur nécessité. Avant, les psychologues, les médecins ne faisaient pas confiance au monde du bénévolat, puis le bénévolat s’est formé et leur travail est devenu complémentaire de celui des professionnels.

Est-ce que selon vous les associations ont aussi un rôle de proposition politique ?
A.S.
: Dans le social, c’est ça tous les jours : les informations remontent grâce aux associations qui sont sur le terrain, il y a des échanges permanents. Par exemple, j’ai été alarmée par plusieurs associations sur des problèmes de mal-vivre, d’alcoolisme : du coup le maire a souhaité qu’il y ait un adjoint chargé de ces questions.
J.T. : Etre au milieu de ces gens-là est indispensable et inscrit dans notre fonction. Ce n’est pas toujours une aide concrète, cela peut être un signe d’encouragement,
mais ils apprécient de nous voir et sont sensibles au fait qu’on s’intéresse à ce qu’ils font.



Téléchargements
> interviews_solane.pdf (pdf-34ko)
Fiche actualisée le : 30/01/2002
 
Fiche indéxée dans :
Société » Gouvernance »» Gouvernance participative / concertation
Société » Citoyenneté »» Formes d'engagement / Vie associative
 
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