Centre technique, de conseils et d’expertises pour les entreprises mécaniciennes, le CETIM Loire est aujourd’hui fortement impliqué dans la promotion du design auprès des PME-PMI de l’agglomération stéphanoise et du département. Alain Saniard, Délégué régional Rhône-Alpes du CETIM, nous expose les raisons qui poussent aujourd’hui les sous-traitants de la mécanique à se tourner vers une démarche design. |
Quel est le rôle précis du CETIM Loire (Centre Technique des Industries Mécaniques) ?
Le CETIM est un organisme national placé sous la tutelle de l’Etat. Notre rôle en tant qu’antenne régionale est d’aider les entreprises du secteur de la mécanique au travers des activités marchandes que nous proposons. Nous assurons des missions de conseil, d’études et d’expertises avec des impératifs strictes de confidentialité, d’objectivité, de délais et de coût. Nous assurons également un rôle de plate-forme technologique puisque nous développons des outils techniques pour les entreprises. Le but étant, in fine, d’offrir aux entreprises des solutions innovantes. Nous avons également un rôle prépondérant pour la mise en réseau des acteurs économiques du département et de la région. L’objectif étant de positionner le CETIM comme un acteur important dans le secteur des industries mécaniques. A ce titre, nous participons à de nombreux programmes collectifs, des programmes d’animations et plus généralement, à tous types d’actions organisées par des territoires aux bénéfices des entreprises de la mécanique.
La thématique design fait-elle partie des axes de réflexions sur lesquels le CETIM est amené à travailler ?
Tout ce qui est source d’innovation pour les industries de la mécanique intéresse le CETIM. Le design en fait partie. Dernièrement, nous avons énormément oeuvré à la mise en place du pôle de compétitivité Viaméca. Dans le cadre de cette dynamique, nous avons participé à des réflexions et à des travaux autour de la mise en place de la Cité du Design. Le CETIM interviendra d’ailleurs sur des Workshops, avec un certain nombre d’autres acteurs et de plates-formes technologiques, lors de la Biennale Internationale du Design 2006.
En tant qu’acteur et observateur avisé du développement économique local, pensez-vous que la Biennale et le projet de Cité du Design sont à l’origine d’une nouvelle dynamique dans l’agglomération stéphanoise ?
Il est indéniable que cela a permis de positionner le territoire comme étant actif en matière de design. Et ce aussi bien au niveau du grand public que pour les entreprises. Maintenant d’un point de vu purement économique, je pense qu’il n’y a pas que cela. C’est toute une démarche naturelle du territoire, qui fait que le design est aujourd’hui de plus en plus présent dans le milieu de l’entreprise et notamment dans le secteur de la mécanique.
Pour quelles raisons ?
Les donneurs d’ordres, dans l’automobile et l’aéronautique notamment, demandent de plus en plus de l’intelligence et des services associés à leurs fournisseurs, comme de la conception ou de la co-conception. Dans cette dynamique, arrive forcément la dimension design, qui permet à ces donneurs d’ordres de se différencier en intégrant dans leurs produits l’aspect design au sens large : ergonomie, recyclage, mais aussi esthétique. Or, la majorité de notre tissu économique est composée de sous-traitants, qui doivent s’adapter à la demande de ces grands donneurs d’ordre.
Finalement, le design est une nécessité pour les sous-traitants de la mécanique ?
C’est effectivement une nécessité ! Les entreprises locales l’ont bien compris. Depuis 2000, on constate que les PME et PMI du secteur de l’industrie mécanique intègrent plus facilement cette démarche design. Elles se sont rendu compte que mettre de l’intelligence dans un produit permettait d’obtenir des produits innovants, de meilleures performances et donc de gagner la confiance des donneurs d’ordres. En outre, depuis la Biennale, elles ont pris conscience qu’il y a sur notre territoire des compétences, un savoir-faire et une dynamique design. Elles ont donc plus naturellement, plus volontairement, adhéré à cette démarche en intégrant, peu être plus qu’ailleurs, la composante design dans cette réflexion de co-conception.
C’est aussi le rôle du CETIM d’accompagner les entreprises dans cette réflexion ?
Dans le cadre de notre cœur de métier, nous avons effectivement une activité d’accompagnement des entreprises, qui font de la conception ou de la co-conception. Au sein des groupes/projet que l’on anime, on propose d’ailleurs de plus en plus à des entreprises basiques de la mécanique, qui réfléchissent à la conception d’une partie d’un produit, d’intégrer un ou des designers dès la phase de démarrage du projet. Nous essayons de leur faire comprendre que la pire des choses seraient de concevoir une pièce et ensuite seulement, de se pencher sur son esthétique, son ergonomie... Mettre un coup de peinture, une fois que le produit est finit, ce n’est pas du tout la bonne approche du design ! Le design, c’est une démarche beaucoup plus profonde, c’est une philosophie de conception. Intégrer des designers dès le départ - au moment où une entreprise élabore le cahier des charges fonctionnelles d’un produit - permet de définir des contraintes et des objectifs, qui permettent ensuite d’arriver à un produit beaucoup plus homogène et très souvent innovant.
C’est une démarche plutôt récente pour les PME-PMI ?
Il y a 20 ans, les entreprises qui avaient cette approche dans la conception d’un produit étaient des exceptions. C’étaient le plus souvent des grandes entreprises. Plus les années passent, plus cette approche tend à se démocratiser dans les entreprises mécaniciennes de la région. On l’a retrouve dans des entreprises de petites tailles, parce que l’on est capable aujourd’hui de mettre du design dans la conception de pièces élémentaires ou dans les composants d’un produit. Et puis, il ne faut pas oublier que l’on a sur notre territoire une formation innovante « Dual Design », qui permet de faire travailler en binôme un designer et un ingénieur. C’est une formation encore relativement récente, mais dans quelques années bon nombre de ces ingénieurs-designers exerceront leurs compétences dans les entreprises mécaniciennes de notre territoire.